Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
— Agnus dei, qui tollis peccata mundi, dona eis requiem.
Nous devrons prendre de l’avoine pour l’âne, une hache pour couper du bois… des couvertures.
Roche termina ses prières.
— Dominus vobiscum et cum spiritu tuo. Requiescat in pace. Amen.
Il partit vers le clocher.
Ce n’est pas le moment, pensa Kivrin. Mais elle regagna le manoir pour préparer leurs bagages pendant qu’il sonnerait le glas. À son retour, elle lui exposerait ses projets puis ils chargeraient l’âne et partiraient. Elle traversa la cour d’un pas rapide et entra dans la demeure. Ils devraient également emporter des braises pour allumer un feu, ainsi que les herbes médicinales d’Imeyne.
Rosemonde dormait toujours. C’était bon signe. L’éveiller avant qu’ils ne soient prêts au départ eût été sans objet. Kivrin alla sur la pointe des pieds prendre le panier. Elle vida son contenu puis le posa près du feu et retourna vers la porte.
Rosemonde s’assit sur sa paillasse.
— Vous n’étiez pas là, à mon réveil, fit-elle sur un ton de reproche. J’ai craint que vous n’ayez décidé de partir.
— Nous allons tous partir, répondit Kivrin en se penchant vers elle. Pour l’Écosse. Reposez-vous en prévision du voyage. Je n’en aurai pas pour longtemps.
— Où allez-vous ?
— Chercher des provisions dans les cuisines. Avez-vous faim ? Je peux vous rapporter du gruau. En attendant, reposez-vous.
— La solitude me terrifie. Ne pourriez-vous pas rester un moment près de moi ?
Je n’en ai pas le temps, se dit-elle.
— Je reviens tout de suite. Le père Roche n’est pas loin, lui non plus. Il est dans le clocher, ne l’entendez-vous pas ? Je n’en aurai pas pour longtemps. D’accord ?
Elle accompagna ses propos d’un large sourire et Rosemonde acquiesça à contrecœur.
Elle sortit en courant. Roche sonnait toujours le glas. Vite ! se dit-elle. Le temps presse. Elle explora les placards des cuisines et entassa les victuailles sur la table. Elle trouva un fromage et de nombreux pains plats qu’elle empila comme des assiettes au fond d’un sac.
Elle rapportait le tout vers le puits lorsqu’elle vit Rosemonde sur le seuil du manoir, appuyée au chambranle de la porte.
— Je voudrais aller m’asseoir dans les cuisines, afin d’être près de vous, dit-elle.
Elle avait enfilé sa cotte et ses chaussures, mais elle frissonnait déjà.
— Il fait trop froid, là-bas, rétorqua Kivrin en allant la rejoindre. Et vous devez vous reposer.
— Quand vous n’êtes pas près de moi, j’ai trop peur de ne jamais vous revoir.
— Je ne suis pourtant pas loin.
Elle entra prendre le manteau de Rosemonde et des fourrures.
— Asseyez-vous ici, sur les marches.
Elle la couvrit du vêtement puis empila les couvre-lits autour d’elle.
— Ça ira ?
Le bijou offert par Messire Bloet était agrafé au manteau. Rosemonde le manipula avec maladresse, tant ses mains tremblaient.
— Irons-nous à Courcy ?
Kivrin épingla la broche. Io suiicien lui dami amo. « Je représente l’être aimé. »
— Nous partons pour l’Écosse. La peste n’ira pas aussi loin.
— Croyez-vous que mon père est mort ? Ma mère disait qu’il avait été retardé, que mes frères devaient être malades, et qu’il nous rejoindrait dès qu’ils se seraient rétablis.
— Ce n’est pas à exclure. Nous lui laisserons une lettre, pour qu’il sache où nous sommes.
Rosemonde secoua la tête.
— S’il était en vie, il serait venu me chercher.
Kivrin plaça une fourrure sur ses frêles épaules.
— Je dois aller prendre des provisions pour la route.
