La valse lente des tortues
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:
— Une vieille bique avec une hélice ou un grand chapeau sur la tête ?
Junior poussa un cri de joie, un cri de délivrance, et se laissa retomber dans son siège, épuisé.
— Henriette ! lâcha René, inspiré. C’est Henriette ! La vieille bique avec un chapeau sur la tête comme une soucoupe volante.
Junior applaudit et faillit en avaler sa croûte de fromage, mais Marcel veillait et la lui retira à temps de la bouche.
— Henriette ! s’exclamèrent Marcel et René ensemble. C’est elle qui a marabouté Choupette !
Madame Suzanne, agenouillée, était enfin entrée dans l’âme et le destin de Josiane. Elle réclama le plus grand recueillement et un silence de cathédrale emplit le salon. Les deux hommes coude à coude attendaient que le diagnostic de madame Suzanne tombe. Junior aussi. Il tenait ses pieds à deux mains et les secouait pour accélérer le temps, semblant dire « il faut agir vite, vite… ».
— En effet, c’est une dénommée Henriette…, murmura madame Suzanne, penchée sur le pied de Josiane.
— Comment est-ce possible ? dit Marcel, pâle comme l’homme qui voit un revenant.
— La jalousie et l’appât de l’argent…, poursuivit madame Suzanne. Elle va voir une femme, une femme très grosse avec des cœurs roses partout dans l’appartement, une femme qui a accès au mal et qui a travaillé Josiane… Je les vois ensemble. La grosse femme sue et prie une Vierge en plâtre. La dame au grand chapeau lui remet de l’argent, beaucoup d’argent. Elle donne une photo de Josiane à la grosse femme qui la place sous influence, elle la travaille, la travaille… Je vois des épingles ! Ça va être pénible, ça va être dur, mais je devrais y arriver !
Elle se concentra sur les pieds, les mollets de Josiane, prit ses mains dans les siennes et prononça des mots incompréhensibles, des formules qui sonnaient comme du bas latin. Marcel et René écoutaient, médusés. Junior hochait la tête, d’un air entendu. Ils distinguèrent une phrase qui demandait « aux démons de sortir ». Josiane eut un hoquet et vomit un peu de bile. Madame Suzanne l’essuya en lui tenant la nuque. Josiane dodelinait de la tête, les yeux révulsés, la bave aux lèvres. Junior souriait. Puis madame Suzanne se livra à un rituel de passes autour du corps de Josiane. Cela dura environ dix minutes. Elle se mit en colère et ordonna aux esprits mauvais de se rendre et de décamper.
Marcel et René reculèrent, effrayés.
— Je préférais ton histoire de corbeau… C’était plus poétique.
— Moi aussi ! murmura René qui n’en croyait pas ses yeux.
Junior les fit taire du regard. Ils baissèrent les yeux, contrits.
Enfin, madame Suzanne se redressa, se frotta les reins et déclara :
— Elle va s’en sortir. Mais elle va être épuisée…
— Alléluia ! s’exclama Junior en levant les bras au ciel.
— Alléluia ! reprirent René et Marcel qui ne savaient plus sur quel pied danser.
Josiane, enfouie dans son châle en mohair, se mit à trembler de tous ses membres et se laissa glisser à terre, inerte.
— Ça y est… Elle est dégagée, constata madame Suzanne. Elle va dormir et, pendant son sommeil, je la nettoierai de fond en comble… Priez pour moi, l’ennemie est coriace, je vais avoir besoin de toutes les forces.
— J’ai oublié mes prières ! dit René.
— Tu dis n’importe quoi et tu commences par dire « merci »…, lui conseilla Marcel. Tu t’en fous des mots, c’est le cœur qui parle.
René bougonna. Il n’était pas venu pour réciter des bondieuseries !
— Je vous dois combien ? demanda Marcel.
— Rien. C’est un don que j’ai reçu et je ne dois pas le salir en prenant de l’argent. Sinon il me serait immédiatement retiré. Si vous voulez donner, faites-le de votre côté.
Elle rangea ses huiles et ses crèmes, ses bâtons d’encens et sa grosse bougie blanche et se retira, laissant les deux hommes abasourdis, Junior ravi et Josiane endormie.
