Le Dico des dictionnaires
- Автор: Pruvost Jean
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions JC Lattès
- ISBN: 978-2709635684
- Жанр: Другие документальные фильмы
Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
Mais à dire vrai, toute marque d’usage demeure affaire de contexte : une Anglaise ravissante, avec un accent à la Jane Birkin, vous proposant une « petite bouffe », ce n’est peut-être pas vraiment populaire… En réalité, c’est inespéré.
Le philosophe et logicien français Edmond Goblot (1858–1935), tout en constatant dans son Traité de logique (1918) que la tâche du lexicographe est « d’enregistrer avec exactitude le sens que donnent à un mot ceux qui le prononcent et ceux qui l’entendent, en un temps, en un lieu et en un milieu donnés », n’en précise pas moins que « lorsqu’un dictionnaire fait autorité, il fixe, précise et unifie l’usage. Un bon dictionnaire améliore une langue ; il en diminue l’indétermination, en ralentit l’évolution, en élimine les variétés dialectales. Ses définitions ont, dans une certaine mesure, le caractère de conventions acceptées ».
La confusion est souvent faite entre le mot populaire inséré dans le dictionnaire et sa promotion. Quand, dans le millésime 2014 du Petit Robert, les lexicographes font entrer le mot bombasse, assorti d’une citation de Franck Thilliez, auteur de romans policiers, il n’est pas inutile d’en avoir la définition, « Femme (ou parfois homme) très sexy », même si l’on peut discuter la fréquence de la bombasse en tant qu’homme, et l’adjectif, sexy, qui aurait pu être précisé dans un français moins simpliste ; ce qui compte en revanche, c’est la marque d’usage offerte : « Familier. »
En fait, ce qui peut être discuté, c’est le choix du registre de langue proposé. Pour certains, bombasse sera familier, pour d’autres tout à fait vulgaire. En réalité se dégage toujours une tonalité générale du dictionnaire à travers le choix des marques. Le Petit Robert relève d’une assez grande tolérance dans les marques, indiquant pour familier ce que d’autres dictionnaires présenteront comme populaire. Les tenants du bel usage y seront souvent bousculés. Il faut cependant garder à l’esprit que « marquer » l’usage est parfois cornélien : injustice des situations, le mot bombasse, s’il est dit spontanément avec l’accent ziva, sera perçu comme vulgaire, mais prononcé avec un peu de recul et un accent aristocratique, il pourrait n’être que familier voire parodique. Quant au statut du mot, ce qui est dit n’est pas ce qui est écrit, l’usage littéraire magnifie un mot populaire. Dira-t-on que Céline est vulgaire ?
Dans la préface de ses Remarques sur la langue française, utiles à ceux qui veulent bien parler et bien escrire, publié en 1647, Vaugelas, qui fut le premier rédacteur du Dictionnaire de l’Académie française, avait défini ainsi le bon usage : « C’est la façon de parler de la plus saine partie de la Cour, conformément à la façon d’écrire de la plus saine partie des auteurs du temps. » Si on remplace la cour d’hier par les lieux de parole de bon aloi d’aujourd’hui, il faut alors oublier les auteurs qui, dans le sillage de Zola, de Céline, de Queneau ont su de la langue populaire et familière faire naître des œuvres incontestables. Et, en ne retenant que ceux qui n’exploitent pas la veine populaire, la définition de Vaugelas pourrait en définitive rester d’actualité.
En fait, entre le bon usage et la norme bien maîtrisée, l’écart est mince. Vaugelas avait déjà repéré la différence entre le bon usage à présenter dans un ouvrage et la démarche descriptive des auteurs de dictionnaires, d’un tout autre ordre : « Ces Remarques, affirmait-il judicieusement, ne sont pas comme un Dictionnaire qui reçoit toutes sortes de mots, pourvu qu’ils soient François, encore qu’ils ne soient pas du bel usage, & qu’au contraire ils soient bas & de la lie du peuple. » En effet, le mot enregistré dans un dictionnaire n’est pas pour autant promu, c’est un effet médiatique qui pousse à le croire ; en revanche, au lexicographe de savoir dire quelle est la marque d’usage à proposer.
Elles ne manquent pas si l’on en fait un relevé rapide…
Usage écrit, oral, didactique, archaïque, ancien, vieilli, désuet, récent, moderne, contemporain, courant, fréquent, rare, régional, dialectique, emphatique, ironique, elliptique, argotique, vulgaire, populaire, relâché, commun, familier, ordinaire, littéraire, poétique, soutenu, abusif, impropre, incorrect, péjoratif, injurieux, conforme, normal, technique, scientifique, général… Il serait aisé d’ajouter d’autres adjectifs ou d’autres commentaires. Par exemple, aucune mention de l’âge auquel correspond principalement l’usage du mot, pas de mention de l’usage ludique…
Ainsi, annoncer sérieusement qu’on ira à la teuf à quinze ans, cinquante ans plus tard, risque fort de ne plus être dans l’usage de la même personne. Aucun retraité n’utilisera le mot sérieusement, sans être ridicule ! Ainsi, à propos d’usage, pas de zion-clu-con tiva, comme disait mon fils à quatorze ans qui, non sans talent, pratiquait goulûment le verlan, avant de devenir un excellent professeur d’histoire-géographie.
V
VIONCHE. Vivax, secularis, homme de longue vie. Vionche est celui qui a dépassé les années ordinaires, et qui est par-delà de la vieillesse. Le Vionche Fontenelle alla jusqu’à cent années, malgré la faiblesse de sa complexion. Il existe aux invalides, un Vionche de cent dix-sept ans. J’ai vu ce matin un Vionche de cent douze années, et qui marche bien.