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Электронная книга - «Les Essais - Livre II». Краткое содержание книги:

Les Essais - Livre II
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3. Au traité de Brétigny, Edouard III d'Angleterre ne voulut pas inclure la question du Duché de Bretagne612 dans le traité de paix générale qu'il conclut avec notre roi, afin d'avoir un pays où se débarrasser de ses hommes de guerre, et pour que cette foule d'Anglais dont il s'était servi pour ses entreprises de ce côté-ci ne retourne en Angleterre. Ce fut aussi l'une des raisons pour lesquelles notre roi Philippe consentit à envoyer son fils613 guerroyer outre-mer : il s'agissait d'emmener avec lui cette grande quantité de jeunes gens remuants qui constituaient ses troupes.

4. Il en est beaucoup à notre époque qui tiennent ce même discours, désireux de faire en sorte que cette ébullition qui se voit chez nous puisse être détournée sur quelque guerre voisine, de peur que les humeurs mauvaises qui en ce moment dominent notre corps, si on les fait s'épancher ailleurs, entretiennent constamment notre fièvre, et ne nous conduisent à la fin à notre ruine. Il est vrai qu'une guerre contre l'étranger est un mal bien plus doux qu'une guerre civile ; mais je ne crois pas que Dieu puisse favoriser une entreprise aussi injuste que celle qui consiste à offenser et quereller autrui pour notre commodité.

Ô Némésis, que rien ne vienne me tenter,

Au point de désirer le ravir à son maître !

[Catulle Épithalame de Thétis et de Pélée LXVIII, 77]

 

5. Et pourtant la faiblesse de notre nature humaine nous pousse souvent à cette nécessité d'utiliser de vils moyens pour une noble fin. Lycurgue, le plus vertueux et le plus parfait des législateurs qu'il y eut jamais, pour inciter son peuple à la tempérance, eut cette idée très injuste de faire enivrer de force les Ilotes, leurs esclaves, pour que, les voyant ainsi égarés et noyés dans le vin, les Spartiates prissent en horreur les débordements causés par ce vice.

6. Ils avaient bien plus tort encore, ceux qui permettaient autrefois aux médecins de disséquer vivants les criminels, à quelque sorte de mort qu'ils aient été condamnés, pour y examiner ainsi directement nos organes internes et améliorer leur technique ; car s'il faut, en effet, user de procédés condamnables, on est plus excusable de le faire pour la santé de l'âme que pour celle du corps. Les Romains, par exemple, enseignaient au peuple la vaillance, le mépris du danger et de la mort par de furieux combats de gladiateurs et d'escrimeurs qui se battaient jusqu'à la mort, se tailladaient et s'entretuaient devant eux :

De quelle autre utilité pourraient être ces jeux impies et insensés,

Ces massacres de jeunes gens, cette voluptueuse soif de sang614 ?

[Prudence Contre Symnaque II, 672]

 

Et cet usage se prolongea jusqu'au règne de l'empereur Théodose.

 

Saisissez, Prince, une gloire à votre règne destinée,

Ajoutez à votre glorieux héritage la louange qui vous attend :

Que nul à Rome jamais ne meure plus pour le plaisir du peuple,

Et qu'à l'arène infâme suffise maintenant le sang des fauves,

Que des jeux homicides ne souillent plus nos yeux.

[Prudence Contre Symnaque II, 643 sq]

 

7. C'était en vérité un exemple étonnant et très profitable pour le peuple, que d'avoir sous les yeux chaque jour cent, deux cents, voire mille couples d'hommes armés lancés les uns contre les autres, se tailler en pièces, avec un courage d'une fermeté si extrême qu'on ne les entendit jamais lâcher un mot trahissant la faiblesse ou suscitant la commisération, et qu'on ne les vit jamais tourner les talons, ni même faire le moindre mouvement apeuré pour esquiver le coup de leur adversaire : au contraire, offrant leur cou à son épée, ils s'y exposaient. Il est arrivé à nombre d'entre eux, blessés à mort par de multiples plaies, d'envoyer demander au peuple s'il était content de la façon dont ils avaient accompli leur devoir, avant de s'effondrer pour rendre l'esprit615. Car il ne leur fallait pas seulement combattre et mourir avec fermeté, mais qu'ils le fassent avec entrain : ils étaient conspués et maudits si on les voyait rechigner à recevoir la mort.

