Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Quand Mrs Howell lui désigna du menton la porte de la chambre de son père, il recula et dit :
— Pas avant de l’avoir vu…
Et ils retournèrent en ville.
Ils le trouvèrent au Bow Bar. Un bar aux grandes façades vitrées, aux murs extérieurs peints en bleu de Prusse. Gary laissa Mrs Howell entrer devant lui. Il entendait son cœur battre dans sa poitrine. Il suivit le manteau violet et l’écharpe rouge. Le plafond du bar, aux poutres vermillon, et le parquet, jaune orangé, l’éblouirent. Il cligna des yeux, aveuglé par les couleurs.
Elle se dirigea vers un homme accoudé au bar, presque couché sur une énorme pinte de bière. Elle lui frappa légèrement l’épaule et dit :
— Duncan McCallum ?
— Yeah ! rugit l’homme en se retournant.
C’était un géant, aussi haut que large, la face rubiconde et boursouflée. Ses yeux semblaient injectés de sang et on n’en distinguait pas la couleur. Ses dents étaient jaunies par le tabac et il en manquait une devant. Son ventre débordait d’un vieux kilt vert et bleu, le gilet et la veste noirs étaient tachés et les chaussettes hautes arboraient deux ridicules pompons rouges qui pendaient sur le côté. Un vieux clown, avait dit Mrs Howell, un vieux clown balafré…
— Hey ! L’Anglaise ! s’exclama Duncan McCallum. Tu veux encore me ramener à la maison ?
Puis son regard se porta sur Gary et il rugit à nouveau.
— Et toi ? Qui es-tu ?
Gary se racla la gorge, incapable de parler.
— T’es avec la vieille Anglaise ?
— Je… Je…
— Il a perdu sa langue ou la vieille la lui aura coupée ! s’exclama Duncan McCallum en se retournant vers le garçon derrière le bar. Faut se méfier des femmes, même vieilles, elles vous coupent la langue quand ce n’est pas autre chose !
Et il éclata de rire en tendant sa chope de bière vers Gary.
— On trinque, mon garçon, ou tu restes muet sur pied ?
Gary s’approcha et Mrs Howell murmura :
— Duncan, je te présente ton fils, Gary… tu te souviens que tu as un fils ?
— Si je me souviens, la vieille ! Tu me l’as rappelé l’autre soir quand j’étais trop ivre pour rentrer chez moi…
Puis ses yeux se posèrent sur Gary et se rétrécirent comme deux meurtrières de château. Il s’adressa à nouveau au garçon derrière le bar :
— Parce que j’ai un fils, Ewan ! Un fils de ma chair ! T’en dis quoi ?
— Je dis que c’est très bien, Duncan…
— Un McCallum… Tu t’appelles comment, fiston ?
— Gary…
— Gary comment ?
— Gary Ward, mais…
— Alors tu n’es pas mon fils… Les McCallum ne changent pas de nom comme les femmes qui se marient… Ils restent des McCallum toute leur vie ! Ward, Ward, c’est un nom anglais, il me semble… Je me souviens d’une Anglaise qui a prétendu que je l’avais mise enceinte, une fille à la cuisse légère, c’est ta mère ?
Gary ne savait plus quoi répondre.
— C’est ton fils, répéta Mrs Howell d’une petite voix douce.
— S’il s’appelle Gary Ward, je n’ai rien à voir avec lui !
— Mais tu ne l’as pas reconnu quand il est né ! Comment veux-tu qu’il s’appelle ?
— McCallum ! Comme moi ! Elle en a de bonnes, celle-là !
Et il prit à partie les autres hommes présents dans le pub en train de regarder un match de foot à la télévision devant leur chope de bière.
— Hé ! Les gars ! Il paraît que j’ai un fils… Je dois pas en avoir qu’un seul ! La semence des McCallum a engrossé bien des femmes ! Elles étaient bien contentes d’ouvrir leurs cuisses…
Gary rougit et n’eut plus qu’une envie : partir. Mrs Howell devina son désarroi et le retint par la manche.
— Tu as un fils, Duncan McCallum, et il est devant toi… Arrête de faire l’ivrogne et parle-lui !
— Ta gueule, la vieille ! C’est moi qui décide… Jamais une femme n’a décidé pour un McCallum.
Et à nouveau il prit à partie l’assistance.
