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Histoire de la Russie et de son empire

Электронная книга - «Histoire de la Russie et de son empire». Краткое содержание книги:

Fruit de plus de dix ans de travail, ce maître-livre raconte la riche et grande histoire de la Russie, des origines à la fin de l’URSS, en passant par l’établissement d’une autocratie impérialiste assise sur la force de l’orthodoxie et d’un nationalisme conquérant. Un classique dont l’ampleur et l’intelligence se conjuguent avec un rare bonheur d’écriture, ici présenté dans une édition entièrement revue et augmentée d’une préface inédite de Marie-Pierre Rey.
Michel Heller (1922-1997), né en Biélorussie, a été arrêté, puis déporté durant six ans, avant d’émigrer en Pologne, puis en France, où il a notamment enseigné l’histoire et la littérature soviétiques à l’université Paris-IV-Sorbonne.
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Les historiens russes parlent de la « catastrophe de Smolensk ». Il est vrai que la défaite subie par Cheïne est écrasante. Mais les Polonais ne mettent pas à profit leur victoire, bien que Moscou, en pleine guerre à l’ouest, doive en plus faire face à une terrible incursion au sud : des détachements de Tatars de Crimée arrivent aux abords de la capitale. Ladislas IV est cependant le premier à proposer d’entamer des pourparlers de paix. Le rêve de la couronne suédoise, qui ne laissait pas Sigismond III en repos (on la déposa à côté de son cercueil), tourmente aussi son fils qui préfère Stockholm à Moscou. Le 16 novembre 1632, Gustave-Adolphe est tué à la bataille de Lützen. Son héritière, Christine, est âgée de six ans. Ladislas IV se persuade alors que son heure est venue. Il se refuse à prendre en compte le fait que ni ses sujets polono-lituaniens ni les Suédois ne veulent d’aventures au nord. La régularisation des relations avec Moscou est la condition permettant au roi de Pologne de mener à bien ses projets suédois.

En 1635, d’abord au Kremlin puis à Varsovie, la paix est définitivement conclue entre le tsarat de Moscou et la Rzeczpospolita. Elle est baptisée « paix de la Polianovka », parce que les négociateurs se sont rencontrés, en mars 1634, sur les bords de la rivière du même nom. Moscou accepte de rendre « pour toujours » ce que les Polonais avaient déjà obtenu par le traité de Déoulino : la terre de Tchernigov (avec les villes de Tchernigov et de Novgorod-Severski) revient directement à la Pologne, et celle de Smolensk (avec les villes de Smolensk, Iaroslavl, Troubtchevsk et d’autres) à la Lituanie. Les vainqueurs reçoivent vingt mille roubles de contributions de guerre (ils en demandaient cent mille). Ladislas IV renonce à ses prétentions au trône de Moscou. La demande polonaise d’autorisation de construire des églises catholiques en Moscovie, de laisser les mariages se conclure librement entre ressortissants des deux États et de permettre l’acquisition de votchinas dans l’un et l’autre pays, est rejetée. Les émissaires de Varsovie tentent d’obtenir que Michel ne se déclare plus « tsar de toute la Russie », mais « tsar de sa Russie », car une partie du pays se trouve sous contrôle polonais. Les diplomates moscovites refusent catégoriquement. Enfin, les Polonais émettent l’idée d’un serment visant à consolider la paix, et qui serait prêté par tous les « grades » de l’État russe. Ils obtiennent pour toute réponse : « Nous sommes les esclaves de notre souverain et dépendons de sa seule volonté. »

Au début de février 1635, les ambassadeurs de Pologne sont reçus au Palais à Facettes par le tsar, et lui baisent la main. La tradition moscovite veut que si le tsar tend sa main à baiser à des gens d’une autre confession, il la lave aussitôt dans une cuvette placée à côté de son trône. Cet usage choque parfois les étrangers.

Les conditions de la paix de la Polianovka, qui auraient pu être plus dures pour Moscou, montrent un trait essentiel de la diplomatie et de la politique étrangère moscovites. Les pertes territoriales sont lourdes, mais elles sont inévitables – conséquence d’une sévère défaite militaire – et elles restent malgré tout limitées : Ladislas IV n’exige quasiment rien, hormis ce que la Pologne détient déjà. Les ambassadeurs moscovites défendent avant tout ce qui est le plus important pour eux, pour le tsar et pour l’État : le caractère particulier du tsarat moscovite, son enfermement, sa fermeté à l’égard de toutes les tentatives de séduction étrangères, sur le plan tant de la vie quotidienne que de la religion.

