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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Et maintenant à moi, Gucci, Yves Saint Laurent, Chanel, Dior, Ungaro. Ils avaient envoyé des représentants à Saint Martins, ils m’ont félicitée et promis de m’engager quand je sortirai de l’école. Elle avait écouté les propositions d’un air ennuyé et avait déclaré « parlez-en à mon agent… » en montrant Nicholas du menton. Et demain… demain après-midi, j’ai rendez-vous avec Jean-Paul Gaultier en personne, hurla-t-elle en battant des pieds sous le drap. Il va sûrement me proposer un stage, cet été… Et je marmonnerai oui, peut-être, il faut que je réfléchisse. Deux jours après, j’accepterai et j’irai me nourrir de toutes les merveilles qu’invente cet homme qui a des étincelles de génie gourmand dans les yeux.

Je suis heureuse, je suis heureuse, je suis heureuse !

Bien sûr, il y avait eu une fausse note, une seule : cette punaise de Charlotte Bradsburry au pied du podium, qui prenait des notes pour sa feuille de chou et faisait la moue quand tous les autres applaudissaient. Irritée devant l’empressement de Gary à applaudir et à se dresser, emporté par l’enthousiasme. Elle avait reçu un coup de poing au plexus quand elle avait aperçu ce dernier, assis au premier rang, aux côtés de la Bradsburry. Il avait laissé des messages sur son répondeur. Elle n’avait pas répondu. L’ignorer. Sourire poli sur le podium quand elle s’était inclinée face à l’assistance, mais aucun clin d’œil à Gary. Au contraire ! Elle avait fait monter Nicholas, l’avait enlacé, avait murmuré : « Embrasse-moi, embrasse-moi », « Là ? devant tout le monde ? » « Là. Immédiatement. Un baiser d’amoureux. » « Et tu me donnes quoi, en échange ? » « Ce que tu veux. » Et c’est ainsi qu’elle lui avait promis de partir avec lui en croisière en Croatie. Après le stage chez Gaultier, s’il devait avoir lieu.

Il l’avait embrassée. Gary avait baissé les yeux. Touché, avait-elle grondé, les lèvres déguisées en un sourire factice. Elle s’était lovée contre Nicholas, mimant l’abandon de la mariée heureuse. Elle n’avait pas une minute à perdre en supputations douloureuses : il fait quoi ? il est amoureux ? et pourquoi pas de moi ? Niaiseries stériles ! Vive moi ! Soixante-dix sur mille ! I am the best. La crème de la crème. Et à tout juste dix-huit ans ! Alors que la Bradsburry luttait contre les ravages du temps. Je suis sûre qu’elle se pique au Botox, elle n’a pas une seule ride ! C’est louche, ça sent le lent pourrissement.

Elle se retourna sur le ventre en écrasant son oreiller et n’entendit pas Zoé entrer dans la chambre. Mon prochain défilé s’intitulera La gloire est le deuil éclatant du bonheur et je rendrai hommage à madame de Staël. Je dessinerai des robes de reines hautaines au cœur ensanglanté. Je jouerai avec du rouge, du noir, du violet, de longs plis tombant telles des larmes sèches, ce sera violent, majestueux, blessé. Je pourrais même…

— Tu dors ? chuchota Zoé.

— Non. Je revis mon triomphe et suis d’humeur délicieuse. Profites-en.

— Y a encore une lettre de papa !

— Zoé, arrête ! Je te l’ai dit, il n’est plus de notre monde ! C’est infiniment triste, mais c’est comme ça. Va falloir t’y faire.

— Mais si… lis-la.

Hortense remonta le drap sur sa poitrine, ordonna à Zoé de lui passer un tee-shirt et s’empara de la lettre qu’elle lut à voix haute :

Mes petites chéries adorées,

Une petite lettre pour vous dire que je vais de mieux en mieux et que je pense toujours à vous. Que les jours heureux passés à Kifili me reviennent et me permettent de reprendre goût à la vie…

— Quel style abominable ! siffla Hortense.

