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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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— Et on aura l’air de deux couillons à chialer à l’unisson, dit Marcel.

Son visage meurtri s’éclaira, pour la première fois depuis longtemps, d’un vrai sourire.

— Mais tu vas m’aider à trouver une solution, dis, René ? Je peux pas rester comme ça. Il y va de l’entreprise, tu sais. Suis plus d’équerre du tout…

— J’ai bien vu que tu n’étais plus à l’affaire, et ça me tourneboule aussi.

Il prit un nouveau cure-dents et balança le vieux à la poubelle. Marcel se pencha et aperçut le sol de la corbeille tapissé de petits bâtonnets en bois.

Il leva les yeux vers René qui soupira :

— C’est depuis que j’ai arrêté de fumer. Avant je me faisais un paquet de clopes par jour, maintenant je consomme un tourniquet de cure-dents. Chacun son truc ! Y en a qui se les portent en piercing, les cure-dents…

Aucun sourire ne plissa la face hébétée de Marcel.

— T’es vraiment ralenti, l’Esquimau ! Tu piges plus mes blagues ? Oh, ça va mal, ça va vraiment mal ! En piercing, comme chez l’acupuncteur, les grandes aiguilles qu’on fiche dans la plante des pieds et…

— La plante des pieds ! rugit Marcel en se frappant le front. Mais c’est bien sûr. Je suis con ! Mais qu’est-ce que je suis con ! J’aurais dû l’écouter, madame Suzanne… Elle, elle va pouvoir nous aider !

— La rabouilleuse ? Celle qui vous fait roucouler les arpions ?

— En personne. Elle m’a dit une fois que Josiane était « travaillée ». Elle disait qu’il fallait identifier l’origine du mal pour le neutraliser, elle disait plein de choses que je comprends pas, mon pauvre René. Moi, je sais faire avec les chiffres, les parts de marché, les taxes, les bénéfices et les frontières, pas avec les sorcières…

— Alors, écoute-moi bien… Voilà ce qu’on va faire…

Et ce jour-là, dans le petit bureau de l’entrepôt, Marcel et René mirent sur pied un plan pour délivrer du mal l’âme de Josiane.

Joséphine tournait, tournait, tournait. Inlassablement. Depuis huit heures du matin. Elle jouait la touriste désinvolte qui se promène nez au vent et découvre la ville, en parcourant assidûment le même pâté de rues : Holland Park, Portland Road, Ladbroke Road, Clarendon Road, retour sur Holland Park et un nouveau tour à pied.

Il avait plu pendant la nuit et la lumière du jour tremblait dans l’humidité qui montait des trottoirs avant de se dorer aux rayons du soleil matinal. Elle surveillait la terrasse du Ladbroke Arms. C’était dans ce pub, d’après Shirley, que Philippe prenait son petit déjeuner chaque matin. Enfin… la dernière fois qu’on s’est vus, je l’ai retrouvé là. Il était installé avec son café, son jus d’orange, les journaux. Maintenant, te dire qu’il est fidèle au poste chaque matin, je ne sais pas… Mais vas-y. Arpente jusqu’à ce que tu l’aperçoives et présente-toi…

C’était bien ce qu’elle avait l’intention de faire. Lire dans ses yeux. Le prendre par surprise avant qu’il n’ait le temps d’y écrire un mensonge. Elle y pensait depuis plusieurs nuits et mettait au point un stratagème. Elle avait retenu le plus simple : la rencontre-surprise. Je suis à Londres, invitée par mon éditeur, mon hôtel est juste à côté et comme il fait beau, je me suis levée tôt, suis allée me promener et… quelle surprise ! quel hasard ! quelle heureuse coïncidence ! je tombe sur toi. Comment vas-tu ?

L’étonnement. C’était la partie la plus difficile à jouer. Surtout quand on a répété ses répliques jusqu’en à bafouiller ! Dur d’être naturelle. Je ferais une piètre actrice.