Un exemple supplémentaire de l’attitude des Russes envers leur territoire, facteur important mais non exclusif de la puissance étatique, est le « siège d’Azov », la prise de la forteresse par les Cosaques et la réaction de Moscou à cette victoire. Depuis 1627, Moscou et Istanbul mènent des pourparlers secrets : en guerre contre la Pologne, la Turquie encourage Moscou qui se prépare alors à entrer en conflit avec Varsovie. Le Grec chypriote Cyrille, nommé patriarche de Constantinople en 1621, est un ennemi juré des « Latins », qu’il connaît bien pour avoir enseigné de longues années dans les écoles orthodoxes d’Ostrog et de Wilno. Lors de la signature de l’Union, il se trouvait à Brest-Litovsk, parmi les adversaires les plus actifs de la réunion des Églises. Cette attitude devait lui conférer une grande autorité parmi les Cosaques zaporogues.

Le patriarche pousse Moscou à rejoindre l’alliance des États protestants qui combattent les Habsbourg, et la Pologne qui leur est liée. Le premier allié des protestants est la France catholique, ennemie de l’Empire. Le gouvernement moscovite se refuse cependant à entrer dans la guerre de Trente Ans, n’y percevant aucun intérêt particulier et se montrant peu enclin à user dans cette aventure les dernières forces d’un pays ruiné. Il voit pourtant tout autrement la guerre menée contre la Pologne, pour des terres ayant « de tout temps » appartenu à la Russie.

En juin 1637, le tsar Michel reçoit un « présent » : les Cosaques prennent la ville d’Azov, sous domination turque. Le premier Faux-Dmitri avait été tué alors qu’il préparait une campagne contre Azov, située à l’embouchure du Don et empêchant l’accès des Russes à la mer Noire. Le tsar reproche aux Cosaques leur initiative personnelle, sans pourtant rendre la ville où il envoie des armes, des munitions et du blé. Quand la Turquie parvient à vaincre les Perses avec lesquels elle était en guerre, quand le sultan Ibrahim succède à Murat défunt, une gigantesque armée turque assiège Azov. Le Récit du siège d’Azov par les Cosaques du Don, description poétique des événements due à un contemporain, évoque les quatre-vingt-treize jours de siège, la proposition faite aux Cosaques de quitter la ville en emportant leur butin, et la résistance héroïque de sept mille cinq cent quatre-vingt dix Cosaques contre une armée de trois cent mille Turcs, Tatars de Crimée et mercenaires14. Le siège d’Azov s’achève en juin 1641, date à laquelle les Turcs repartent sans avoir pu prendre la ville. Mais le problème reste entier. Le sultan exige que le tsar lui rende la forteresse. Michel pose la question au Zemski sobor. La ville conquise par les Cosaques et les possibilités offertes à celui qui en est le maître valent-elles de se lancer dans une guerre contre la Turquie ? Le Sobor s’ouvre en janvier 1642. On demande aussitôt à l’assemblée s’il convient de combattre ou non les Turcs ? Et, si oui, où trouver les moyens de cette guerre qui sera sans doute longue ? Tous les membres du Sobor déclarent aussitôt s’en remettre à la volonté souveraine, ce qui ne les empêche pas de donner des avis différents. Les « hommes de service » se prononcent pour la guerre, considérant que la conservation d’Azov sert les intérêts de l’État. Les hommes de négoce et de taille soulignent la dureté de leur condition, leur incapacité à payer plus d’impôts.

Le tsar décide finalement de faire la paix avec les Turcs et de leur céder Azov. Le refus de soumettre à l’impôt le clergé et les monastères, comme le suggéraient les nobles de cour et les descendants des boïars des districts septentrionaux, joue manifestement un rôle, de même, sans doute, que la conscience d’un danger à augmenter la conscription. Mais avant tout, le tsar refuse de se lancer dans l’entreprise aventureuse où veulent le précipiter les « libres Cosaques », qui ne prennent guère en compte les intérêts de Moscou. Azov ne deviendra russe qu’en 1696, conquise par une armée ayant à sa tête le petit-fils de Michel : Pierre le Grand.

En avril 1642, un émissaire du sultan arrive à Moscou et le tsar adresse aux Cosaques du Don l’ordre de regagner leurs pénates. Une avancée dans les profondeurs du sud semble prématurée à l’État moscovite. En attendant, on mène – particulièrement activement dans les années 1635-1638 – des travaux de fortifications à la frontière méridionale, où les Tatars de Crimée ont coutume de faire des incursions, réduisant les populations en esclavage. Des villes sont bâties (ainsi Tambov, en 1635), des remparts de terre, des places-fortes.

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