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Le Dico des dictionnaires

Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:

C’est en dirigeant un laboratoire du CNRS consacré aux mots et aux dictionnaires que Jean Pruvost a contracté une dicopathie incurable. Chaque foyer possède au moins un exemplaire de ce condensé d’érudition, inlassablement mis à jour par l’usage et codifié par l’Académie. Ivre des mots, ce dicolâtre vit, lui, entouré de 10 000 dictionnaires.
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
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À la lecture de ce court dialogue sans virgule extrait du Trésor de Virgule (Dargaud, 1977) nous revient une formule qui avait cours au XIXe siècle : « C’est une virgule dans l’Encyclopédie », disait-on alors d’une personne qui ne compte pas. Ce n’est sûrement pas le point de vue d’Achille Talon tout enamouré de sa Virgule.

« Vocabulaires »…

Quand les mots se mettent à enfler, quand leur sens devient ambigu, incertain et que le vocabulaire se charge de flou, d’obscurité, de néant péremptoire, il n’y a plus de recours pour l’esprit.

Marcel Aymé, Le Confort intellectuel, 1949.

Trois étagères marquées par une certaine nostalgie. Trois étagères consacrées aux manuels de vocabulaire. D’hier. De 1850 à 1950. Ce fut leur âge d’or. Puis au nom d’une pédagogie dite active, ou d’un structuralisme mal compris, les leçons de vocabulaire se désintégrèrent, disséminées, ventilées… façon puzzle au fil d’ouvrages généraux, avec çà et là quelques spasmes.

J’ai ainsi participé à un manuel de français, de la 6e à la 3e. Les leçons de vocabulaire y étaient très appréciées, mais pas d’illusion, la hiérarchie y était perceptible : d’abord les textes, ensuite la grammaire, et puis en bout de chaîne, s’il reste du temps, le vocabulaire…

Eleanor Goodrich

Qu’ils étaient émouvants pourtant ces « vocabulaires » d’hier ! Les titres en sont encore éloquents de simplicité. Marqués par leur époque : on va droit au but. Passer une heure à apprendre des mots était alors parfaitement légitime. Des bouquets de mots, au parfum de leur époque, et en ce sens, ils restent de merveilleux témoignages d’un moment.

J’en retire un au hasard de la première étagère. Le Vocabulaire des écoles. Sous-titre : « Étude méthodique des mots de la langue usuelle d’après l’analogie, et considérée 1. quant à leur orthographe ; 2. quant à leur signification ; 3. quant à leur formation ; 4. quant à leur groupement par familles. » C’est sérieux, non ? Qui est l’auteur de celui-ci : M. Fournier, directeur d’école. Il connaît son métier. L’exemplaire que j’ai en main a appartenu à Eleanor Goodrich : son nom a été calligraphié en haut de la page de titre, à l’encre violette, jambages et hampes parfaitement tracés, pleins et déliés garantis, avec une plume Sergent Major.

Que déclarez-vous, monsieur Fournier, dans votre préface ? « Mes chers amis… » J’aime quand le maître s’adresse ainsi à ses élèves. « […] c’est en pensant à vous que j’ai composé Le Vocabulaire des écoles… » Et de leur expliquer clairement, gentiment, ce qu’il souhaite, pour tout aussi modestement et affectueusement conclure sur le livre qu’il vient de présenter de la même manière que dans son exorde : « À vous, mes chers amis, de l’aimer. Réservez à ce modeste serviteur une petite place entre ces deux graves compagnons : votre grammaire, qu’il complète, et votre dictionnaire, qu’il résume. » Quelle belle trinité ! Un dictionnaire, un vocabulaire, une grammaire, cette trilogie était gagnante : elle n’est plus hélas à la mode. Dommage.

Ouvrons ce manuel de 332 pages, couverture cartonnée, grise. Juste pour le parfum d’autrefois. Première leçon. « L’École, Les Jeux. » Et en introduction de la leçon : « Exercice d’observation d’après l’image. » On bénéficie en effet pour chaque leçon d’une belle gravure en noir et blanc, pleine page.

