La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Nouveau printemps #2
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06701-0
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
Il aurait aussi bien pu s’adresser à des statues de pierre. Appuyés sur leur lance, ils le regardaient, immobiles, impénétrables. Seul le frémissement des segments annelés de leurs tubes respiratoires orange au passage de l’air indiquait qu’ils étaient vivants.
Le xlendi émit un petit hennissement. L’animal avait reçu ses ordres et il était impatient de partir.
— Vous ne comprenez donc pas ? dit Hresh aux hjjk. Je ne veux pas partir.
Silence.
— Je vous demande asile.
Toujours le silence, glacial, impénétrable.
— Au nom de la Reine, je vous implore de…
Enfin une réaction. Les deux hjjk les plus proches de lui se redressèrent de toute leur taille et un éclair qui pouvait être de colère passa dans les mille facettes de leurs yeux démesurés. Ils levèrent leur lance et la placèrent horizontalement, comme s’ils voulaient repousser Hresh.
— La Reine désire que vous poursuiviez votre pèlerinage, lui dit une voix dans le langage silencieux de l’esprit. Au nom de la Reine, partez. Partez.
Il comprit que la décision était sans appel. Les hjjk fixaient sur lui un regard implacable et les lances en position horizontale formaient une barrière infranchissable qui l’excluait du Nid.
— Bon, dit-il tristement. Très bien.
Il grimpa dans la voiture et le xlendi partit aussitôt au petit galop dans la plaine grise au sol dénudé. Hresh n’en revenait pas : l’animal avait pris tout son temps pendant le trajet de Dawinno jusqu’au Nid. Il avait le sentiment que l’animal était guidé, et même propulsé, par quelque force provenant du Nid et dont il croyait connaître la nature. Il demeura assis, passivement, laissant la voiture avancer. Quand le xlendi s’arrêta pour se désaltérer et se nourrir, Hresh but un peu d’eau et mangea quelques bouchées de la viande séchée que les hjjk avaient laissée dans la voiture. Puis il attendit que le xlendi se décide à repartir. Et le voyage se poursuivit, jour après jour, long et paisible, un peu comme un sommeil sans rêves, d’abord à travers une contrée semée d’étranges collines pyramidales, couleur de sable, au sommet aplati, ensuite dans une région où l’érosion avait sculpté dans la roche cramoisie des arcades et des colonnades fantastiques, et enfin à travers des plaines couvertes de touffes de carex, où poussaient quelques arbustes rabougris et où paissaient des troupeaux d’animaux à la robe rayée de bandes sombres que Hresh ne connaissait pas et qui ne levaient même pas la tête au passage de la voiture.
Jusqu’à ce qu’un jour, à midi, tandis qu’il traversait une dépression qui était peut-être le lit d’un lac, mais qui, en cette saison, n’était plus qu’une vaste étendue de boue séchée et craquelée, couverte d’une fine poussière, il aperçoive devant lui une silhouette chevauchant un vermilion, un membre du Peuple, une vision insolite au milieu de ces terres inconnues. Le xlendi s’arrêta et attendit que le gigantesque animal rouge à la démarche pesante arrive à sa hauteur. Du haut de sa monture, l’homme poussa une exclamation étouffée.
— Par tous les dieux ! Est-il possible que ce soit vous, seigneur ? Ou suis-je en train de rêver ? Oui, ce doit être un rêve !
Hresh lui sourit et il essaya de parler. Il n’avait pas articulé le moindre mot depuis si longtemps qu’il ne put émettre que des sons rauques et grinçants.
— Je crois vous connaître, parvint-il à dire d’une voix étranglée.
Le cavalier bondit de son vermilion et courut vers lui. Il passa la tête par la portière et regarda Hresh au fond des yeux en secouant la tête d’un air incrédule.
— Je suis Plor Killivash, seigneur. De la Maison du Savoir ! Vous ne me reconnaissez pas ? J’étais l’un de vos assistants ! Souvenez-vous ! Plor Killivash !
— Alors, nous sommes à Dawinno ?