Et les filles elles-mêmes les excitaient :

La vierge à chaque coup se lève :

Quand le vainqueur passe sa lame dans la gorge

De l'adversaire, elle est ravie.

Et quand il tombe à terre,

Elle met le pouce en bas pour demander sa mise à mort.

[Prudence Contre Symnaque t. III, 617 sq]

 

8. Les premiers Romains employaient à ces combats « exemplaires » les criminels ; mais par la suite, on y employa des esclaves innocents, et même des hommes libres qui se vendaient pour cela, et jusqu'à des Sénateurs et des Chevaliers, et même des femmes :

Alors ils vendent leur tête et vont mourir dans l'arène,

Et chacun se fait un ennemi alors que c'est la paix.

Dans ces frémissements et ces jeux nouveaux

On voit même des femmes, sexe inhabile aux armes,

Se mêler furieusement à ces virils combats.

[Stace Sylves I, VI, 51]

Je trouverais cela très étrange, et même à peine croyable, si nous n'étions habitués à voir chaque jour, dans nos guerres, des millions d'hommes étrangers qui engagent leur vie et leur sang pour de l'argent dans des querelles où ils n'ont aucun intérêt616.

Chapitre 24

Sur la grandeur romaine

1. Je ne dirai qu'un mot sur ce vaste sujet, pour montrer la sottise de ceux qui mettent sur le même pied les médiocres grandeurs de notre temps. Au septième livre des lettres familières de Cicéron (et que les érudits leur ôtent ce surnom de « familières » s'ils le veulent, car en fait il n'est pas très justifié ; et ceux qui au lieu de « familières » ont préféré « à ses familiers » peuvent tirer quelque argument en leur faveur de ce que dit Suétone dans sa « Vie de César », qu'il y avait un volume de lettres de lui portant le titre « à ses familiers »), dans ces lettres, donc, il en est une qui s'adresse à César, alors en Gaule, et dans laquelle Cicéron reprend ces mots, qui figuraient à la fin d'une autre lettre que César lui avait envoyée : « Quand à Marcus Furius que tu m'as recommandé, je le ferai roi de Gaule ; et si tu veux que je distingue un autre de tes amis, envoie-le moi.» [Cicéron Oeuvres complètes de Cicéron, M. NISARD Correspond. livre VII, lettre 5]

2. Il n'était pas nouveau pour un simple citoyen romain comme César l'était alors, de distribuer des royaumes : en effet, il avait ôté le sien au roi Dejotarus pour le donner à un gentilhomme de la ville de Pergame nommé Mithridate. Et ceux qui ont écrit sa biographie ont fait état de plusieurs royaumes vendus par lui. Suétone dit même qu'il obtint du roi Ptolémée la somme de trois millions six cent mille écus, somme bien proche du montant de ce qu'aurait donné la vente de son propre royaume617.

À tant la Galatie, à tant le Pont, à tant la Lydie.

[Claudien Oeuvres : contre Eutrope I, 203]

 

3. Marc-Antoine disait que la grandeur du peuple romain ne se montrait pas tant par ce qu'il prenait que par ce qu'il donnait. Et pourtant, un siècle auparavant, ce peuple-là s'était emparé d'un royaume si puissant que, de toute son histoire, il n'est aucun signe que je connaisse qui ait porté plus haut sa réputation. Antiochus possédait toute l'Egypte ; il s'apprêtait à conquérir Chypre et d'autres restes de cet Empire. Pendant qu'il remportait des victoires, C. Popilius vint le trouver de la part du Sénat, et de prime abord, refusa de lui serrer la main, avant qu'il n'ait lu la lettre qu'il lui apportait. Après l'avoir lue, le roi dit qu'il allait y réfléchir. Popilius entoura avec une baguette l'endroit où se trouvait le prince, en lui disant : « Donne-moi une réponse que je puisse rapporter au Sénat avant que tu ne sortes de ce cercle. » Antiochus, choqué par la brutalité d'un ordre si pressant, répondit, après avoir un peu réfléchi : « Je ferai ce que le Sénat me commande. » Alors Popilius le salua comme un ami du peuple romain. Avoir renoncé à un si grand royaume, et à une prospérité si prometteuse, à cause de trois traits d'écriture ! Il eut bien raison, par la suite, d'envoyer ses ambassadeurs dire au Sénat qu'il avait reçu leurs ordres avec le même respect que s'ils étaient venus des dieux immortels.

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