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Dune [Tome 1 (traduction revue et corrigée)]

Электронная книга - «Dune [Tome 1 (traduction revue et corrigée)]». Краткое содержание книги:

Le chef-d'œuvre absolu de la science-fiction, adapté au cinéma par Denis Villeneuve.
Traduction revue et corrigée.
Il n'y a pas, dans tout l'Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l'épice de longue vie, née du désert, et que tout l'univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l'histoire.
Cependant, les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l'espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l'Empire ?
Préfaces de Denis Villeneuve et Pierre Bordage.
Postface de Gérard Klein.
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Feyd-Rautha le regarda. Un marché ! Alors, il entend toujours faire de moi son héritier. Sans cela, il ne parlerait pas de marché. On ne propose un marché qu’à son égal !

« Quel marché, Mon Oncle ? » Feyd-Rautha éprouva de la fierté en entendant sa voix calme et raisonnable qui ne laissait rien filtrer de la tension qu’il éprouvait.

Le Baron, lui aussi, apprécia ce contrôle et il acquiesça. « Tu es un bon matériau, Feyd. Je ne gâche jamais les bons matériaux. Cependant, tu persistes à ne pas reconnaître la valeur que je représente pour toi. Tu es obstiné. Tu ne comprends toujours pas pourquoi il convient de m’épargner. Ceci… (Il désigna les traces de désordre.) Ceci était stupide. Je ne récompense pas la stupidité. »

Arrivons-en à la question, vieux fou ! pensa Feyd-Rautha.

« Tu me considères comme un vieux fou, dit le Baron. Je dois t’en dissuader. »

« Vous avez parlé d’un marché. »

« Ah, l’impatience de la jeunesse… Eh bien, voici ce qu’il en est en substance : tu vas cesser ces folles tentatives contre mon existence. Et, quand tu seras prêt, je m’effacerai en ta faveur. Je me retirerai dans une position de simple conseiller en te laissant le pouvoir. »

« Vous vous retirerez, Mon Oncle ? »

« Tu penses toujours que je suis un vieux fou, dit le Baron, et ceci ne fait que te le confirmer, hein ? Tu crois que je t’implore ! Mais sois prudent, Feyd. Ce vieux fou a découvert cette aiguille que tu avais implantée dans la cuisse du garçon. Juste à l’endroit où je devais placer ma main, n’est-ce pas ? La plus infime pression et… Tic ! Le poison était dans la paume du vieux fou ! Ah, Feyd… »

Le Baron secoua la tête et songea : Mais cela aurait réussi, si Hawat ne m’avait pas averti. Ma foi, si ce jeune monstre pense que j’ai découvert le complot moi-même… laissons-le penser. Et, en un sens, il en a bien été ainsi. C’est moi qui, sur Arrakis, ai sauvé Hawat de la catastrophe. Et il faut que ce garçon ait un peu plus de respect pour moi.

Feyd-Rautha demeurait silencieux. Il luttait avec lui-même. A-t-il dit la vérité ? Entend-il vraiment se retirer ? Pourquoi pas ? Si j’agis avec prudence, je suis certain de lui succéder un jour. Il ne peut vivre éternellement. Oui, peut-être était-ce stupide de chercher à hâter le processus.

« Vous parliez d’un marché, dit-il. Avec quelles garanties réciproques ? »

« Comment pouvons-nous nous faire confiance ? demanda le Baron. Eh bien, Feyd, en ce qui te concerne, Thufir Hawat te surveille. Je me fie à ses pouvoirs de Mentat. Tu me comprends ? Pour moi, il faudra que tu fasses confiance à ma parole. Mais je ne peux vivre éternellement, n’est-ce pas, Feyd ? Et peut-être commences-tu seulement à soupçonner que tu dois connaître à ton tour certaines choses que je connais. »

« Je vous donne ma parole, dit Feyd-Rautha, mais vous, que me proposez-vous ? »

« Je te propose de continuer à vivre. »

À nouveau, Feyd-Rautha observa son oncle. Il me fait surveiller par Hawat ! Que dirait-il s’il savait que c’est Hawat lui-même qui a mis au point le stratagème qui m’a débarrassé de son maître des esclaves ? Il penserait probablement que je mens pour discréditer Hawat. Non, le bon Thufir est un Mentat et il a prévu cela.

« Eh bien, qu’en dis-tu ? » demanda le Baron.

