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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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L’iris étant ouvert, le bourdonnement et le bruit aigu se turent. Mais le silence qui s’établit était de ceux qui précèdent la tempête : il préludait à une explosion de sons, d’images et de toutes les sensations possibles et imaginables. Maïa se crut arrivée au jour du Jugement dernier. Le monde trembla. Une énergie semblable à celle qu’elle avait ressentie près de la spirale mais incommensurablement plus violente emplit tout l’espace autour d’elle – et celui qu’elle occupait. Elle dut contraindre chacune de ses molécules à défendre son droit à la vie. Une présence passa près d’elle à une vitesse stupéfiante et s’élança vers le ciel, vidant ses poumons de leur souffle.

Plaquée sur le dos, Maïa crut voir un objet luisant filer dans le ciel, abandonnant derrière lui un sillage flamboyant.

« Une flèche de feu…», se dit-elle, la tête vide. Puis la conscience lui revint et elle envoya un cri muet vers l’objet.

« Renna ! »

L’air revint dans un bruit de tonnerre. Des objets divers et variés, parfois tranchants, roulèrent sur ses jambes meurtries, mais Maïa ne voyait que la flamme qui s’éloignait dans le ciel. Elle fut submergée par un insondable regret, celui de ne pas être à bord, qu’il n’eût pas attendu un instant de plus et ne l’eût pas emmenée.

« Il a fini par y arriver ! se dit-elle avec une soudaine exaltation. Il a réussi à leur échapper, il est reparti…»

Sa joie fut de courte durée. La tête d’épingle étincelante allait disparaître dans l’azur lorsqu’elle obliqua brusquement sur la gauche, devint plus brillante encore, et se désintégra dans une orgie de lumière, projetant un chaos d’escarbilles ardentes dans le bleu de la stratosphère.

QUATRIÈME PARTIE

L’ambition est-elle un poison ? Le Phylum est-il maudit pour avoir voulu courir après le pouvoir et la réussite individuelle ?

Les sociétés primitives avaient la sagesse de mettre le peuple en garde contre la quête du pouvoir divin, sauf par le biais de l’esprit, de l’art, de l’aventure et du chant. Nos ancêtres n’avaient pas l’ambition de plier la Nature à leurs caprices.

Certes, l’existence était rude sur la Vieille Terre, surtout pour les femmes. Mais il y avait des compensations : l’harmonie, la stabilité. On savait qui on était et comment on s’intégrait au dessein universel. Autant de richesses que nous avons perdues en nous embarquant pour le « progrès ».

Le savoir et la sagesse s’excluraient-ils mutuellement ? On dirait parfois que plus on en sait, moins on comprend, et je ne suis pas la première à m’interroger à ce sujet.

« Lysos et ses adeptes écoutent le chant des sirènes du pastoralisme, comme ces romantiques qui rêvaient d’un Âge d’or mythique et cherchaient une sérénité illusoire. » À cette récente critique je réponds : faut-il pour autant renoncer ?

Nous créons, grâce à une technologie avancée, les conditions d’un monde stable… où on cessera de l’utiliser. Je suis bien consciente de ce paradoxe, mais revenons à nos moutons : les êtres humains sont-ils condamnés à l’insatisfaction ? À vouloir une chose et son contraire : devenir des dieux tout en restant les enfants chéris de la nature ?

Que la première de ces quêtes demeure le destin chaotique, frénétique, des forcenés du Phylum. Nous avons opté pour une relation plus chaleureuse, moins antagoniste avec le Cosmos.

Extrait de Ma vie, de Lysos.

Chapitre XXVI

Ce ne fut ni l’épuisement ni la douleur ni même l’anesthésique à l’odeur piquante qui lui fit perdre conscience, mais le découragement. De lointaines sensations lui disaient que le monde continuait à tourner : des cris angoissés, des coups de feu, puis des hurlements de triomphe et de désespoir. Elle était environnée de sons. Aucun ne parvint à la réveiller.