— T’exagères, c’est mignon !

— Justement. Papa n’était pas mignon ! Un homme n’écrit pas ça !

Dans les tourments que j’endure, ce sont toujours vos petites frimousses qui m’apportent de la tendresse et la force de continuer… De reprendre pied dans ce monde impitoyable.

— Oh ! la, la ! C’est carrément lourd. Nos « petites frimousses » ! Il est devenu gâteux ou quoi ?

— Il est fatigué, il ne trouve pas ses mots…

Un souvenir me revient toujours, celui du wapiti brûlé au fond de la casserole quand vous aviez fait la cuisine, un soir, vous vous souvenez. On avait ri, mais ri !

Hortense lâcha la lettre et s’exclama :

— C’est Mylène ! C’est elle qui écrit ces lettres. Le wapiti, c’était un secret entre Mylène et nous. Elle avait honte d’avoir cramé son plat et nous avait fait promettre de ne rien dire. Souviens-toi, Zoé ! j’avais échangé mon silence contre des faux-cils et une french manucure…

Zoé la regardait, désespérée, les yeux cloués dans les siens.

— Wapiti, what a pity ! Tu te rappelles ? insista Hortense.

Zoé déglutit, des larmes plein les yeux.

— Alors tu crois vraiment que…

— Tu as les autres lettres ?

Zoé hocha la tête.

— Va me les chercher !

Zoé courut dans sa chambre et Hortense termina sa lecture.

Ces moments-là me manquent. Je suis si seule. Désespérée. Aucune épaule sur laquelle m’appuyer… Oh, mes chéries douces ! Mes belles chéries. Que je voudrais être avec vous et vous serrer dans mes bras ! Que la vie est dure sans vous ! Rien ne vaut la douceur de bras d’enfants autour de soi. L’argent et le succès ne sont rien sans ça. Je vous embrasse fort comme je vous aime et vous promets que bientôt, bientôt nous seront réunies…

Papa.

— Consternant ! s’exclama Hortense en reposant la lettre.

Elle examina le timbre. La lettre avait été postée à Strasbourg. Relut attentivement, scrutant chaque mot. Je suis sûre que j’ai raison et que ce n’est pas lui. C’est Mylène. Elle veut nous faire croire qu’il est vivant. Elle s’est trahie avec le wapiti. « Je suis si seule. Désespérée. Réunies. » C’est elle ! Il ne faisait pas de fautes d’orthographe. Il disait qu’on pouvait juger un homme à ses fautes de français. Qu’est-ce qu’il a pu nous gonfler avec ses règles de grammaire et de bon usage ! On ne dit pas « par contre », mais « en revanche » et si, un jour, un garçon vous annonce qu’il conduit la voiture « à » sa mère, plantez-le là, c’est un rustre. Elle cria : « Zoé ! Qu’est-ce que tu fous ? »

Zoé revint, essoufflée, et tendit à Hortense les autres lettres de leur père. Hortense observa les enveloppes. Les premières provenaient bien de Monbasa, mais les autres de Paris, Bordeaux, Lyon, Strasbourg.

— Tu trouves pas ça bizarre, toi ? Il est à moitié dévoré par un crocodile et il joue les globe-trotters…

— Il est peut-être soigné dans des hôpitaux différents…

Zoé jouait avec ses doigts de pieds qu’elle épluchait pour penser à autre chose et ne pas pleurer.

— Moi, j’ai pas envie qu’il soit mort…

— Mais moi non plus ! Juste que j’étais là quand Mylène a annoncé sa mort à maman et que l’ambassade de France a fait une enquête pour aboutir à la seule conclusion : il est mort. Point barre. Mylène est en Chine. Elle donne ses lettres à des Français de passage, des hommes d’affaires, qui les mettent à la poste quand ils arrivent chez eux…

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