Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Les Essais - Livre II». Краткое содержание книги:

Les Essais - Livre II
1 ... 115 116 117 118 119 120 121 122 123 ... 169
Перейти на страницу:

2. Les médecins disent que les pouces sont les maîtres-doigts de la main, et que leur étymologie latine vient de « pollere », que les Grecs appellent « ἀντίχειρ » c'est-à-dire « autre main622. » Et il semble bien que parfois les Latins prennent aussi ce mot au sens de « main entière ».

Ni l'excitation d'une voix enjôleuse, ni la caresse d'un pouce,

Ne parviennent à la faire se dresser623.

[Martial Épigrammes XII, 98, vv. 8-9]

 

C'était à Rome un signe de faveur, que de comprimer et abaisser les pouces,

 

Ceux qui admirent ton jeu applaudiront de leurs deux pouces.

[Horace Épîtres I, 18, v. 66]

et de défaveur que de les lever624 et les tourner vers l'extérieur :

Dès que le peuple a mis le pouce en haut,

On égorge n'importe qui, pour lui faire plaisir.

[Juvénal Satires III, 86]

 

3. Les Romains dispensaient de la guerre ceux qui étaient blessés au pouce, considérant qu'ils ne pouvaient plus tenir leurs armes assez fermement. Auguste confisqua les biens d'un chevalier romain qui avait, par ruse et pour frauder, coupé les pouces à deux de ses jeunes enfants, pour les dispenser d'être enrôlés dans l'armée. Avant lui, le Sénat, au temps de la guerre italique625, avait condamné Caius Vatienus à la prison perpétuelle et lui avait confisqué tous ses biens, pour s'être volontairement coupé le pouce de la main gauche pour se faire exempter de cette expédition.

4. Quelqu'un dont j'ai oublié le nom, ayant gagné une bataille navale, fit couper les pouces à ses ennemis vaincus pour leur enlever le moyen de combattre et de ramer. Les Athéniens les firent couper aux Eginètes pour leur ôter leur supériorité dans l'art de la navigation. À Lacédémone, le maître châtiait les enfants en leur mordant le pouce.

Chapitre 27

La lâcheté, mère de la cruauté

1. J'ai souvent entendu dire que la lâcheté est mère de la cruauté. Et j'ai constaté par expérience que cette aigreur, cette âpreté d'un cœur méchant et inhumain, s'accompagne généralement d'une mollesse toute féminine. J'en ai vu, des plus cruels, sujets à pleurer très facilement, et pour des raisons frivoles. Alexandre, tyran de Phères(626, ne pouvait supporter de voir jouer au théâtre des tragédies, de peur que ses concitoyens ne le vissent gémir sur les malheurs d'Hécube et d'Andromaque, lui qui, sans pitié, faisait cruellement tuer tant de gens tous les jours. Serait-ce la faiblesse de leur âme qui fait que ces gens-là se plient ainsi à tous les extrêmes ?

2. La vaillance (dont l'action consiste à s'exercer seulement contre qui vous résiste)

Et qui ne se plaît à immoler un taureau que s'il fait front

[Claudien Œuvres ad Hadrianum 30]

s'arrête quand elle voit l'ennemi à sa merci. Mais la pusillanimité, qui veut aussi faire partie de la fête, et qui n'a pu obtenir le premier rôle, prend sa part au second, celui du massacre et du sang. Les meurtres à la suite des victoires sont généralement imputables au peuple, et aux hommes chargés des bagages. Et ce pourquoi l'on voit tant de cruautés inouïes dans les guerres populaires, c'est que cette canaille de populace s'aguerrit et joue les braves à s'ensanglanter jusqu'aux coudes et à déchiqueter un corps à ses pieds, ne pouvant éprouver d'autre vaillance.

Le loup, les ours lâches et les animaux les plus vils

S'acharnent contre les mourants.

