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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Parfois elle avait du mal à masquer ses sentiments envers Joséphine. Son manque d’assurance, sa maladresse l’irritaient au plus haut point. Et puis… elle ne parvenait pas tout à fait à lui pardonner le scandale du livre. Si elle a un compte en banque bien rempli, aujourd’hui, c’est quand même grâce à moi ! Elle éprouvait envers Jo une aversion jalouse. Il lui arrivait d’être obligée de s’en aller brusquement quand Joséphine se mettait à parler de ses recherches pour sa thèse, son HDR, DRH ou RHD, elle ne retenait jamais l’ordre de ces initiales barbares et barbantes. Cependant, étant donné les circonstances, la vie était plus agréable chez sa sœur que seule, chez elle, avec cette Carmen collante comme du papier tue-mouches. Et puis… Hervé n’était pas loin. Elle avait remarqué qu’il choisissait toujours des lieux de rendez-vous où il n’était pas connu. Jamais elle ne le voyait le week-end. Elle attendait, le lundi matin, que son portable sonne. Elle avait choisi une sonnerie spéciale pour lui. Elle posait son téléphone sur l’oreiller. Elle attendait trois, quatre sonneries puis décrochait. Elle devait reconnaître qu’elle passait son temps à l’attendre. Je n’ai guère le choix, se disait-elle, lucide. Le mois d’août approchait. Sa femme et ses enfants partiraient en vacances dans la grande maison à Belle-Île.

Elle déplia une grande chemise blanche à col haut. Pour cacher les rides du cou. Elle ôta les épingles, le carton, l’étendit sur le lit. Se piqua un doigt à une épingle et constata, effondrée, qu’elle avait mis une goutte de sang sur la belle robe Bottega Veneta.

Elle poussa un juron de colère. Comment détachait-on le sang sur du coton ivoire ? Il faudrait qu’elle appelle Carmen.

Henriette sortit de la station de métro Buzenval et tourna à droite dans la rue des Vignoles. Elle s’arrêta devant l’immeuble décrépit de Chérubine et reprit son souffle. Son orteil droit la faisait souffrir et son nerf sciatique la lançait dans la hanche. Elle n’avait plus l’âge de prendre le métro, descendre et monter des escaliers, se retrouver pressée contre des anonymes aux aisselles malodorantes. Elle avait beau ôter son chapeau et se vêtir de vêtements bon marché, elle avait toujours l’impression qu’on la dévisageait. Qu’on savait qu’elle cachait des billets dans les bonnets de son soutien-gorge. Elle serrait ses bras sur ses seins pour prévenir l’assaut d’un malotru basané et affichait l’air méchant d’une vieille mal lunée à qui il ne faut pas se frotter. Parfois, quand elle apercevait son reflet dans la vitre du métro, elle se faisait peur ! Elle en riait, le nez enfoncé dans son écharpe parfumée à « Jicky » de Guerlain. Elle s’inondait de « Jicky » quand elle prenait le métro. C’était la seule façon de ne pas défaillir. Elle n’avait jamais été agressée et, plus elle prenait le métro, plus elle devenait grimaçante et hargneuse.

Elle entama la lente montée des escaliers de l’immeuble de Chérubine, eut le cœur soulevé par l’odeur de vieux chou rance, fit une pause à chaque palier et atteignit enfin le troisième étage. Elle palpa son soutien-gorge et soupira. Qu’elle les aimait, ces billets ! Qu’ils étaient tendres à malaxer ! Ils faisaient un petit bruit doux, attendrissant, un bruit d’oisillon qui ébouriffe ses plumes. Six cents euros, tout de même ! Pour planter des aiguilles. Ce n’était pas donné. Et de résultats, je n’en vois guère. J’ai beau traîner sous les fenêtres de Marcel, je n’aperçois pas le moindre corps écrasé sur le trottoir. J’interroge la maréchaussée, en vain. Ni accident ni suicide. À ce train-là, mon compte en banque va se vider aussi sûrement qu’une baignoire d’eau sale ! J’en suis à mon sixième versement. Six fois six, trente-six, soit trois mille six cents euros dilapidés. C’est trop ! Beaucoup trop.

