Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
— Tu te sens capable d’expliquer aux gens, demain, ce qu’est ce fameux it que tu développes ? demanda Nicholas, rêveur.
— C’est un petit truc qui change tout… Parfois, un petit détail que tu arbores avec inconscience, insouciance, qui te remplit de confiance, te rend indifférent à l’effet que tu produis sur les gens. Un truc qui n’appartient qu’à toi, que tu as inventé, intégré… Un détail qui te rend roi ou reine. On l’a ou on l’a pas… Je leur donne juste des clés pour qu’ils se l’approprient…
— Et tu sais comment tu vas t’habiller, demain, pour l’inauguration ?
Hortense haussa les épaules.
— Bien sûr ! Moi, je suis née avec le it… Un rien m’habille ! Je vais aller sur le site où on peut louer tout ce qu’on veut pour une soirée et je vais être renversante !
— Excuse-moi, ironisa Nicholas devant tant d’assurance, j’avais oublié à qui je parlais…
Hortense se tourna vers Nicholas et lâcha dans un souffle :
— Merci… Sans toi, je n’y serais jamais arrivée…
— You’re welcome, my dear ! Ce fut un plaisir, tu sais… Une belle réalisation !
J’aimerais que Gary soit là, demain soir. Il comprendrait… Il comprendrait qu’on ne peut pas se lancer dans une telle entreprise en pensant à un garçon qui vous prend la tête, les bras, les jambes, la bouche et vous plie en deux. Il ne faut avoir personne dans la tête pour créer. Ne penser qu’à ça. Jour et nuit. Chaque seconde de chaque minute de chaque heure de chaque jour. Quand il m’a embrassée, cette nuit là à Paris, j’ai été changée en pauvre fille qui bat la campagne et se raccroche aux bras qui l’emportent où il est dangereux d’aller… Bimbamboum ! Je l’efface de ma tête et je n’y pense plus ! Je lui ai envoyé une invitation et il n’a pas répondu. Tant pis pour lui ! Je veux décrocher un contrat magnifique, être engagée par Tom Ford, être projetée au sommet du plus haut gratte-ciel du monde, je veux avoir un corner chez Barney’s ou Bergdorf Goodman… et j’aimerais qu’il soit là demain soir, qu’il me félicite avec une lueur dans les yeux. Il m’a accompagnée dans les rues de Paris, il était là quand on a rencontré Junior et que la lumière se fit ! Il faut qu’il soit là !
Junior. Lui, il viendra. Pas tout seul, hélas ! Marcel et Josiane l’accompagneront…
Elle craignait qu’ils ne fassent tache lors de l’inauguration. Quand Marcel Grobz décidait d’être élégant, on pouvait craindre le pire ! Le jour de son mariage avec Henriette, sa grand-mère, il arborait une veste en Lurex vert pomme et une cravate en cuir écossaise ! Henriette avait failli s’évanouir…
Nicholas marmonna quelque chose qu’elle ne comprit pas tout de suite. Quelque chose au sujet de la bande-son qui « habillait » sa mise en scène.
— Je crois qu’il faut changer la musique… Tes vitrines sont impeccables, tu ne peux pas superposer la voix et l’image d’Amy Winehouse… Il te faudrait Grace Kelly ou Fred Astaire, un truc comme ça.
— T’es malade !
— Je veux dire, une chanson chic et classe, pas le tube d’une fille alcoolique, défoncée, bourrée de tatouages qui s’habille en guenilles…
— On va pas tout changer à la dernière minute…
— Quand un grand couturier présente une collection, il change tout dans les coulisses alors que la salle est pleine et trépigne… Un peu d’ambition, ma chère ! Tu vises le ciel, rappelle-toi ! Ne t’arrête pas à l’étage d’avant…
— Et tu proposes quoi ? demanda Hortense, flattée d’être comparée à un grand couturier.
— J’ai pensé à une vieille chanson de Gershwin… Rod Stewart l’a reprise sur un album. On pourrait utiliser cet enregistrement… Je connais son manager, je peux t’arranger ça.
— Qui ne connais-tu pas Nicholas ? soupira Hortense, vaincue.
— Elle s’appelle You Can’t Take That Away From Me. À l’origine, c’est Fred Astaire qui la chantait dans un vieux film en noir et blanc, un peu tremblant…
— Ça donne quoi ?
Et Nicholas, au milieu des photos et des mobiles qui frémissaient doucement, se mit à chanter et esquisser des pas de danse.
The way you wear your hat…
The way you sip your tea…
The memory of all that…
No, no, they can’t take that away from me…
The way your smile just beams…
The way you sing our key…
The way you hold my dreams…
No, no, they can’t take that away from me…
Une grosse femme noire qui passait dans la rue, vêtue d’une doudoune rouge, les cheveux tressés en dreadlocks, les bras chargés de sacs, l’aperçut et se mit à danser sur le trottoir en faisant tournoyer ses paquets. Puis elle leur fit un grand signe de la main avant de s’éloigner.
Hortense regardait Nicholas et pensait j’aime ce garçon, quel dommage qu’il ait un si long tronc !
— Vendu ! cria-t-elle pour couper court à son émotion.
— Merci, Princesse ! Je m’en occupe demain matin et te retrouve la bande-son…
En plus, il avait du goût, des idées et le sens du travail. Mais un long tronc !
Il avait envoyé une invitation à tous les journalistes, stylistes, attachées de presse de Londres, Paris, Milan, New York en écrivant quelques mots de sa main. Pour Anna Wintour, qui se trouvait à Londres en cette fin de février, il avait écrit « en hommage à une grande dame de la mode qui incarne l’élégance et le style absolus… ». Si elle ne vient pas après ce compliment, c’est qu’elle a avalé une collection de parapluies ! décida Hortense.
Philippe serait là, bien sûr. Et le financier qu’il lui avait présenté… Ce dernier avait tendance à jouer les pots de colle. Il ne la lâchait plus, l’appelait pour lui suggérer des idées. Ma chère Hortense, que diriez-vous de… Hortense écoutait et jetait l’idée à la poubelle. Il s’était proposé pour transporter les décors. Il pourrait louer une camionnette et revêtir une salopette, ce serait si drôle de jouer les déménageurs ! Crétinus ! marmonnait Hortense dans un grand sourire. Jean le Boutonneux, aussi, avait offert ses services, mais elle avait refusé. Pourtant, elle aurait bien eu besoin de deux bras supplémentaires ! Elle avait failli accepter et s’était reprise : il était trop laid. Elle ne voulait pas être aperçue en sa compagnie. Elle aurait été obligée de l’inviter au cocktail d’ouverture et cela aurait fait mauvaise impression.
Elle suça le bout de ses doigts écorchés par les clous, les aiguilles, les couches de colle. Qui d’autre viendrait ? Elle n’avait pas de nouvelles de sa mère ni de Zoé. Mais elles seraient là, c’était certain. Sa mère défaillirait de fierté et Zoé se pousserait du col en disant à tout le monde c’est ma sœur, c’est ma sœur…
Shirley aussi viendrait. Elle lui avait emprunté son van.
— Mais pour quoi faire ? avait demandé Hortense.
— Je fais le tour des abattoirs, je prépare un spectacle gore pour l’école… Je charge des carcasses, des abats dégoulinants de sang, des pots de gélatine industrielle, que des choses dégoûtantes ! Je vais leur montrer ce qu’on met dans la bouffe industrielle. S’ils ne sont pas écœurés, les gamins, je rends mon tablier et bouffe des nuggets toute ma vie !