Dune [Tome 1 (traduction revue et corrigée)]
- Автор: Херберт Фрэнк
- Год: 2020
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- Жанр: Эпическое фэнтези
Электронная книга - «Dune [Tome 1 (traduction revue et corrigée)]». Краткое содержание книги:
Traduction revue et corrigée.
Il n'y a pas, dans tout l'Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l'épice de longue vie, née du désert, et que tout l'univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l'histoire.
Cependant, les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l'espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l'Empire ?
Préfaces de Denis Villeneuve et Pierre Bordage.
Postface de Gérard Klein.
« Moi, Révérende Mère Ramallo, dit la vieille dont la voix était comme celle d’une multitude, je te dis ceci : il est bien que Chani soit acceptée comme Sayyadina. »
« C’est bien », répondit la foule.
La Révérende Mère hocha la tête et murmura : « Je lui donne les cieux argentés, le désert doré et ses rochers brillants, les champs verts qui seront. Je donne tout cela à la Sayyadina Chani. Et, pour que jamais elle n’oublie qu’elle est notre servante à tous, c’est à elle que reviennent les obligations domestiques de la Cérémonie de la Graine. Qu’il en soit ainsi selon le Shai-hulud. » Elle leva un bras qui était comme un vieux bâton bruni et le rabaissa.
Jessica eut l’impression que la cérémonie, tout à coup, était comme un courant violent qui l’emportait, lui interdisant de revenir en arrière. Elle ne put qu’adresser un regard à Paul, puis se prépara à l’épreuve.
« Que les maîtres d’eau s’avancent », dit Chani, et, dans sa voix de femme-enfant, il y avait une hésitation à peine perceptible.
À cet instant, Jessica sentit le danger sur elle. Elle reconnut sa présence dans les regards, dans le silence.
Un passage sinueux venait de s’ouvrir dans la foule et des hommes s’avançaient vers la terrasse. Ils allaient par deux, portant de petits sacs de peau qui se balançaient lourdement et qui étaient gros comme deux têtes d’homme.
Les deux premiers déposèrent leur fardeau aux pieds de Chani et reculèrent.
Jessica regarda le sac, puis les hommes. Ils avaient ramené leurs capuchons en arrière, révélant leurs longs cheveux noués en rouleau à la base du cou. Leurs yeux sombres affrontèrent calmement son regard.
Un lourd arôme de cannelle montait du sac. L’épice ? se demanda Jessica.
« Y a-t-il de l’eau ? » demanda Chani.
Le maître d’eau qui se trouvait à sa gauche, celui qui avait une cicatrice rouge sur l’aile du nez, acquiesça. « Il y a de l’eau, Sayyadina. Mais nous ne pouvons en boire. »
« Y a-t-il de la graine ? »
« Il y a de la graine. »
Chani s’agenouilla alors et posa ses mains sur le sac. « Bénies soient l’eau et la graine. »
Il y avait quelque chose de familier dans le rite et Jessica regarda la Révérende Mère Ramallo. La vieille femme avait fermé les yeux et s’était recroquevillée, comme si elle dormait.
« Sayyadina Jessica », dit Chani.
Jessica se retourna et vit que la femme-enfant la regardait.
« Avez-vous goûté l’eau bénite ? » demanda-t-elle.
Avant que Jessica ait pu répondre, elle ajouta : « Il n’est pas possible que vous ayez goûté l’eau bénite. Vous n’êtes pas de ce monde et vous n’avez pas de privilèges. »
Un soupir courut dans la foule, un murmure de robes qui fit naître un frisson en Jessica.
« La récolte a été bonne et le faiseur détruit », dit Chani. Elle se mit alors à dérouler le tuyau fixé au sac.
Le danger augmentait encore, songeait Jessica. Elle lança un regard à Paul et vit que, pris par le rite, il n’avait d’yeux que pour Chani.
A-t-il entrevu ce moment dans le temps ? se demanda-t-elle. Elle porta une main à son ventre, songeant à sa fille. Ai-je le droit de les mettre en danger tous les deux ?
Chani lui tendit le tuyau. « Voici l’Eau de la Vie, celle qui est plus grande que l’eau. Kan, l’eau qui libère l’âme. Si vous devez être une Révérende Mère, elle vous ouvrira l’univers. Que Shai-hulud juge, à présent. »
Jessica se sentait déchirée entre les obligations qu’elle avait envers son enfant à naître et son devoir à l’égard de Paul. Pour lui, elle le savait, il fallait qu’elle prenne ce tuyau et boive le liquide contenu dans le sac mais, à l’instant où elle se baissait, tous ses sens l’avertirent du péril.
