Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
— Monseigneur ? fit le jeune Barjazid. Vous ne vous sentez pas bien ?
— Un peu fatigué, c’est tout.
Rassemblant toutes ses forces, il parvint à chasser le sommeil qui le gagnait. Il était très habile de la part de ce garçon d’avoir remarqué au beau milieu de son récit que les forces lui manquaient.
— Quel âge avez-vous, jeune homme ? demanda-t-il en se versant de l’eau.
— Seize ans le mois prochain, monseigneur.
— Seize ans. Intéressant… Vous disiez donc que Dantirya Sambail veut devenir le maître du monde.
— Quand nous avons entendu cela, j’ai dit à mon père : « Il n’y a pas d’avenir pour nous ici. Nous allons au-devant des ennuis. » Et puis je lui ai dit : « Nous ne devons pas jouer un rôle dans cette rébellion. Le Coronal va écraser Dantirya Sambail et nous subirons le même sort. » Mais mon père est rempli de colère et d’amertume. Il n’est pas foncièrement méchant, mais c’est un homme en colère ; son âme déborde de haine. Je n’en connais pas la raison, monseigneur. Quand j’ai suggéré de quitter le campement de Dantirya Sambail, il m’a frappé.
— Frappé ?
Prestimion vit une étincelle de fureur passer dans les yeux du jeune Barjazid.
— Oui, monseigneur. Il m’a envoyé un coup de pied comme à un animal qui lui aurait mordillé la jambe. Il m’a traité d’imbécile, d’enfant ; il m’a dit que j’étais incapable de voir où se trouvait notre intérêt ; il m’a dit… peu importe ce qu’il a dit, monseigneur. Ce n’était pas joli, joli. Ce soir-là, je me suis enfui du campement et enfoncé dans la jungle.
Il lança un coup d’œil à Dekkeret ; Prestimion surprit dans son regard la même lueur de vénération.
— J’avais entendu dire, monseigneur, que le prince Dekkeret était à Stoien. J’ai décidé d’aller le trouver et de me mettre à son service.
— À son service, fit Prestimion, pas au mien. Comme cela doit être flatteur, Dekkeret… Prince Dekkeret, devrais-je dire, puisqu’il semble que tout le monde vous prend pour un prince. J’imagine qu’il me faudra vous conférer ce titre dès notre retour au Château.
Une expression de surprise se peignit sur le visage habituellement impassible de Dekkeret.
— Monseigneur, je n’ai jamais aspiré à…
— Non. Non. Pardonnez ce sarcasme, Dekkeret.
Je dois vraiment être très fatigué, songea Prestimion, Pour faire des remarques de ce genre.
— Poursuivez votre récit, reprit-il se tournant vers Dinitak Barjazid. Vous vous êtes donc enfoncé dans la jungle…
— Oui, monseigneur. Ce n’est pas un lieu des plus agréables. Mais je faisais ce que j’avais à faire… Dois-je lui montrer maintenant, prince Dekkeret ?
— Allez-y.
Le garçon se pencha pour ramasser le sac de toile qu’il avait posé à ses pieds. Il en sortit un objet circulaire composé de tiges et de fils de différents métaux délicatement entrelacés, or, argent, cuivre, un ou deux autres peut-être. Une rangée de pierres précieuses et de cristaux, saphirs, serpentines, émeraudes et, semblait-il, hématites, étaient incrustés sur la surface intérieure de l’armature d’ivoire. Son aspect rappelait celui de la couronne royale ou de quelque instrument talismanique de magie, comme la rohilla, mais en beaucoup plus grand. Mais Prestimion vit qu’il s’agissait en réalité d’une sorte de casque.
— Ceci, annonça fièrement le garçon en présentant l’objet à Prestimion, est un des trois modèles en service de la machine à rêves. Je l’ai dérobé dans la tente de mon père et l’ai transporté jusqu’ici. Je suis disposé à vous montrer comment il fonctionne, pour l’utiliser contre les rebelles.
Ces mots prononcés d’une voix calme frappèrent Prestimion comme une décharge électrique.
— Puis-je voir ? demanda-t-il quand il eut repris ses esprits.
— Naturellement, monseigneur.
Dinitak Barjazid posa le casque dans les mains de Prestimion. C’était un objet magnifique, luisant, aux lignes élégantes, pas beaucoup plus lourd qu’une plume, qui donnait l’impression de vibrer du pouvoir qu’il renfermait.
