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Le Dico des dictionnaires

Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:

C’est en dirigeant un laboratoire du CNRS consacré aux mots et aux dictionnaires que Jean Pruvost a contracté une dicopathie incurable. Chaque foyer possède au moins un exemplaire de ce condensé d’érudition, inlassablement mis à jour par l’usage et codifié par l’Académie. Ivre des mots, ce dicolâtre vit, lui, entouré de 10 000 dictionnaires.
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
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W

WHIST, espèce de jeu. On dit et on écrit quelquefois whisk, mais peut-être mal à propos. Whist est la mimologie d’une espèce de sifflement qui a pour objet de réclamer le silence, comme notre chut et notre st, et qui a le même sens en anglais.

Charles Nodier, Dictionnaire raisonné des onomatopées françoises, 1808.

WHIST […] « Il feignait d’être absorbé dans une partie de whist (Proust, Sodome, 1922) » […] La première appellation whisk est peut-être tirée du verbe to whisk « déplacer d’un mouvement rapide et léger » alors que la forme whist lui aurait été substituée par une collision avec l’interjection actuellement désuète d’invitation au silence whist ! « chut ! » qui aurait été employée lors de ce jeu.

Trésor de la langue française, 1971–1994.

Double V

Dans le cas où je pourrai venir, ce sera par le train que tu indiques, à six heures cinquante-deux. Il y a un W.-R. [wagon-restaurant] où je dînerai. Voici un fait sémantique de la nouvelle langue sauvage. La racine W se décline et signifie ainsi tous les besoins du corps : W.-L. [wagon-lit], W.-C., W.-R.

Paul Valéry, Correspondance avec Gide, 1898. Extrait de l’article W, Trésor de la langue française, 1971–1994.

Lorsqu’un lexicographe aborde la lettre W, la fièvre du dictionnaire presque achevé ne manque pas de le prendre, mais aussi le désarroi, car les quatre dernières lettres de l’alphabet sont lettres délicates. « Le W est-il une lettre française ? » s’exclame-t-on dans un article de la Vie du langage, paru en 1972.

Vaterloo…

À dire vrai, la majorité des mots commençant par un w sont empruntés à des langues étrangères. Il suffit de lire les premiers mots du Petit Robert ou du Petit Larousse, wading, wagage, pour ne pas se sentir au cœur de la Touraine. Même si le wading, d’origine anglaise, désigne la pêche en rivière lorsque le pêcheur se tient dans l’eau pour la pêche à la truite ou au brochet, pourtant bien de chez nous… Quant au wagage, on ne quitte pas davantage la rivière, mais l’origine en est le néerlandais wak, humide, d’où le sens régional du mot : « Limon de rivière servant d’engrais. » Mais comment prononcer ces mots si on ne les a pas rencontrés dans une conversation avant de les lire ? En fait, comme week-end et wifi.

Origine et prononciation, ce sont les points forts que retient Pierre Larousse en toute fin de son Grand Dictionnaire universel, en 1876, pour décrire w, la lettre qui redouble le v. Une lettre qui, rappelle Augustin Thierry dans ses Récits mérovingiens (1840), aurait été imaginée par le roi burgonde Hilperik (Chilpéric Ier) pour correspondre à une prononciation tudesque, et rendue en définitive en doublant le v. Il s’agit donc, renchérit Pierre Larousse, d’une « Lettre propre aux langues du Nord, et qui n’est usitée en français que dans les mots empruntés à ces langues avec leur orthographe. En allemand et dans les mots français empruntés à cette langue, W a la valeur du V simple : il est donc une véritable consonne et les mots Wagram et Waterloo, etc., doivent se lire Vagram et Vaterloo. »

Vaterloo ? Non pas… mais de fait la prononciation du w n’a cessé de varier çà et là au fil des années. Il suffit en effet de consulter les dictionnaires de noms propres d’aujourd’hui pour constater que Waterloo ne se dit plus ainsi, mais à la manière du water-polo.

« Dans l’anglais, le hollandais et le flamand », poursuit Pierre Larousse, « W est une vraie voyelle qui a généralement le son de ou, comme dans Wellington, wigh, etc. Toutefois, cette règle a, dans l’anglais, d’assez nombreuses exceptions, et la voyelle W, surtout à la fin des mots, a des sons assez variés. »

Ne cherchez pas wigh, c’est d’évidence une coquille : il ne se trouve pas dans le Grand Dictionnaire universel. Pierre Larousse n’est pas à l’aise avec le w… Il s’agit vraisemblablement du mot whig (à prononcer ouigh, écrit-il) qui désigne en Angleterre aux XVIIIe et XIXe siècles un membre du parti libéral s’opposant aux torys, un débat politique qui rend Larousse très loquace.

8 000, 800

Lettre double, insaisissable, le w ne manque assurément pas de variantes phonétiques qu’il s’agisse des mots de la langue ou des noms de lieux, les toponymes. Ainsi, dans quelles régions prolifèrent les noms de lieux commençant par W ? Dans le Nord-Est et le Nord. Le w vient des pays germaniques, dixit Larousse. De fait, aux portes de Boulogne-sur-Mer, cité de mes aïeux, on trouvera Wimille et Wissant et, bordant somptueusement le grand port de pêche : Wimereux. En l’occurrence, c’est spontanément, en petit-fils de Boulonnais, que je dis Wissant et Wimille comme s’il s’agissait de huit cents et de huit-mille ; j’entends d’ailleurs encore ma grand-mère soutenir en riant qu’à Wissant, on est forcément moins fort qu’à Wimille. En ce qui concerne Wimereux, la prononciation est sujette à polémique : on a toujours dit Vimereux dans la famille. Ce que semblerait confirmer le « écoutez » de l’article Internet consacré à Wimereux, mais que dément le Petit Robert des noms propres dont la transcription phonétique du w l’assimile à celle de Wimille. Affaire à suivre.

Florissant W

En revenant aux mots de la langue, un constat simple s’impose : les anglicismes ayant fait florès au cours des décennies successives, si on compte 55 mots commençant par la lettre W dans le premier Petit Larousse en 1905, le millésime 2014 en offre deux fois plus : 111. Il n’y avait d’ailleurs pas encore de chapitre particulier pour le W dans le premier Petit Larousse illustré mais un ensemble de trois lettres offertes d’un bloc, W-X-Y.

Il faut le rappeler, la lettre W fut la dernière à entrer dans l’alphabet. Le Petit Larousse de 1947 (millésime 1948) est le premier à la signaler comme la 23e lettre de l’alphabet. « Dernière venue », souligne Grevisse à propos du w dans son précieux Bon Usage ; certes, mais elle a indéniablement prospéré dans notre langue.

On allait l’oublier, Paul Valéry sensible aux W.-R. (wagon-restaurant) et W.-L. (wagon-lit) de nos chemins de fer pourrait aujourd’hui allonger la liste des types de wagons. Les commissions de terminologie ont en effet bien travaillé : au spine wagon, fait désormais pendant le wagon squelette, c’est-à-dire à châssis nu, conçu pour le transport intermodal, entendons qui combine plusieurs moyens de transport sur la totalité du trajet d’une marchandise. Au rolling-road wagon correspond le wagon roulier, spécialement conçu pour permettre l’accès direct des camions, enfin au low-floor wagon se substitue maintenant en bon français le wagon surbaissé, dont la hauteur du plancher a été fortement réduite pour permettre le transport d’objets volumineux.

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