Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
Un gémissement lui échappa, impossible à masquer cette fois. Ses yeux roulèrent frénétiquement dans leurs orbites et la sueur sembla jaillir de chacun de ses pores, couvrant son visage d’une couche de vernis luisant. Il essaya de se lever, retomba pesamment sur le coussin de son siège, le corps agité de frissons convulsifs.
— Akbalik !… Akbalik !
— Madame…, murmura-t-il.
Mais il semblait en plein délire.
— Ma jambe… Je ne sais pas… Elle… elle…
Varaile saisit un pichet d’eau, en versa dans un verre qu’elle glissa de force entre les lèvres d’Akbalik. Il but, en demanda un autre d’un mouvement de tête à peine perceptible. Puis il ferma les yeux. Pendant un moment, Varaile crut qu’il était mort ; mais non, il respirait encore. Il est très malade, se dit-elle. Très malade. Elle humecta un linge, tamponna son front brûlant.
Puis elle gagna la cabine, tapa sur l’encadrement de la porte pour attirer l’attention du conducteur. C’était un Skandar à la fourrure rousse, du nom de Varthan Gutarz, qui portait autour des biceps gonflés de trois de ses quatre bras des amulettes de quelque culte Skandar ; penché sur le tableau de contrôle du flotteur, il leva vivement la tête.
— Madame ?
— Dans combien de temps arriverons-nous à Sisivondal ?
— Six heures, à peu près, madame, répondit le Skandar après avoir jeté un coup d’œil à ses instruments.
— Débrouillez-vous pour y être dans quatre heures. En arrivant, prenez tout de suite la direction du plus grand hôpital de la cité. Le prince Akbalik est gravement malade.
Les faubourgs de Sisivondal semblaient s’étirer sur des centaines de kilomètres. La plaine centrale sèche n’en finissait pas, pratiquement sans arbres ; le vide était rompu de loin en loin par de petits groupes de cabanes au toit en fer-blanc, puis il reprenait ; un autre groupe de cabanes devenait visible, puis le vide, le vide, quelques entrepôts épars, des ateliers de réparation. Les faubourgs formèrent petit à petit des banlieues, puis une ville, une cité de grande taille.
Et d’une grande laideur. Varaile n’avait pas vu beaucoup d’endroits laids au cours de ses récents voyages par le monde, mais Sisivondal était un endroit morne, un grand centre commercial dépourvu de toute beauté. Plusieurs routes d’importance s’y rencontraient. Une grande partie des marchandises expédiées du port d’Alaisor vers le Mont du Château ou les villes du nord du continent passait par Sisivondal. Une cité austère et fonctionnelle où d’énormes entrepôts se succédaient sur des kilomètres, le long de larges boulevards nus. Même la végétation y était triste et fonctionnelle : des camagandas trapus aux palmes pourpres, capables de résister aux mois interminables de la saison sèche qui durait la majeure partie de l’année ; des lumma-lummas massifs qu’un observateur distrait pouvait facilement prendre pour de gros rochers gris ; des garavedas aux rosaces rudes et piquantes, à qui il fallait un siècle entier pour produire la haute hampe noire qui portait leurs fleurs.
Le boulevard qu’ils suivaient depuis les faubourgs semblait devoir les mener tout droit au centre de la ville. Varaile vit que tous ces boulevards, semblables aux rayons d’une grande roue, étaient reliés par des avenues circulaires dont le diamètre allait en diminuant à mesure qu’ils s’approchaient du centre. Là où devaient s’élever les bâtiments publics. Là où devait se trouver un grand hôpital.
Akbalik était mourant. Elle en avait maintenant la conviction.
Il ne reprenait connaissance que par intermittence et très peu de ce qu’il articulait était compréhensible. Dans un moment de lucidité, il avait ouvert les yeux et lui avait dit que le poison du crabe des marais avait dû finir par arriver jusqu’au cœur. Le reste du temps, elle ne comprenait rien à ses divagations : des récits incohérents de tournois et de duels, d’expéditions de chasse, de bagarres à coups de poing… des souvenirs d’enfance, peut-être. Elle surprenait parfois dans son délire le nom de Prestimion, celui de Septach Melayn et même celui de Korsibar. Étrange de l’entendre prononcer le nom de Korsibar ; mais elle se souvint que son père, dans les affres de la folie, avait fait de même.
L’hôpital, enfin. À son grand désarroi, Varaile découvrit que le médecin-chef était un Ghayrog. Il gardait une expression impénétrable et distante, et ne semblait pas le moins du monde impressionné de se trouver en présence de l’épouse du Coronal qui l’exhortait, toute affaire cessante, à s’occuper du neveu du prince Serithorn.
La langue fourchue reptilienne allait et venait avec une rapidité déconcertante. Les yeux reptiliens gris-vert n’exprimaient guère de compassion. La voix calme et mesurée aurait pu être celle d’une machine.
— Vous arrivez à un moment particulièrement difficile, madame. Les salles d’opération sont toutes occupées. Nous avons été submergés par toutes sortes de problèmes inhabituels qui…
— Je n’en doute pas, docteur, coupa Varaile. Mais avez-vous entendu parler du prince Serithorn de Sainivole ? Par le Divin, le nom de lord Prestimion vous dit-il quelque chose ? Cet homme est le neveu du prince Serithorn, un des membres du cercle des intimes du Coronal. Son état nécessite des soins immédiats.
— Le Messager des Mystères est parmi nous aujourd’hui, madame. Je vais lui demander d’intercéder pour cet homme auprès des dieux de la cité.
Et le Ghayrog fit un signe à une mystérieuse et sinistre silhouette dans le couloir, un homme portant un curieux masque de bois, celui d’un chien aux yeux jaunes et aux longues oreilles pointues.
Varaile sentit la fureur monter. Les dieux de la cité ? Par le Divin, de quoi parlait ce Ghayrog ?
— Vous voulez dire un mage ? Non, docteur, ce n’est pas d’un mage que nous avons besoin, mais de soins médicaux.
— Le Messager des Mystères…
— Apportera son message à quelqu’un d’autre… Vous allez vous occuper immédiatement du prince Akbalik, docteur, sinon, je le jure par tous les dieux auxquels vous croyez dans cette ville, je demanderai à lord Prestimion de fermer cet hôpital et de transférer tous les membres du personnel au fin fond de Suvrael. Suis-je assez claire ?
Elle claqua des doigts en direction d’un des Skandars de son escorte.
— Mikzin Hrosz, vous allez faire le tour de cet établissement, relever le nom de tous les médecins, de tous ceux qui y travaillent, jusqu’aux Lii qui nettoient les tables d’opération. Après quoi…
Le Ghayrog récalcitrant en avait assez entendu : il donnait déjà des ordres. Un brancard arriva sur lequel on étendit Akbalik ; de jeunes internes au visage grave, Ghayrogs et humains mêlés, s’agglutinèrent autour de lui. On emmena Akbalik, le Messager des Mystères marchant à côté du brancard comme s’il voulait tirer profit aussi bien des soins médicaux conventionnels que du culte mystérieux qui semblait avoir pris possession de la cité.
On conduisit Varaile dans une salle confortable ; elle n’attendit pas longtemps. Le médecin Ghayrog revint bientôt, la contenance aussi glaciale qu’avant. Mais, quand il parla, il y avait une douceur nouvelle dans sa voix.