« Que puis-je dire ? J’accepte, bien sûr. »

Et Feyd-Rautha songea : Hawat ! Contre le centre, il joue les deux extrêmes… Est-ce donc cela ? Est-il passé du côté de mon oncle parce que je n’ai pas demandé son conseil pour le jeune esclave ?

« Tu n’as rien dit quant à cette surveillance de Hawat », dit le Baron.

Un pincement de ses narines trahit la colère de Feyd-Rautha. Le nom de Hawat avait été un signal de danger familial durant tant d’années… Maintenant, il avait un autre sens. Toujours dangereux.

« Hawat est un jouet dangereux », dit-il.

« Un jouet ! Ne sois pas stupide. Je sais comment le contrôler. Il a des émotions profondes, Feyd. C’est celui qui n’a pas d’émotions qu’il faut craindre… Non, ceux qui ont des émotions peuvent être soumis à nos désirs. »

« Je ne vous comprends pas, Mon Oncle. »

« Oui, c’est évident. »

Feyd-Rautha ne traduisit son brusque ressentiment que par un bref battement de cils.

« Et tu ne comprends pas plus Hawat », dit le Baron.

Vous non plus ! pensa Feyd-Rautha.

« Contre qui Hawat dirige-t-il sa haine pour ce qu’il est devenu ? demanda le Baron. Contre moi ? Certainement. Mais il était un instrument des Atréides et m’a défié durant des années jusqu’à ce que l’Imperium m’aide. C’est ainsi qu’il voit les choses. Sa haine pour moi est maintenant banale. Il croit qu’il peut venir à bout de moi quand il le voudra. Et c’est ainsi que je le domine. Car je dirige son attention où je le veux… sur l’Imperium. »

Feyd-Rautha comprit et de fines rides apparurent sur son front en même temps que sa bouche se rétrécissait.

« Sur l’Empereur ? » demanda-t-il.

Que mon cher neveu savoure donc ceci, pensa le Baron. Qu’il se dise : « L’Empereur Feyd-Rautha Harkonnen ! » Qu’il se demande combien cela peut valoir… Assurément la vie d’un vieil oncle capable de réaliser un tel rêve !

Lentement, Feyd-Rautha humecta ses lèvres du bout de sa langue. Se pouvait-il que le vieux fou dise vrai ? Il y avait dans tout cela plus qu’il ne semblait y avoir.

« Et Hawat, qu’a-t-il donc à voir dans tout cela ? »

« Il croit nous utiliser pour accomplir sa vengeance contre l’Empereur. »

« Et quand elle sera accomplie ? »

« Il ne pense pas au-delà. Hawat est de ces hommes qui doivent servir les autres, mais il l’ignore. »

« J’ai beaucoup appris de lui, dit Feyd-Rautha, et il sentit la vérité qu’il y avait dans ces paroles. Mais plus j’apprends, plus je sens que nous devrions nous en débarrasser… et très vite. »

« L’idée qu’il te surveille ne te plaît guère. »

« Il surveille tout le monde. »

« Et il pourrait bien te mettre sur le trône. Il est rusé, dangereux. Mais je ne le priverai pas encore d’antidote. Une épée aussi est dangereuse, Feyd. Mais pour celle-ci nous avons un fourreau. Le poison est en lui. Il suffit de supprimer l’antidote pour que la mort l’enveloppe. »

« En un sens, dit Feyd-Rautha, c’est comme l’arène. Feinte après feinte. Il faut observer de quel côté le gladiateur se penche, dans quelle direction il regarde, la façon dont il tient son couteau. »

Il hocha la tête. Ces mots avaient plu à son oncle, il le sentait. Oui ! pensa-t-il. Comme l’arène ! Et c’est l’esprit qui est le tranchant !

« À présent, dit le Baron, tu vois à quel point tu as besoin de moi. Je suis encore utile, Feyd. »

Comme une épée jusqu’à ce qu’elle soit trop émoussée, se dit Feyd-Rautha.

« Oui, Mon Oncle. »

« À présent, nous allons nous rendre au quartier des esclaves. Et je te regarderai tandis que, de ta main, tu tueras toutes les femmes dans l’aile des plaisirs. »

« Mon Oncle ! »

« Il y en aura d’autres, Feyd. Mais je veux que tu ne commettes pas une erreur avec moi sans en pâtir. »

Le visage de Feyd-Rautha était sombre. « Mon Oncle, vous… »

« Tu vas accepter cette punition et en tirer une leçon », dit le Baron.

Feyd-Rautha rencontra le regard avide de son oncle.

Et je dois me rappeler cette nuit, pensa-t-il. Et, avec elle, d’autres nuits encore.

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