Ce qu’il y avait dans le sac dégageait un parfum amer à la fois proche et différent de bien des poisons de sa connaissance.
« Maintenant, vous devez boire », dit Chani.
Il n’est pas de fuite possible, songea Jessica. Et rien, dans toute son éducation bene gesserit, ne lui donnait en cet instant de solution.
Qu’est-ce donc ? se demandait-elle. Un alcool ? Une drogue ?
Elle se pencha sur l’extrémité du tuyau, sentit les esters de cannelle et se souvint de l’ivresse de Duncan Idaho. Un alcool d’épice ? se demanda-t-elle. Elle prit le siphon dans sa bouche et aspira une infime gorgée. Cela avait un goût d’épice, un peu âcre sur la langue.
Chani appuya alors sur le sac et une grosse goulée de liquide se déversa dans la bouche de Jessica. Elle ne put que l’avaler en s’efforçant de conserver tout son calme et sa dignité.
« Accepter une petite mort est pire que la mort », dit Chani. Elle regardait Jessica, attendait.
Et Jessica répondait à son regard, le tuyau toujours dans la bouche. Le goût du liquide était sur son palais, dans ses narines, ses joues, ses yeux… Un goût sucré.
Fraîcheur.
À nouveau, le liquide se déversa dans la bouche de Jessica.
Délicatesse.
Jessica étudiait les traits de Chani, lisait les traces de Liet-Kynes, dans ce visage d’elfe, des traces que le temps n’avait pas encore fixées.
Ils m’ont donné une drogue, se dit-elle.
Mais cela ne ressemblait à rien qu’elle eût déjà connu. Pourtant, l’éducation bene gesserit comprenait la connaissance de bien des drogues.
Le visage de Chani était de plus en plus clair, comme dessiné par une intense lumière.
Une drogue.
Le silence tourbillonnait autour de Jessica. Par chaque fibre de son corps, elle acceptait ce changement profond qui survenait en elle. Il lui semblait être maintenant une particule infime et consciente, plus petite que la plus petite particule subatomique mais pourtant capable d’émotion, de perception. Les rideaux s’écartèrent et elle eut la révélation abrupte d’une extension psychokinétique d’elle-même. Elle était atome sans être atome.
Autour d’elle, la caverne subsistait. La caverne et les gens. Elle les sentait. Paul, Chani, Stilgar, la Révérende Mère Ramallo.
La Révérende Mère !
À l’école, certaines rumeurs prétendaient que, parfois, on ne survivait pas à l’épreuve de la Révérende Mère, que la drogue vous emportait.
Elle concentra son attention sur la Révérende Mère Ramallo, consciente que tout ceci se produisait en un bref instant figé, un fragment de temps suspendu pour elle seule.
Pourquoi le temps est-il suspendu ? se demanda-t-elle. Elle contemplait tous ces visages figés, autour d’elle. Un grain de poussière était suspendu, immobile, au-dessus de la tête de Chani. Il attendait.
La réponse lui vint alors et ce fut comme une explosion dans sa conscience : son temps personnel était suspendu pour qu’elle sauve sa vie.
Elle se concentra sur cette extension psychokinétique d’elle-même et fut immédiatement confrontée avec un noyau cellulaire, un puits de noirceur qui la repoussait.
C’est l’endroit que nous ne pouvons contempler, pensa-t-elle. Celui que les Révérendes Mères n’aiment pas mentionner et que seul le Kwisatz Haderach peut voir.
Comprenant cela, elle retrouva un peu de confiance et, de nouveau, essaya de se concentrer sur cette extension psychokinétique de son esprit, devint un atome-moi cherchant le danger.
Elle le découvrit dans la drogue qu’elle venait d’absorber.
En elle, la drogue était comme autant de particules dansantes, aux mouvements si rapides que même le temps gelé ne pouvait les faire apparaître. Des particules dansantes. Elle reconnut alors des structures familières, des liaisons atomiques : un atome de carbone ici, une formation hélicoïdale… une molécule de glucose. Elle avait devant elle une chaîne complète de molécules et identifia une protéine… la configuration méthylprotéine.