Prestimion se souvint qu’il avait déjà vu quelque chose de semblable. Pendant la guerre civile, dans le campement qu’ils avaient établi dans les plaines de Maraitis, à l’ouest du Jhelum, à la veille d’une grande bataille, il était entré dans la tente du Vroon Thalnap Zelifor et l’avait vu travailler sur un objet d’un aspect très voisin. Le Vroon avait expliqué que son appareil lui permettrait, lorsqu’il serait au point, d’amplifier les ondes cérébrales des sujets, de lire leurs pensées les plus intimes et de les remplacer par ses propres pensées. Il avait donc perfectionné son appareil qui était tombé entre les mains de Venghenar Barjazid et maintenant…
Prestimion leva brusquement les mains pour approcher l’appareil de sa tête.
— Non, monseigneur ! s’écria le jeune Barjazid.
— Non ? Pourquoi donc ?
— Il faut d’abord vous entraîner… La puissance de ce que vous avez dans les mains est effrayante. Vous vous feriez du mal, monseigneur, en le portant à votre tête.
— Soit.
Prestimion tendit l’appareil à Dinitak Barjazid comme s’il était sur le point d’exploser.
Se pouvait-il vraiment que ce jeune homme lui eût apporté la seule arme avec laquelle il pouvait espérer mater la rébellion ?
— Quelle est votre opinion ? fit-il en se tournant vers Dekkeret. Faut-il faire confiance à ce jeune homme ? Ou est-ce une nouvelle ruse de Dantirya Sambail ?
— Faites-lui confiance, monseigneur, répondit Dekkeret. Faites-lui confiance, je vous en conjure !
12
Les voyageurs partis de Stoien pour retourner au Mont du Château commencèrent le long trajet en suivant la côte jusqu’à Treymone, d’où il était possible de remonter la Trey en bateau sur tout son cours navigable. Il était ensuite nécessaire de bifurquer vers le nord pour éviter le désert aride qui s’étendait autour de Velalisier, l’ancienne capitale en ruine des Métamorphes. L’itinéraire traversait ensuite la large vallée fertile du Iyann jusqu’au confluent dit des « Trois Rivières », où le fleuve commençait sa remontée solitaire vers le nord. Les voyageurs s’engageaient ensuite dans la riche plaine connue sous le nom de Val de Gloyne jusqu’à la métropole commerciale de Sisivondal, d’où partait la grande route traversant en ligne droite le cœur du continent pour rejoindre les contreforts du Mont.
Prestimion avait fourni à Varaile et à Akbalik un flotteur d’une grande capacité et d’un grand confort pour le voyage de retour vers la capitale. Des équipes de Skandars infatigables guidaient les gros véhicules rapides flottant juste au-dessus du revêtement de la route. Une escorte armée composée de Skandars occupait une demi-douzaine de flotteurs blindés de transport de troupes.
Trois des véhicules précédaient le leur, trois autres le suivaient, pour parer à toute éventualité. Pas un être sain d’esprit n’eût osé lever la main sur l’épouse du Coronal, mais la santé mentale devenait une denrée rare dans ces contrées et Prestimion n’avait voulu courir aucun risque. Dans chaque agglomération où ils faisaient halte pour s’approvisionner, Varaile voyait des visages déformés au regard égaré l’observer du bord de la route et elle entendait les plaintes rauques des déments. Les Skandars, par bonheur, maintenaient tout le monde à distance respectable.
Ils avaient dépassé Gloyn et traversaient une succession de villes dont les noms ne disaient rien à personne : Drone, Hunzimar, Gannamunda. Varaile avait jusqu’à présent trouvé faciles les conditions du voyage. Elle s’attendait à beaucoup plus d’inconfort, chaque jour qui passait la rapprochant du moment où elle mettrait au monde le petit prince Taradath. À part le poids de son corps, la grosseur de son ventre qui continuait de s’arrondir et quelques lourdeurs dans les jambes, la grossesse ne nuisait en rien à son bien-être. Varaile n’avait jamais beaucoup pensé à la maternité – elle n’avait même jamais eu d’amant, avant que Prestimion surgisse dans sa vie comme un tourbillon et l’entraîne avec lui –, mais elle était jeune, grande et forte, et elle savait qu’elle supporterait sans dommage l’épreuve de l’accouchement.