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Dune [Tome 1 (traduction revue et corrigée)]

Электронная книга - «Dune [Tome 1 (traduction revue et corrigée)]». Краткое содержание книги:

Le chef-d'œuvre absolu de la science-fiction, adapté au cinéma par Denis Villeneuve.
Traduction revue et corrigée.
Il n'y a pas, dans tout l'Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l'épice de longue vie, née du désert, et que tout l'univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l'histoire.
Cependant, les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l'espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l'Empire ?
Préfaces de Denis Villeneuve et Pierre Bordage.
Postface de Gérard Klein.
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Où ai-je trouvé ces mots ? songea-t-elle.

Elle comprit alors qu’ils venaient de l’autre mémoire, de cette vie qui lui avait été transmise et qui, désormais, faisait partie d’elle-même. Pourtant, il lui semblait qu’il y manquait quelque chose.

« Qu’ils aient donc leur orgie », dit cette autre mémoire, quelque part en elle. « Ils ont bien peu de plaisirs dans l’existence. Et puis, vous et moi, nous aurons besoin de ce petit moment pour nous accoutumer l’une à l’autre avant que je m’enfonce dans vos souvenirs. Déjà, je me sens liée à certains. Ah, mais votre esprit est plein de choses très intéressantes. Tant de choses que je n’aurais jamais imaginées… »

Et cette mémoire qui était dans la sienne s’entrouvrit pour Jessica et elle eut l’impression de découvrir un vaste couloir de Révérendes Mères en Révérendes Mères, jusqu’à l’infini, semblait-il.

Elle recula, craignant de se perdre dans cet océan qui était unité. Mais le couloir demeura, lui révélant que la civilisation fremen était bien plus ancienne qu’elle ne l’avait cru.

Elle vit qu’il y avait eu des Fremen sur Poritrin, tout un peuple qui s’était amolli au contact d’une planète facile, tout un peuple de proies aisées pour les raiders impériaux en quête de colons pour Bela Tegeuse et Salusa Secundus.

Jessica vit combien de pleurs en étaient résultés.

Loin dans le vaste couloir, une voix-image cria : « Ils nous ont refusé le Hajj ! »

Et Jessica vit les huttes d’esclaves sur Bela Tegeuse dans ce même couloir ouvert dans son esprit, elle vit comment l’on avait sélectionné les hommes pour Rossak et Harmonthep. Les scènes de brutalité s’ouvraient une à une devant elle comme les pétales d’une horrible fleur. Et elle vit le fil du passé qui courait toujours, de Sayyadina en Sayyadina, d’abord par la parole, cachée dans les chants des sables, puis dans les Révérendes Mères, grâce à la découverte de la drogue sur Rossak… Et le fil était maintenant plus solide que jamais sur Arrakis avec l’Eau de Vie.

Loin, loin dans le couloir, une autre voix cria : « Ne jamais pardonner ! Ne jamais oublier ! »

Mais l’attention de Jessica s’était concentrée sur la révélation de l’Eau de Vie. Elle en vit la source : l’exhalaison liquide du ver de sable mourant, le faiseur. Et comme l’on tuait la créature, quelque part dans sa mémoire, elle faillit crier elle aussi.

On noyait le faiseur !

« Mère, qu’avez-vous ? »

C’était la voix de Paul. Elle lutta pour se retirer de sa mémoire et le regarda. Sa présence l’irritait, en cet instant, bien qu’elle eût conscience de ses devoirs envers lui.

Je suis comme un être dont les mains seraient demeurées paralysées, insensibles durant toute son existence, jusqu’au jour où elles auraient retrouvé la sensation.

La pensée demeura dans son esprit, connaissance intérieure.

Et je dis : « Regardez ! Je n’ai pas de mains ! » Mais les gens autour de moi demandèrent : « Que sont des mains ? »

« Mère… Vous n’avez rien ? »

« Non, je n’ai rien. »

« Je peux en boire ? (Il désignait le sac que tenait Chani.) Ils le veulent. »

Elle perçut le sens caché de ses paroles et comprit qu’il avait décelé le poison dans la substance d’origine et qu’il était inquiet pour elle. Elle se demanda alors quelles étaient les limites de la prescience de son fils. Sa question venait de lui révéler bien des choses.

« Tu peux boire, dit-elle. Cela a été transformé. » Et, par-delà Paul, elle regarda Stilgar aux yeux sombres.

