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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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— Marché conclu, mon cousin, dit Thu-kimnibol, le visage éclairé par un large sourire.

Salaman demeura immobile pendant quelques instants, suivant du regard la haute silhouette du prince qui s’éloignait. Le roi tremblait de fureur rentrée. Vu de dos, Thu-kimnibol ressemblait à s’y méprendre à son père. Et il est aussi têtu que Harruel, songea Salaman. Aussi vaniteux et aussi dangereux que lui.

— Des problèmes, père ? demanda Biterulve en s’approchant.

— Des problèmes ? Quels problèmes, mon garçon ?

— Je les sens qui flottent autour de toi.

— Nous ne pourrons pas disposer des armes de la Grande Planète, c’est tout, dit Salaman en haussant les épaules. Thu-kimnibol est obligé de toutes les garder.

— Il n’y en aura pas pour nous ? Pas une seule ?

— Il dit qu’il n’osera pas nous les confier, lança Salaman avec mépris. Par tous les dieux, j’aurais pu le tuer sur place ! Il veut s’adjuger toute la gloire du massacre des ennemis et de la victoire tout en nous envoyant sans armes au-devant des hjjk !

— Père, dit doucement Biterulve, les armes lui appartiennent Si c’est nous qui les avions découvertes, aurions-nous proposé de les partager avec lui ?

— Évidemment ! Nous ne sommes pas des animaux !

Biterulve garda le silence. Mais le roi comprit en voyant l’expression de ses yeux que son fils était sceptique. Et Salaman doutait fort de la sincérité de ses propres paroles.

Le père et le fils se regardèrent fixement pendant un long moment.

Puis Salaman se radoucit et il passa le bras autour des frêles épaules de Biterulve.

— Peu importe, dit-il. Il peut garder ses armes. Nous nous débrouillerons bien sans elles. Mais écoute-moi bien, mon garçon. Je jure devant tous les dieux que ce sera l’armée de Yissou et non celle de Dawinno qui pénétrera la première dans le Nid, dussé-je perdre tout ce que j’ai. Et je tuerai la Reine de mes propres mains, avant que Thu-kimnibol ait eu le temps de poser les yeux sur elle !

Et je ferai en sorte de régler mes comptes avec mon cousin Thu-kimnibol quand la guerre sera finie, ajouta silencieusement le roi. Mais, pour l’instant, nous sommes alliés et amis.

C’était encore au tour de Husathirn Mueri d’occuper le trône de justice dans la Basilique. Thu-kimnibol ayant de nouveau quitté la cité, il siégeait en alternance avec Puit Kjai. Les litiges à arbitrer étaient heureusement peu nombreux dans la cité quasi déserte où ne restaient plus que les très jeunes et les très vieux.

Mais il prenait obligeamment place sous la grande coupole, prêt à rendre la justice à qui le demanderait. Pendant ces longues heures d’oisiveté, son esprit vagabondait vers le nord où, au même moment, se déroulait une guerre ignoble. Que se passait-il là-bas ? Les hjjk avaient-ils submergé les troupes de Thu-kimnibol ? Husathirn Mueri se représentait la scène avec un certain plaisir : des hordes d’insectes hurlant et claquant du bec dévalaient les collines avec l’impétuosité d’un torrent, se précipitaient sur les envahisseurs et les taillaient en pièces. Thu-kimnibol, incapable de contenir leurs vagues d’assaut, mourait, transpercé par leurs lances, comme son père avant lui…

— Votre Grâce ?

Chevkija Aim était entré pendant que Husathirn Mueri s’abandonnait à sa rêverie délectable. Le capitaine de la garde avait choisi ce jour-là un casque composé de plaques de fer noires et surmonté de deux imposantes griffes dorées.

— Y a-t-il des requérants ? demanda Husathirn Mueri.

— Pas encore, Votre Grâce. Mais j’ai des nouvelles. La vieille Boldirinthe a dû s’aliter et on murmure qu’elle ne se relèvera pas. Le chef est allé la voir. Votre sœur Catiriil est également chez la femme-offrande. C’est elle qui m’a demandé de venir vous avertir.

