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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Les conditions de leur progression devenaient effroyables. Il n’y avait plus de route, plus de piste ; le seul moyen de se frayer un chemin dans la forêt de palmiers-scies était de les brûler à coups de lanceurs d’énergie, mais chaque décharge utilisée dans cette forêt était perdue pour les combats contre les forces de Dantirya Sambail.

Septach Melayn se dit qu’ils finiraient par être contraints d’avancer à pied, en se préparant à des embuscades et à des combats au corps à corps avec les hommes du Procurateur. L’ennemi devait bien connaître le pays maintenant, contrairement à eux qui le découvraient. L’avantage était assurément dans l’autre camp.

Mais il garda ses appréhensions pour lui. « C’est l’endroit idéal pour établir le camp de Dantirya Sambail, se contenta-t-il de dire. Un endroit qui lui ressemble : tout ici est aussi opiniâtre, ignoble et dangereux que lui. »

11

Dans la cité de Stoien, il restait encore au moins une heure avant l’aube. Prestimion avait à peine fermé l’œil de la nuit. Debout devant la grande fenêtre voûtée de sa chambre, au dernier étage du Pavillon de Cristal, il gardait les yeux fixés sur l’orient, comme s’il avait pu, par la seule force de son regard, hâter le lever du soleil.

C’est là-bas, à l’est, dissimulé à sa vue par l’obscurité qui enveloppait comme un linceul la côte occidentale d’Alhanroel, que se jouait l’avenir de Majipoor. Que s’écrivait l’histoire du règne du Coronal lord Prestimion. Toute la période qui porterait son nom pour la postérité serait déterminée par l’issue des événements des prochaines semaines. Et il était là, à Stoien, à des milliers de kilomètres du lieu de l’action, passif, permettant à d’autres d’agir en son nom. Réduit à un rôle marginal dans la réalisation de son propre destin. Comment avait-il pu permettre cela ?

Il y avait d’un côté Dantirya Sambail, tapi comme une araignée venimeuse au centre de la toile qu’il s’était tissée dans la jungle impitoyable de la péninsule de Stoienzar, se préparant à lancer l’offensive de subversion et déstabilisation qu’il préparait depuis son évasion des tunnels de Sangamor. De l’autre Septach Melayn, Gialaurys et Navigorn qui se frayaient un chemin vers lui à la tête d’une armée, tandis qu’une autre traversait d’ouest en est la péninsule pour établir la jonction avec la première – une seconde armée à la tête de laquelle aurait dû être le Coronal ou, à défaut, Akbalik ou Abrigant, mais qui avait été placée sous le commandement d’un capitaine des forces pontificales dont Prestimion ne parvenait jamais à retrouver le nom.

Un Prestimion exaspéré d’être coincé à Stoien, de ne pas pouvoir se rapprocher – avec sa mère – de la zone des périls. Abrigant était à Muldemar où il exerçait les responsabilités qui lui étaient échues quand son frère aîné avait ceint la couronne du Coronal. Quant à Akbalik, sur qui Prestimion avait commencé à s’appuyer au point d’envisager de faire de lui son successeur, il devait se trouver en ce moment au cœur du continent, en route vers le Château, épuisé, malade, peut-être menacé de mort par sa blessure reçue dans la jungle.

Prestimion avait feint d’avoir besoin d’Akbalik pour escorter Varaile jusqu’au Château où elle attendrait la naissance de son enfant comme Akbalik avait essayé de faire croire à Prestimion que sa blessure n’était pas aussi grave qu’elle pouvait le paraître. Ni l’un ni l’autre ne s’était laissé abuser. Quantité de capitaines auraient pu accompagner Varaile jusqu’au Mont. La raison pour laquelle Akbalik voyageait avec elle au lieu de jouer un rôle clé dans l’assaut contre le camp de Dantirya Sambail était que le venin du crabe des marais s’insinuait un peu plus chaque jour dans son corps et que les seuls médecins capables de le sauver se trouvaient à l’autre bout du continent. Si Akbalik meurt…

Prestimion chassa cette pensée avec irritation. Il avait assez de problèmes sur les bras pour ne pas se préoccuper d’événements contingents. D’autres amis très chers risquaient leur vie en ce moment alors que lui était cloîtré dans cette chambre, frustré de devoir rester derrière les lignes où sa personne sacrée serait à l’abri des dangers. Et Dantirya Sambail, sentant que le moment de vérité était proche, s’apprêtait probablement à surgir de sa cachette avec une furie diabolique.