Elle aperçut l’écriteau posé au-dessus de la sonnette : SONNEZ ICI SI VOUS ÊTES PERDU. Je suis perdue, moi ? Je suis une de ces pauvres femmes égarées, prêtes à tout pour retrouver leur homme ? Pas le moins du monde. Je m’épanouis dans un célibat choisi et suis à la tête d’une entreprise florissante avec mes économies de bouts de chandelles. J’amasse, j’amasse et je ne me suis jamais autant amusée. Je détrousse les mendiants, rapine, escroque et réussis à vivre sans débourser un centime. Et, dans le même temps, je laisse une fortune dans les mains de cette charlatane obèse ! Il y a quelque chose qui ne va pas, ma chère Henriette. Reprends-toi ! Elle considéra un long moment l’écriteau et déclara tout haut : « Eh bien, je ne sonnerai pas ! »

Et elle tourna les talons.

J’étais en train de m’égarer, pensa-t-elle sur le trajet retour de la ligne 9, en tâtant ses bonnets, écoutant leur doux bruissement. Qu’est-ce que cela m’importe que Josiane et Marcel se gobergent ? Ne suis-je pas plus heureuse aujourd’hui ? Il m’a rendu service en se carapatant. Il a donné un sens à ma vie qui n’en avait pas beaucoup, il faut bien le reconnaître. Aujourd’hui, comme disent les jeunes crétins, je m’éclate.

Pas plus tard qu’hier, elle avait volé chez Hédiard. Oui, volé. Elle était entrée pour faire son habituel numéro de pleureuse de vieille femme usée par la vie – elle avait chaussé ses espadrilles trouées et avait mis son manteau de pauvresse car, c’est bien connu, les pauvres s’habillent pareil été comme hiver – et attendait de lancer sa longue plainte quand elle avait compris qu’elle était seule dans la boutique. Les vendeuses étaient au sous-sol, occupées à cancaner ou à faire semblant de travailler. Elle avait ouvert son grand cabas et l’avait rempli : sancerre rouge, vinaigre balsamique (quatre-vingt-un euros le petit flacon de cinquante centilitres), foie gras, pâtes de fruits, chocolats, soupes au concombre, soupes au pistou, noix de cajou, pistaches, calissons, nems, rouleaux de printemps, tranches de gigot, œufs en gelée, fromages divers. Elle avait raflé tout ce qui était à portée de main. Le cabas pesait lourd, très lourd. Elle s’était presque démis l’épaule. Mais quel plaisir ! Des rigoles de sueur chaude coulaient le long de ses bras. Ce n’est que justice : je volais aux pauvres et maintenant, je vole aux riches ! La vie est formidable.

Je devais avoir le cerveau à l’arrêt quand je me suis remise entre les mains de l’obèse. J’avais déposé ma raison au vestiaire. Je pourrais aller jusqu’à la dénoncer à la police, cette Chérubine. Je suis sûre que c’est illégal, ses magouilles. Et elle ne doit pas déclarer un seul centime ! Si elle me menace de ses petites aiguilles, je l’avertis : je la livre à la police et au fisc. Elle y réfléchira à deux fois.

Enfin ! Je viens de sauver six cents euros. Six adorables billets de cent euros qui dorment heureux, blottis contre mon sein. Mes petits chéris ! Maman est là qui veille, reposez tranquilles !

Et puis, il était temps qu’elle cesse ses prélèvements sauvages sur le compte commun. Marcel aurait fini par avoir une puce à l’oreille. Il aurait été tenté de faire une enquête sur ses sorties inopinées d’argent.

Elle l’avait échappé belle.

Elle bénissait ce jour de juillet où elle retrouvait enfin son bon sens. Que les gens ont brave mine dans cette rame ! Ce n’est pas de leur faute s’ils ne sourient pas. Ce sont de pauvres hères. Obligés d’accomplir un travail ingrat pour subsister, on ne peut pas leur demander, en plus, de sentir bon et de sourire. Même si le savon ne coûte pas cher…

Et puis, se dit-elle, emportée par une vague de bonheur, il faut savoir pardonner dans la vie et tiens ! je lui pardonne d’être parti. Je lui pardonne et je vais donner à mon avocat l’ordre de lancer la procédure de divorce. Je le saignerai à blanc et au couteau tranchant, mais je lui rendrai sa liberté. Je garderai l’appartement et doublerai la pension qu’il me propose. Avec tout l’argent que je gagne en le dérobant aux pauvres et aux riches, je vais devenir millionnaire !

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