Elle tournait, elle tournait dans l’élégant quartier. Des maisons blanches cossues aux hautes fenêtres, des pelouses devant chaque perron, des rosiers, des glycines, des fleurs qui se tordaient le col pour sortir des buissons et se faire admirer. Parfois, les façades étaient peintes en bleu ciel, vert acide, jaune pinson, rose criard comme pour se différencier de la voisine trop sage. L’atmosphère était à la fois guindée et délurée, à l’image des Anglais. Un magasin Nicolas faisait l’angle d’une rue. Plus loin, un marchand de fromages et une boulangerie Chez Paul. Philippe ne devait pas se sentir dépaysé. Il avait sa bouteille, sa baguette, son camembert, manquait plus que le béret !

L’avant-veille, elle avait dîné avec son éditeur. Ils avaient parlé de la traduction, de la couverture, du titre anglais : A Humble Queen, de la présentation à la presse, du tirage. « Les Anglais sont friands de livres historiques et le XIIe siècle n’est pas une période très connue chez nous. Le pays était peu peuplé, à l’époque. Saviez-vous qu’on aurait pu loger toute la population de Londres dans deux gratte-ciel ? » Edward Thundleford avait le teint et le nez couperosés des amateurs de bon vin, des cheveux blancs plaqués sur le crâne qui rebiquaient de côté, un nœud papillon et des ongles bombés. Raffiné, poli, attentif, il lui avait posé de nombreuses questions sur son travail, la manière dont elle conduisait ses recherches pour son HDR et avait choisi un excellent bordeaux qu’il avait goûté en connaisseur. Il l’avait reconduite à son hôtel et lui avait proposé de visiter ses bureaux dans Peter Street, le lendemain après-midi. Joséphine avait acquiescé, bien qu’elle n’en eût aucune envie. Elle aurait préféré continuer à flâner.

— Je n’ai pas osé décliner son invitation ! avait-elle confié plus tard à Shirley, assise en tailleur sur le tapis face à l’immense cheminée en bois du salon de son amie.

— Tu sais qu’on peut gâcher sa vie en étant polie…

— Il est charmant, il se donne beaucoup de mal pour moi.

— Il va gagner plein de sous grâce à toi. Laisse-le tomber et viens te promener avec moi. Je te ferai connaître le Londres insolite.

— Je ne peux pas. Je me suis engagée.

— Joséphine ! Apprends à être une bad girl !

— Tu me croiras pas, mais ça vient doucement… Hier, j’ai eu de mauvaises pensées envers ma fille.

— Tu as encore de la marge avec Hortense !

Dans le grand salon, elles avaient mis au point une stratégie pour tomber sur Philippe « par hasard ». Tout était pensé, minuté, préparé.

— Alors il habite là…, avait dit Shirley, pointant sur un plan une rue près de Notting Hill.

— C’est celle de mon hôtel !

— Et il prend son petit déjeuner là…

Elle avait montré sur le plan l’emplacement du pub autour duquel Joséphine tournait.

— Donc, tu te lèves tôt, tu te fais belle, et tu commences la rotation dès huit heures. Parfois, il arrive avant, parfois après. Dès huit heures, mine de rien, tu tournes.

— Et quand je le vois, je fais quoi ?

— Tu t’exclames : « Philippe, ça alors ! » Tu t’approches, tu l’embrasses légèrement sur la joue, qu’il ne croie surtout pas que tu es disponible, prête à être embarquée, tu t’assois négligemment…

— Comment s’assoit-on « négligemment » ?

— Je veux dire que tu ne te casses pas la figure comme tu en as l’habitude… et tu prends l’air de la fille qui passait par là, qui n’a pas que ça à faire, tu regardes ta montre, tu écoutes ton portable, et…

— Je n’y arriverai jamais.

— Si. On va répéter…

Elles avaient répété. Shirley jouait Philippe, le nez dans les journaux, assis à sa table. Joséphine bafouillait. Plus elle répétait, plus elle bafouillait.

— Je n’y vais pas. Je vais avoir l’air stupide.

— Tu y vas et tu vas avoir l’air intelligente.

Joséphine avait soupiré et levé le nez vers un panneau de bois acajou coiffé d’une large frise, figurant des grappes de raisin, des bouquets de pivoines, des tournesols, des épis de blé, des aigles royaux, des cerfs en rut et des biches affolées.

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