Mais, par-dessus tout, il y avait l’épidémie de folie qui continuait implacablement de se propager, ce dérèglement pernicieux qui menaçait de mettre en péril la santé mentale de toute la population et dont Prestimion, aussi irréprochables qu’aient été ses mobiles, portait seul la responsabilité. Quel monde avait-il créé, ce jour de funeste mémoire à Thegomar Edge, pour le fils que Varaile allait bientôt mettre au monde ? Que serait l’héritage du Coronal lord Prestimion à la planète sinon le souvenir d’une époque où régnait le plus affreux chaos ? Les pitoyables rodomontades du Procurateur de Ni-moya étaient dérisoires en comparaison. Il était facile d’imaginer la défaite prochaine de Dantirya Sambail pris en tenailles par les deux armées, mais la folie… la folie… Il était toujours désespérément en quête d’une solution.

On frappa à la porte de la chambre.

Prestimion s’écarta de la fenêtre. Qui pouvait bien le déranger à une heure si matinale ? Pour quelle autre raison que l’annonce d’une nouvelle catastrophe ?

— Oui ? Qu’est-ce que c’est ?

— Monseigneur, fit la voix de Nilgir Sumanand dans le couloir. Pardonnez-moi de vous déranger, mais le prince Dekkeret demande à vous voir et dit que cela ne peut attendre. Il affirme que c’est une affaire très urgente, poursuivit l’aide de camp d’un ton légèrement dubitatif.

— Non, non, pas prince Dekkeret ! fit une autre voix agacée. Dekkeret tout court !

Prestimion se rembrunit. Il avait les cheveux ébouriffés, les yeux rouges et le visage défait après sa nuit sans sommeil.

— Dites-lui d’attendre un moment, voulez-vous, pendant que je me rafraîchis.

— Je peux lui faire savoir, si tel est votre désir, qu’il serait préférable qu’il revienne dans le courant de la matinée.

Dans le couloir, Dekkeret semblait expliquer quelque chose à Nilgir Sumanand d’une voix basse et sur un ton d’insistance. Prestimion se força à contenir son agacement. S’il n’intervenait pas, cela pourrait durer toute la matinée. Il traversa la pièce à grands pas, ouvrit la porte. Nilgir Sumanand, le visage ensommeillé, battit des paupières en signe d’excuse. Derrière lui Dekkeret se dressait comme un mur.

— Vous voyez, monseigneur, fit Nilgir Sumanand, il m’a tiré du lit et a demandé avec insistance…

— Je comprends, coupa Prestimion. Ce n’est pas un problème. Vous pouvez vous retirer, Nilgir Sumanand.

Prestimion fit signe à Dekkeret de le suivre dans la chambre.

— Sachez, monseigneur que je regrette profondément de vous déranger à une heure indue, commença Dekkeret. Mais, compte tenu de la gravité de la situation et de l’importance de ce que j’ai à annoncer, j’ai estimé qu’il était préférable de ne pas attendre…

— Très bien, Dekkeret, venez-en au fait. Si j’entends encore un mot d’excuse, j’explose ! Dites-moi simplement ce dont il s’agit.

— Quelqu’un du camp du Procurateur est arrivé cette nuit. Je pense que vous serez très intéressé de voir ce qu’il a apporté. Vraiment très intéressé, monseigneur !

— Croyez-vous ? fit Prestimion d’un ton funèbre.

Il regrettait déjà de s’être laissé déranger de la sorte. À l’évidence, Dantirya Sambail avait envoyé un message. Un ultimatum, peut-être. En tout état de cause, Dekkeret aurait pu attendre un peu plus longtemps.

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