[Ovide Tristes III, 35]

 

3. C'est ce que font les chiens peureux qui déchirent tout dans la maison, et mordent les peaux des bêtes sauvages qu'ils n'ont osé attaquer aux champs. Qu'est-ce qui fait, par les temps qui courent, que nos querelles sont mortelles ? Et que là où nos pères observaient certains degrés dans la vengeance, nous commençons aujourd'hui par le dernier et qu'au premier abord on ne parle que de tuer ? Qu'est-ce donc, sinon la lâcheté ? Chacun sent bien qu'il y a plus de bravoure et de dédain à vaincre son ennemi qu'à l'achever, et à l'humilier qu'à le faire mourir. D'autant que l'appétit de vengeance s'en trouve mieux assouvi et satisfait, car la vengeance ne vise qu'à se faire sentir. Voilà pourquoi nous n'attaquons pas une bête ou une pierre quand elle nous blesse : c'est qu'elles sont incapables de ressentir notre vengeance. Et tuer un homme, c'est le mettre à l'abri de nos représailles.

4. Bias627 criait à un méchant homme : « Je sais que tôt ou tard tu en seras puni, mais je crains bien de ne pas le voir », et plaignait les Orchoméniens de ce que la vengeance tirée par Lyciscus de la trahison commise à leur égard venait au moment où il n'y avait plus personne de ceux qui avaient été concernés, et qui auraient pu tirer plaisir de cette punition. De même la vengeance est-elle incomplète quand celui à qui elle s'applique n'a plus le moyen d'en souffrir. Car, de même que le vengeur veut voir s'exercer sa vengeance pour en tirer du plaisir, de même faut-il que celui sur lequel elle s'exerce la voie aussi, pour en éprouver de la souffrance et du repentir.

5. « Il s'en repentira » disons-nous. Et pensons-nous qu'il puisse s'en repentir si nous lui avons tiré un coup de pistolet dans la tête ? Au contraire : si nous y prêtons attention, nous verrons qu'il nous fait la moue en tombant : il ne nous en veut même pas, il est bien loin de se repentir. Et nous lui offrons le meilleur service de toute la vie : celui de le faire mourir promptement et sans souffrir. Nous voilà obligés de nous terrer comme des lapins, de cavaler pour fuir les officiers de justice qui nous poursuivent, et lui est en repos. Tuer est bon pour éviter une offense à venir, non pour celle qui a déjà été faite. C'est un acte qui témoigne plus de crainte que de bravoure, de précaution que de courage, de défense que d'attaque. Il est clair que nous abandonnons par là le vrai but de la vengeance, et le souci de notre réputation. Nous craignons, si l'autre demeure en vie, qu'il ne nous fasse la même chose. Ce n'est pas contre lui, mais pour toi que tu t'en débarrasses.

6. Au royaume de Narsingue628, cet expédient demeurerait inutile : là, non seulement les gens de guerre, mais aussi les artisans, tranchent leurs querelles à coups d'épée. Le roi ne refuse pas le champ clos à qui veut se battre, et y assiste, quand ce sont des personnes de qualité, et récompense le vainqueur d'une chaîne d'or. Mais pour l'obtenir, le premier qui en a envie peut en venir aux armes avec celui qui la porte ; de sorte que, pour s'être sorti victorieux d'un combat, il en a maintenant plusieurs sur les bras.

7. Si nous pensions, de par notre courage, être toujours maîtres de l'ennemi et le dominer à notre guise, nous serions bien déçus qu'il nous échappât, comme c'est le cas s'il meurt. Nous voulons vaincre, mais plus sûrement qu'honorablement, et recherchons plus le succès que la gloire dans nos querelles. Asinius Pollion629commit la même erreur, et c'était pourtant un homme honorable : ayant écrit des « invectives » contre Plancus, il attendit la mort de ce dernier pour les publier. Autant faire des grimaces à un aveugle et injurier un sourd ! C'était aussi blesser un homme insensible plutôt que d'encourir son ressentiment. Aussi disait-on à son sujet que seuls les lutins pouvaient lutter avec les morts. Celui qui attend le trépas de l'auteur dont il veut combattre les écrits, de quoi fait-il preuve, sinon de sa faiblesse et de son esprit querelleur ?

1 ... 115 116 117 118 119 120 121 122 123 ... 169
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)