Il y eut des bruits de pas. On l’entoura et la douleur des soins remplaça celle de l’écrasement. Elle resta inerte. Une querelle éclata. Elle perçut distraitement que plusieurs factions s’opposaient sans qu’aucune l’emportât sur les autres.

On la souleva sans violence et on l’emmena par des boyaux obscurs. Bercée par un mouvement de roulis, gémissant à chaque heurt, les nerfs tendus comme la corde d’un arc, elle se dit abstraitement qu’on ne lui voulait pas de mal. On faisait attention à elle. Ça devait vouloir dire quelque chose.

Mais s’ils pouvaient s’en aller, la laisser mourir !

Seulement la mort ne vint pas. Au contraire. On la tourna dans tous les sens, on la tâta, on la drogua, on l’entailla et on la recousit. Finalement, ce fut la plus simple des sensations qui fit renaître en elle une vague volonté de vivre.

Des crêpes.

Une délectable odeur de crêpes lui chatouillait les narines, la faisant saliver. Elle ouvrit les yeux.

Une pièce claire. Un plafond ivoire, bordé de moulures blanches. Des murs de neige. Son esprit embrumé par toutes les drogues qu’on lui avait administrées se mit à jouer sur la surface blanche et y porta des dessins abstraits, rythmiques. Elle poussa un gémissement et ferma les yeux.

Mais elle ne pouvait fermer son nez à l’odeur alléchante. Ou ses oreilles au grondement de son estomac. Et aux paroles.

— Alors, tu t’décides à r’gagner l’monde des vivants ?

Maïa tourna la tête et souleva une paupière. Une petite femme brune apparut, d’abord floue puis plus nette.

— J’croyais pourtant t’avoir dit d’plus t’faire taper sur la tête ! Enfin, au moins, tu t’es pas noyée, cette fois.

— J’aurais dû… me douter… que vous vous en sortiriez, coassa Maïa au bout de plusieurs essais.

— Tu vois, j’suis increvable, fit Naroïne avec un sourire. Comme toi, gamine… Sauf que toi, t’es maso.

Maïa lâcha un soupir. La présence de la boscotte-policière réveillait en elle de sourdes douleurs, malgré toutes les drogues qui endormaient son corps.

— Vous avez pu… contacter… votre patronne ?

— Quand on nous a récupérées, j’ai pris quelques initiatives, répondit Naroïne en secouant la tête. J’ai d’mandé qu’on m’renvoie un peu l’ascenseur, j’ai passé des marchés. Dommage qu’on soit pas arrivées plus tôt, quand même.

— Ouais. Dommage, fit-elle dans un tourbillon de pensées.

— Au cas où ça t’intéresserait, les toubibs disent que tu vas t’en tirer. Ils ont dû un peu couper par-ci, raccommoder par-là, et ils t’ont branché une sangsue agone sur l’crâne, alors t’refais pas taper d’sus tout d’suite.

— Une… sangsue ?

Elle avait le bras lourd comme du plomb, mais elle parvint à le lever et à le plier. Ses doigts palpèrent un petit objet carré, pas plus gros que son pouce, au-dessus de son front.

— À ta place, j’y toucherais p…, commença Naroïne alors que Maïa infligeait une secousse involontaire à l’objet.

Tout ce qui lui paraissait trouble et délavé se para soudain de vives couleurs, brusque clarté qui s’accompagna d’une douleur fulgurante. La main de Maïa retomba sur le drap.

— J’t’avais prévenue. Enfin, tout l’monde y flanque au moins un coup. J’ai dû l’faire aussi, quand j’avais ton âge.

Le brouillard revint, mais elle l’accueillit cette fois comme une bénédiction. Elle se souvint que l’on mettait parfois des sangsues aux blessés. « Je dois être plus atteinte que je n’en ai l’impression », se dit-elle. La brève rupture du système lui avait dévoilé une sensation plus redoutable que la souffrance physique : un chagrin dévastateur.

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