— Dois-je y aller aussi ? Oui, je suppose qu’il le faudrait. Mais pas avant d’avoir terminé mes heures de présence à la Basilique. Qu’il y ait ou non des plaideurs, ma place est ici. Pauvre vieille Boldirinthe, ajouta Husathirn Mueri avec un sourire. Mais, en vérité, son heure aurait dû sonner depuis longtemps. Qu’en pensez-vous, Chevkija Aim ? Croyez-vous que dix hommes robustes suffiront pour la soulever de son lit de mort ? Ou en faudra-t-il quinze ?

Mais cela ne sembla pas amuser le capitaine de la garde.

— Boldirinthe est la femme-offrande du peuple Koshmar, Votre Grâce. C’est une haute fonction et Boldirinthe était une femme pleine de bonté. Si on me le demande, je suis disposé à la porter moi-même.

Husathirn Mueri détourna la tête.

— Saviez-vous que ma mère, Torlyri, était la femme-offrande avant Boldirinthe ? C’était il y a bien longtemps, quand nous étions encore à Vengiboneeza. Je me demande qui va remplacer Boldirinthe. Y aura-t-il seulement une nouvelle femme-offrande ? Quelqu’un connaît-il encore les rites et les talismans ?

— Nous vivons à une époque étrange.

— Très étrange.

Les deux hommes se turent.

— Comme la cité est calme, reprit Husathirn Mueri. J’ai un peu l’impression qu’à part vous et moi, tout le monde est parti se battre.

— Le devoir nous commandait de rester, Votre Grâce, dit Chevkija Aim avec tact. Même en période de guerre, la justice doit être exercée et la cité doit être gardée.

— Vous savez que je désapprouve cette guerre, Chevkija Aim.

— Dans ce cas, il est heureux que votre devoir vous ait empêché de partir. Vous ne vous seriez pas bien battu, avec un tel état d’esprit.

— Et vous, seriez-vous parti, si vous en aviez eu la possibilité ?

— Comme Votre Grâce le sait, je fréquente maintenant les chapelles. Je partage votre haine de la guerre. Je n’attends plus que la venue de la paix de la Reine pour faire régner l’amour dans notre monde troublé.

— Vraiment ? dit Husathirn Mueri en écarquillant les yeux. Mais, oui, c’est vrai, j’avais oublié. Vous suivez les préceptes de Kundalimon, vous aussi. Comme tous ceux qui sont restés, je suppose. Et c’est très bien ainsi. Comment tout cela se terminera-t-il, à votre avis ?

— Dans la paix de la Reine, Votre Grâce. Dans l’amour universel de la Reine.

— Je le souhaite de tout cœur.

Suis-je sincère ? se demanda Husathirn Mueri. Sa soumission au nouveau culte, s’il s’agissait bien d’une soumission, le plongeait encore dans des abîmes de perplexité. Il se rendait régulièrement à la chapelle, il psalmodiait machinalement en répétant les paroles de Tikharein Tourb et de Chhia Kreun, et il avait l’impression d’éprouver un sentiment voisin de l’exaltation religieuse. C’était une expérience totalement nouvelle pour lui, mais il n’avait jamais été certain de sa propre sincérité. C’était l’une des bizarreries de l’époque de s’agenouiller pour chanter les louanges de la Reine des Reines et de prier les hjjk monstrueux de délivrer le monde de ses tourments.

Il se tourna vers l’entrée de la Basilique, comme s’il espérait voir apparaître une petite troupe de marchands en colère, brandissant des documents officiels et s’invectivant à qui mieux mieux. Mais la Basilique était plongée dans le silence.

— Une cité vide, dit-il, autant pour lui-même que pour le capitaine de la garde. Les jeunes sont partis. Les vieux sont restés pour mourir. Taniane erre dans les rues comme une ombre. Le Praesidium ne se réunit plus jamais. Hresh a disparu, nul ne sait où. Sans doute cherche-t-il la solution de quelque mystère dans les marais. À moins qu’il ne se soit envolé jusqu’au Nid avec l’aide de sa pierre magique pour aller faire un brin de causette avec la Reine. Oui, cela lui ressemblerait bien. Dans la Maison du Savoir, il ne reste plus qu’une seule jeune femme et Nialli Apuilana elle-même est partie à la guerre.

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