Rosemonde hocha la tête et Kivrin retourna dans les cuisines. Il y avait un sac d’oignons, et un de pommes. Les fruits étaient ratatinés et pour la plupart talés, mais elle les porta à l’extérieur. Non seulement ils ne nécessitaient pas de cuisson mais ils auraient besoin de vitamines pour tenir jusqu’au printemps.
— En voulez-vous une ? demanda-t-elle à Rosemonde.
— Oui.
Elle chercha une pomme bien saine, la frotta sur son haut-de-chausses en cuir et la lui apporta. Elle sourit en se rappelant combien elle avait trouvé leur goût agréable, lorsqu’elle était malade.
Mais Rosemonde s’en désintéressa après la première bouchée. Elle s’adossa au chambranle et regarda le ciel, en écoutant le glas.
Kivrin entra pour trier les pommes sur la grande table. Elle ne prenait que les plus belles et se demandait quelle charge l’âne pourrait transporter. Ils devraient emporter de l’avoine, car l’herbe serait rare. Une fois en Écosse, il y aurait des bruyères. Se munir d’outres d’eau serait inutile. Les ruisseaux étaient nombreux. Mais ils auraient besoin d’un récipient pour la faire bouillir.
— Les vôtres ne sont pas venus vous chercher, dit Rosemonde.
Kivrin leva la tête. Ils l’ont fait, mais je n’étais pas au rendez-vous, se dit-elle.
— Non.
— Pensez-vous qu’ils ont été victimes de la peste ?
— Non.
Au moins n’ont-ils pas eu à affronter une épidémie.
— Quand j’irai chez Messire Bloet, je ne manquerai pas de l’informer de tout ce que vous avez fait pour nous. Je lui demanderai qu’il vous autorise à rester à mes côtés. Le père Roche également. J’ai le droit d’avoir des serviteurs et un aumônier personnels.
— Merci, dit solennellement Kivrin.
Elle posa le sac de belles pommes à côté de celui qui contenait le fromage et le pain. La cloche se tut, et l’écho du dernier coup résonna dans l’air glacé. Elle prit le seau et alla tirer de l’eau dans le puits. Elle préparerait un gruau auquel elle ajouterait les morceaux sains des fruits blets. Ils auraient besoin d’une nourriture consistante, pour le voyage.
La pomme de Rosemonde roula devant ses pieds et s’arrêta à la base du puits. Elle se baissa pour la ramasser. La peau rouge ratatinée portait la marque d’une seule morsure. Elle l’essuya sur son justaucorps puis se tourna pour la rendre à l’enfant.
Dont la main s’était figée alors qu’elle la tendait pour rattraper le fruit.
— Oh, non ! s’exclama Kivrin.
Nous partons pour l’Écosse, le père Roche et moi. Je présume qu’il est sans objet de vous faire un rapport dont vous ne prendrez probablement jamais connaissance. Mais il n’est pas à exclure qu’un chercheur trouve un jour l’enregistreur dans une lande écossaise et si cela se produit je tiens à ce que vous puissiez apprendre ce qui nous est arrivé.
J’ai conscience que fuir n’est pas une solution, mais je dois sauver le père Roche. Le manoir est contaminé — la literie, les vêtements, l’air ambiant — et les rats grouillent de toutes parts. J’en ai vu un dans l’église, lorsque je suis allée chercher l’aube et l’étole du prêtre pour l’enterrement de Rosemonde. Et même s’il échappe à tous ces dangers, la peste nous cerne et je ne pourrai jamais le convaincre de rester en ce lieu. Il brûle du désir d’aller aider son prochain.
Nous éviterons les routes et les villages. Notre réserve de nourriture est suffisante pour une semaine, et nous serons alors assez loin pour pouvoir acheter des provisions dans une ville. Le clerc avait sur lui une bourse pleine de pièces d’argent. Et ne vous inquiétez pas. Tout se passera bien. Comme le disait M. Gilchrist : « Nous avons tout prévu. »