« Maintenant, dit-il, nous savons que vous ne mentez pas. »

Là aussi, elle percevait un sens caché, mais la drogue lui obscurcissait toujours les sens. Elle était si douce, si chaude. Les Fremen étaient si bons de lui avoir donné une telle amie.

Paul vit que la drogue allait dominer sa mère.

Il chercha alors dans sa mémoire. Passé immuable, lignes d’avenirs possibles. Par son œil intérieur, il exploitait les moments figés du temps, et ces moments étaient autant de fragments qui, hors du flot, devenaient difficiles à examiner.

Cette drogue… Il pouvait accumuler des connaissances à son propos, comprendre ce qu’elle avait provoqué chez sa mère, mais le rythme naturel, un système de réflexion mutuel faisait défaut à cette connaissance.

Il comprit brusquement que, au-delà de la vision du passé dans le présent, se situait la véritable épreuve de prescience : le passé dans l’avenir.

Les choses persistaient à n’être pas ce qu’elles semblaient être.

« Bois », dit Chani. Elle lui présentait le tuyau.

Il se raidit, la regarda. Dans l’air, il percevait l’excitation qui annonce une fête. Il savait ce qui allait se produire s’il buvait cette drogue qui recelait la substance même qui l’avait transformé. Il reviendrait à cette vision du temps pur, du temps devenu espace. À nouveau, il serait sur cette cime vacillante, essayant de comprendre sans y parvenir.

« Bois, garçon, dit Stilgar, quelque part derrière lui. Tu retardes la cérémonie. »

Il prêta l’oreille à la foule et perçut dans les voix innombrables une note sauvage. « Lisan al-Gaib, disaient-elles. Muad’Dib ! » Il regarda sa mère. Elle était assise, immobile, et semblait paisiblement endormie. Son souffle était régulier, profond. Dans son esprit, surgit une phrase venue de cet avenir qui était son passé solitaire : « Elle dort dans les Eaux de la Vie. »

Chani le prit par le bras. Il saisit alors le tuyau relié au sac et entendit crier les gens autour de lui. Chani appuya sur le sac et une goulée ruissela dans sa gorge. Puis Chani lui ôta le tuyau et tendit le sac aux mains qui s’élevaient. Le regard de Paul se fixa sur le ruban vert du deuil noué à son bras.

Chani, en se redressant, lui dit : « Je peux le pleurer jusque dans la joie des eaux. C’est là quelque chose qu’il nous a donné. (Elle plaça les mains dans les siennes et l’entraîna au long de la terrasse rocheuse.) Nous sommes semblables en une chose, Usul : nous avons tous deux perdu un père par les Harkonnen. »

Il la suivit. Il lui semblait que sa tête avait été séparée de son corps avant de lui être rendue avec des connexions nouvelles et étranges. Ses jambes étaient lointaines, molles.

Ils s’engagèrent dans un passage étroit dont les parois étaient vaguement éclairées par des brilleurs très espacés.

Et déjà la drogue produisait son effet sur Paul, déjà le temps s’ouvrait comme une fleur. Comme ils franchissaient un tournant, il éprouva le besoin de s’appuyer sur Chani. Le contact de sa chair tendre sous le tissu rêche fit courir son sang. La sensation se mêla à l’effet de la drogue, rejetant le passé et l’avenir dans le présent.

« Je te connais, Chani, murmura-t-il. Nous nous sommes assis côte à côte sur le rocher au-dessus du sable et j’ai calmé tes craintes. Nous nous sommes caressés dans l’ombre du sietch. Nous… » Il secoua la tête, vacilla.

Chani le soutint, le redressa, le conduisit par-delà d’épaisses tentures jaunes dans un appartement privé. Il vit des tables basses, des coussins, un matelas derrière des draperies orange.

Il se rendit compte qu’ils s’arrêtaient. Chani le regardait et il y avait dans ses yeux une terreur tranquille.

« Tu dois me dire », souffla-t-elle.

« Tu es Sihaya, dit-il, le printemps du désert. »

« Lorsque la tribu partage l’Eau, dit-elle, nous ne faisons qu’un… Tous. Nous… partageons… Je peux… sentir les autres en moi. Mais j’ai peur de partager avec toi. »

« Pourquoi ? »

Il essaya de se concentrer sur elle, mais le passé et l’avenir surgissaient dans le présent, brouillaient la vision. Il voyait Chani, mais dans des lieux innombrables, des situations innombrables.

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