— Duncan McCallum, tais-toi ! lui intima Mrs Howell. Tu fais le fier quand il s’agit de rugir dans les tavernes, mais tu te comportes comme une femmelette quand il faut affronter la maladie ! Tu n’es qu’un pleutre et un vantard. Tu vas mourir, arrête de faire ton cirque !
Alors il se voûta, lui jeta un regard méchant et se recroquevilla sur sa bière. Ne dit plus rien.
— Monsieur, murmura Gary en s’approchant. Allons nous asseoir et parlons…
Il éclata de rire.
— M’asseoir avec toi, Gary Ward ! Jamais je n’ai trinqué avec un Anglais ! Sache-le et enlève ta main de mon bras ou je te fous mon poing dans la gueule ! Tu veux que je te raconte comment je me suis battu avec un Russe ivre dans les rues de Moscou ?
Gary resta la main en l’air et supplia Mrs Howell du regard.
— Tu vois ma cicatrice, là ?
Et il tendit sa joue comme un bateleur récite son boniment.
— Lui, c’est en travers du corps que je l’ai zébré ! De haut en bas ! Je l’ai coupé en tranches ! Et il a détalé la queue entre les jambes en me laissant un fameux souvenir…
— Tu n’es qu’un âne bâté, Duncan McCallum. Tu ne mérites pas d’avoir un fils… Viens, Gary, on s’en va.
Elle prit Gary par la main et ils sortirent, le cœur battant, mais dignes.
Ils s’appuyèrent contre la devanture du pub. Mrs Howell sortit une cigarette et l’alluma. Elle la fumait en plissant les yeux et recueillait les cendres dans sa main. Elle la tenait à la verticale pour qu’elle se consume lentement et répétait je suis désolée, je suis désolée, je n’aurais pas dû te dire de venir, ce n’était pas une bonne idée…
Gary ne savait plus quoi penser. Il contemplait le bout rouge de la cigarette et suivait les volutes grises. L’affrontement avait été trop rapide, il n’arrivait plus à se souvenir de ce que son père avait dit et il sentait tout le blanc de la tristesse l’envahir à nouveau.
— On reviendra demain, dit Mrs Howell. Il aura réfléchi et fera moins le fier. Ça a dû être un choc pour lui de te voir… et pour toi aussi, mon petit. Je suis désolée…
— Ne vous excusez pas, Mrs Howell, ne vous excusez pas.
Il regardait la façade bleu de Prusse, elle n’était plus aussi brillante que lorsqu’il était entré dans le pub. Il se sentait partir en pièces détachées.
Il avait été stupide de croire qu’on pouvait changer un homme. Un McCallum, en outre.
Il dit au revoir à Mrs Howell et regagna son hôtel sur Princes Street.
Il ne reviendrait pas le lendemain…
Il serait réveillé par la cornemuse et la marche nuptiale et regagnerait Londres par le premier train.
Que les McCallum aillent droit en enfer et que leur château s’écroule !
Dans la nuit, Duncan McCallum mit fin à ses jours d’un coup de revolver dans la bouche, allongé sur le canapé défoncé de l’entrée. Il illustrait ainsi la vieille devise de ses ancêtres : « Je ne change qu’en mourant. »
Il avait auparavant écrit et posté une lettre où il instituait Gary Ward, son fils, né de sa liaison avec Shirley Ward, unique héritier du château de Chrichton.
Il était près de minuit et Harrods était désert. Les lourds lustres dorés étaient éteints, les escaliers mécaniques, immobiles, une armée de femmes de ménage maniaient l’aspirateur et la serpillière, Hortense et Nicholas, agenouillés sur le sol, contemplaient leurs vitrines. Un vigile de nuit passait la tête à intervalles réguliers et demandait still here ? Hortense hochait la tête, muette.
Elle avait réalisé ce qu’elle avait imaginé à Paris, après avoir parcouru cent fois les rues et les avenues autour de l’Étoile avec Gary. Parfois, on part d’une idée et on la perd en route… On trahit la merveilleuse étincelle qui a mis le feu à l’imaginaire. Elle n’avait pas trahi et l’idée s’était incarnée, majestueuse et intacte. Les mannequins photographiés par Zhao Lu, élégantes, impeccables, semblaient animées d’une grâce et d’un chic insolents. Les détails semblables à de légers nuages se posaient sur les immenses photographies et transformaient chaque silhouette en it girl.