Et le téléphone toujours décroché.
— Mais qu’est-ce qu’elle a maman ? s’exclama Hortense qui prenait son petit déjeuner dans la cuisine avec Zoé. Elle est vraiment pas dans son assiette !
Il était midi et demi et les deux filles se levaient. Joséphine leur avait préparé le petit déjeuner tel un fantôme distrait. Elle avait mis du café dans la théière, le miel au micro-ondes et avait laissé les tartines brûler dans le grille-pain.
— Les meurtres à répétition… ça tape sur le ciboulot ! hasarda Zoé. Elle a encore été convoquée chez les flics après la mort de la fliquette. Ils les ont tous rappelés pour les interroger, tous les gens de l’immeuble…
— Quand je l’ai vue à Londres, elle était normale. Frétillante, même.
— Tu l’as vue quand ? s’exclama Zoé.
— Il y a quinze jours. Elle avait rendez-vous avec son éditeur anglais.
— Elle était à Londres ? Elle nous avait dit qu’elle partait pour une conférence à Lyon. Elle nous en a fait toute une tartine ! Je trouvais même qu’elle en faisait un peu trop. Mais bon… Elle est toujours too much quand elle parle du Moyen Âge…
— Non ! Elle était à Londres et je l’ai vue comme je te vois…
— Tu vois, à force de jamais me donner de nouvelles, je sais rien, moi !
— Je déteste donner des nouvelles ! C’est gnangnan et puis on n’a pas toujours quelque chose à se dire ! Pourquoi a-t-elle menti ? Ça lui ressemble pas…
Zoé et Hortense se regardaient, intriguées.
— Je crois que je sais, dit Zoé, mystérieuse.
Elle se tut un moment comme pour rassembler ses pensées.
— Accouche ! ordonna Hortense.
— Je pense qu’elle est allée voir Philippe et qu’elle n’a rien dit à cause d’Iris.
— Philippe ? Et pourquoi elle aurait menti pour le voir ?
— Parce qu’elle est amoureuse…
— De Philippe ! s’exclama Hortense.
— Je les ai surpris le soir de Noël dans la cuisine en train de se rouler une pelle.
— Maman et Philippe ? T’es complètement ouf !
— Non, je ne suis pas folle et ça explique tout… Elle a menti à Iris, elle lui a dit qu’elle allait à Lyon pour un séminaire et elle est partie le retrouver… à Londres. Je sais parce que j’ai essayé de l’appeler et j’ai eu un répondeur en anglais sur son portable ! Je comprends maintenant !
— Elle te l’avait pas dit à toi ?
— Elle a dû avoir peur que je me coupe et le dise devant Iris. Elle m’a juste dit qu’elle m’appellerait, elle. Et puis elle savait que j’étais chez Emma. Elle se faisait pas de souci.
— Ça alors ! la vie sentimentale de maman me fascinera toujours ! Je croyais qu’elle sortait avec Luca, tu sais, le beau mec de la bibliothèque !
— Elle l’a largué. Du jour au lendemain. D’ailleurs, faudrait que je lui dise que je l’ai vu traîner plusieurs fois dans le quartier, le beau Luca. Sais pas où ils en sont tous les deux…
— Largué Luca ! dit Hortense, stupéfaite. Mais pourquoi tu m’as rien dit ?
— T’étais pas là, j’avais pas envie d’en parler et pis, j’étais en colère contre maman.
— En colère ? Il est canon, Philippe !
— Elle trahissait papa…
— T’exagères ! C’est lui qui l’a laissée tomber pour Mylène !
— N’empêche…
— Elle trahissait pas du tout ! T’as la mémoire courte, Zoé !
— Disons que je lui en voulais ! Ça fait un choc tout de même de voir ta mère rouler un patin à ton oncle !
Hortense balaya l’argument de la main et demanda :
— Et Iris, elle se doute de rien ?
— Ben non… puisqu’elle lui a dit qu’elle allait à un séminaire à Lyon. Et puis Iris, depuis quelque temps, elle est sur une autre planète. Elle a des visées sur Lefloc-Pignel. Elle déjeunait avec lui aujourd’hui…
— C’est qui Lefloc-Pignel ?