— À Dawinno ? Non, seigneur ! Nous sommes au cœur du territoire hjjk. Je suis venu avec l’armée, l’armée de votre frère Thu-kimnibol ! Nous nous battons depuis plusieurs semaines. Nous avons combattu à Vengiboneeza, puis autour de deux Nids secondaires… Mais comment êtes-vous arrivé jusqu’ici, seigneur ? poursuivit Plor Killivash en ouvrant des yeux de plus en plus grands. Vous n’avez pas pu venir tout seul ! Et que faites-vous ici ? Vous savez que vous ne devriez pas être sur le front. Vous m’entendez, seigneur ? Tout va bien, seigneur ? Seigneur ?
Thu-kimnibol était dans sa tente. L’armée bivouaquait en bordure de la vaste plaine qu’il avait baptisée la Prairie de Minbain. Il avait donné un nom à toutes les particularités du relief de ce pays inconnu : les Monts Harruel, le lac Taniane, le fleuve Torlyri, la vallée de Boldirinthe, le col de Koshmar. On lui avait rapporté que Salaman baptisait à sa manière les mêmes lieux à mesure qu’il les découvrait, mais Thu-kimnibol n’en avait cure. Pour lui, les hautes montagnes aux cimes déchiquetées qu’ils avaient franchies trois semaines auparavant étaient les montagnes de son père, et le plateau paisible et riant où il se trouvait était la plaine de sa mère. Salaman pouvait bien les appeler comme il voulait.
— Cela recommence, dit-il à Nialli Apuilana. Je sens que le roi approche. Il marche à la tête de ses troupes et il vient dans cette direction.
— Oui, moi aussi. Quelque chose de violent et de menaçant, en tout cas.
— C’est Salaman. Il n’y a aucun doute.
Elle posa la main sur son bras musculeux, à l’endroit où, quelques jours plus tôt, la lance d’un hjjk avait entaillé la chair.
— Tu parles de Salaman comme si c’était lui l’ennemi et non les hjjk. Aurais-tu peur de lui, mon amour ?
— Peur de Salaman ? dit Thu-kimnibol en riant. Il ne m’arrive pas souvent de me demander si je crains quelqu’un, mais il faudrait être vraiment stupide pour ne pas avoir peur de Salaman. Il est devenu une sorte de monstre, Nialli. Je t’ai dit un jour que je le croyais fou, mais je pense qu’il est maintenant au-delà de la folie.
— Un monstre, répéta Nialli Apuilana. Mais, à la guerre, tous ceux qui combattent doivent être des monstres, n’est-ce pas ?
— Pas comme lui. Je l’ai bien observé la dernière fois que nos deux armées ont été réunies. Il se battait comme s’il voulait non seulement tuer tous les hjjk qu’il voyait, mais encore les faire rôtir et les manger. Il avait des flammes dans les yeux. Quand j’étais petit, j’ai vu mon père combattre. C’était un homme torturé, en proie à de grands accès de violence, mais même dans ses pires moments, il semblait calme et doux quand je le compare au Salaman que j’ai vu ce jour-là.
L’organe sensoriel de Thu-kimnibol frémit.
— Je viens encore de le sentir. De plus en plus près. Après tout, il est peut-être préférable que nos deux armées opèrent leur jonction. Je n’avais jamais envisagé que nous progresserions séparément en plein territoire hjjk.
— Veux-tu du vin ? demanda Nialli Apuilana.
— Oui. Oui, c’est une bonne idée.
Le soir tombait. Les émanations étaient maintenant si fortes que Salaman et ses troupes arriveraient selon toute vraisemblance le lendemain midi. Les retrouvailles des deux armées, après plusieurs semaines de séparation, ne seraient certainement pas exemptes de nervosité. Les dieux seuls savaient ce que le roi était devenu. Toute cette campagne semblait n’avoir été pour lui qu’un long voyage dans la folie.
Thu-kimnibol pensait que les ennuis avaient commencé au moment où ils préparaient l’attaque contre Vengiboneeza. Son refus de prêter à Salaman des armes de la Grande Planète avait mis le feu aux poudres. Depuis ce jour, il y avait du froid entre eux. Ils se conformaient tous deux à la fiction qui faisait de Salaman le commandant en chef et de Thu-kimnibol le général d’armée, mais la cordialité et une véritable coopération leur faisaient défaut lorsqu’il s’agissait de passer aux opérations militaires proprement dites.