« A. Une classe. 1. Chaire. 2. Banc. 3. Pupitre. 4. Carte murale. 5. Tableau noir. 6. Globe terrestre. 7. Compendium métrique. 8. Boulier, compteur. 9. Musée scolaire. 10. Crayon. 11. Ballon. 12. Plumier. 13. Toupie. 14. Porte-plume. 15. Compas. 16. Cahier. 17. Livre. 18. Cartable. 19. Équerres. B. Dans la cour de l’école. 21. Portique. 22. Agrès. 23. Haltères. 24. Tremplin. 25. Enfants jouant à Colin Maillard. » On y respire à pleins poumons l’école volontaire de Jules Ferry.

Tout est à l’avenant… Des bouquets de mots, des exercices sans pédanterie. Des pensées en fin de la leçon. Fraîches. Par exemple : « Il n’y a pas plus de bonheur dans un palais que dans une masure, dans un écu que dans un gros sou. » Qui ? Lamartine. « Chacun travaille et chacun sert. » Victor Hugo. Tout cela est désuet, mais efficace. Viennent ensuite diverses leçons, toutes sur un thème précis : la maison ; l’intérieur de la maison, l’ameublement ; la famille ; l’âge et le temps ; l’éclairage et le chauffage ; la nourriture ; les maladies ; les végétaux et les fleurs ; le jardin potager ; le village et la ville », et forcément « la ferme et les travaux champêtres ».

Et de nouveau, comme pour chaque thème, une « image à parler » comme il se disait autrefois. « A. Instruments aratoires. 1. Une charrue. 2. Versoir. 3. Soc. 4. Coutre. 5. Sep. 6. Mancheron. 7. Age. 8. Régulateur. 9. Rouleau. 10. Faucille. 11. Hoyau. 12. Houe. 13. Herse. 14. Faux. 15. Tarare. 16. Fléau. 17. Tige d’avoine. 18. Tige de froment. B. La ferme. 19. Ensemble de ferme. 20. Abreuvoir. 21. Pigeonnier. 22. Étable. 23. Écurie. 24. Fumier. »

Avouons-le, sans les définitions données dans les pages suivantes, impossible de se souvenir que le sep d’une charrue, c’est « la pièce de bois qui porte le soc », du latin cippus, pieu, comme le cep de vigne mais aussi le cèpe au cœur de la forêt. Et que l’age, sans accent, « correspond au timon auquel se lient le soc et tout le système de la charrue ». C’est un mot francique issu du fond des âges, ici avec un accent. Quelles pensées conclut la leçon ? « Les mains noires font manger le pain blanc. » « Le soc de la charrue du travailleur est toujours luisant. »

Eleanor Goodrich, vous avez colorié quelques images de votre Vocabulaire. Qui êtiez-vous Eleanor ? Une enfant heureuse en tout cas, au cœur des mots, avec votre ami, l’instituteur des mots.

La roulotte

Ils sont là, sur mon étagère, ravis d’être de nouveau ouverts, ces vocabulaires. Avec leurs illustrations désuètes, charmantes. De belles idées, sans complications. Et dans le Vocabulaire de Gabet et Gillard, à la frontière du XIXe et du XXe, au milieu de l’ouvrage, page 84, une illustration, une roulotte traînée par un cheval usé, et deux personnes en haillons, tirant avec le cheval, la roulotte. Quelle lecture accompagne l’illustration ? Titre : Compagnons de misère. « On l’avait attelé avec des harnais de corde, rafistolés au hasard, vaille que vaille. Et la rosse s’en allait cahin-caha, à demi effondrée dans les brancards, secouant lentement sa grande tête décharnée… La montée se faisait plus âpre encore ; la bête bronchait, glissait sur l’argile molle et détrempée. »

Page d’en face, étude des adjectifs : « Une montée rude ; une argile molle, détrempée ; un cheval maigre, étique, fourbu. » Et un exercice de composition française, dont, sans état d’âme à l’infini, on propose le plan : « Sur la route : les nomades. La fin d’une étape. Un peu de repos. Autour de la marmite… De nouveau sur la route… Ils cheminent, ils vont… Où seront-ils demain ? » Et trois images pour aider l’enfant : I. En route. De nouveau, ils cheminent, les pauvres errants… II. L’homme s’attelle à côté du cheval, la femme pousse la voiture… III. Où vont-ils porter leur misère ? » Hugo n’est pas loin. Et l’humanité est au rendez-vous. Par les mots, par des manuels de vocabulaire. Il y a une étagère vide, à remplir.

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