Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Jack». Краткое содержание книги:

En décembre 1858, refusé par l'institution jésuite de Vaugirard, Jack, fils adultérin d'Ida de Barancy, une demi-mondaine, échoue dans le collège insalubre du mulâtre Moronval. Ida succombe au charme d'un des professeurs, le rimailleur d'Argenton, et quitte son riche amant pour son poète. Jack s'enfuit du collège et rejoint le couple après maintes tribulations. L'intelligence de l'enfant se développe au contact du docteur Rivals. Mais d'Argenton, qui ne l'aime pas, décrète qu'il sera ouvrier. Dans une île bretonne, Jack apprend son dur métier de fondeur chez les Roudic…
Roman noir, comme le Petit Chose, inspiré par une histoire authentique, Jack reprend la trame d'une enfance malheureuse, alors à la mode. La narration se centre sur le destin de Jack et en souligne l'implacable et fatal développement.
1 ... 109 110 111 112 113 114 115 116 117 ... 136
Перейти на страницу:

– Diable!… Et la vaisselle?

– Tu vois, j’en ai acheté un peu, très peu. Le ménage d’à côté m’a prêté quelques couverts. Ils sont très complaisants aussi, ces petits Levindré.

Jack, qui ne se savait pas des voisins si obligeants, ouvrait des yeux étonnés.

– Mais ce n’est pas tout, mon Jack… Tu n’as pas vu ce pâté. Je suis allée le chercher place de la Bourse, à un endroit que je connais, où on les vend quinze sous de moins que partout ailleurs. Par exemple, c’est loin. En revenant, je n’en pouvais plus. J’ai été obligée de prendre une voiture.

C’était elle tout entière. Une voiture de deux francs pour économiser quinze sous! Du reste, on voyait qu’elle connaissait les bons endroits. Les petits pains venaient de la boulangerie Viennoise, le café et le dessert du Palais-Royal.

Jack l’écoutait avec stupeur. Elle s’en aperçut, et naïvement demanda:

– J’ai peut-être un peu trop dépensé, n’est-ce pas?

– Mais… non…

– Si, si, je le vois bien à ton air. Mais que veux-tu? Ça manquait d’un tas de choses ici; et puis, on ne se retrouve pas tous les jours. D’ailleurs, tu vas voir si je suis disposée à être raisonnable…

Elle tira de la commode un long cahier vert qu’elle agita d’un air triomphant.

– Regarde-moi ce beau livre de dépense que j’ai acheté chez madame Lévêque.

– Lévêque, Levindré!… Ah çà! tu connais donc tout le monde dans le quartier?

– Dam! oui, Lévêque, le papetier d’à côté. Une bonne vieille dame qui tient aussi un cabinet de lecture. C’est très commode, car enfin il faut suivre le mouvement littéraire… En attendant, j’ai toujours pris un livre de dépense. C’était indispensable, vois-tu, mon enfant. Dans une maison un peu régulière, on ne peut pas marcher sans cela. Ce soir, après dîner, si tu veux, nous ferons nos petits comptes. Tu vois, tout est écrit.

– Oh! alors, si tout est écrit…

Ils furent interrompus par l’arrivée de Bélisaire, de madame Weber et de l’enfant à grosse tête. Rien de plus comique que la familiarité protectrice avec laquelle Ida de Barancy parlait à ses nouveaux amis:

– Dites donc, mon petit Bel, sans vous commander… Madame Weber, fermez la porte; le petit vient d’éternuer.

Et des grands airs, une dignité de reine aimable, des façons condescendantes de traiter ces pauvres gens, de les mettre à l’aise. À l’aise, madame Weber s’y trouvait complètement. C’était une brave femme qui ne s’intimidait pas, ayant la conscience de son petit métier et de la vigueur de ses bras. Le jeune Weber ne ressentait pas non plus la moindre gêne à se bourrer de croûte de pâté. Bélisaire seul manquait un peu d’entrain, et il y avait bien de quoi. Se croire à quinze jours du bonheur, avoir sa félicité à portée de sa main, et voir tout s’éloigner dans les «peut-être» de l’avenir, c’est terrible! De temps en temps, il tournait un œil lamentable vers madame Weber qui semblait supporter cette perte du camarade assez tranquillement, ou vers Jack enchanté, s’occupant à servir sa mère avec des attentions d’amoureux. Ah! l’on peut bien dire que les événements de ce monde ressemblent à ces balançoires que les enfants établissent sur une pièce de bois et qui n’élèvent un des joueurs qu’à la condition de faire sentir à l’autre toutes les duretés, toutes les aspérités du sol. Jack montait vers la lumière, tandis que son pauvre compagnon redescendait de tous ses rêves vers l’implacable réalité. Pour commencer, lui qui se trouvait si bien dans son logement, qui en était fier, il allait habiter désormais une espèce de serre-bois ouvert dans le mur de l’escalier, aéré seulement par un vasistas. Il n’y avait pas d’autre chambre libre à l’étage, et Bélisaire, à aucun prix, ne se serait éloigné de madame Weber seulement de quelques marches. Cet être-là s’appelait Bélisaire; mais il s’appelait aussi Résignation, Bonté, Dévouement, Patience. Il avait ainsi une foule de noms très nobles, qu’il ne portait pas, dont il ne se vantait jamais, mais que devinaient peu à peu ceux qui vivaient près de lui.

Leurs invités partis, quand Jack et sa mère restèrent seuls, elle fut très étonnée de le voir débarrasser la table bien vite et poser de gros livres de classe dessus.

– Qu’est-ce que tu vas faire?

– Tu vois, je travaille.

– À quoi donc?

– Mais c’est vrai… Tu ne sais pas encore.

Alors il lui apprit le secret de son cœur, et la double vie qu’il menait, avec quelle splendide espérance au bout. Jusqu’ici il ne lui en avait jamais parlé. Il connaissait trop bien cette tête à l’évent, pleine de lacunes et de fentes, pour lui confier ses projets de bonheur. Il craignait trop la révélation qu’elle n’aurait pas manqué de faire à d’Argenton; et l’idée que son rêve d’amour traînerait dans cette maison où il ne se connaissait que des haines, le révoltait, lui faisait peur. Il se méfiait du poète, de son entourage, et son bonheur lui aurait semblé compromis entre leurs mains. Mais à présent que sa mère était revenue à lui, à présent qu’il la tenait enfin, indépendante et seule, il pouvait lui parler de Cécile, se donner cette joie suprême. Jack raconta donc son amour avec l’ivresse, la fougue de ses beaux vingt ans, l’éloquence qu’il trouvait dans la sincérité de sa parole et dans cette maturité d’impressions qu’il devait à ses souffrances passées. Hélas! sa mère ne le comprenait pas. Tout ce qu’il y avait de grand, de sérieux, dans l’affection de ce déshérité lui échappait. Quoique très sentimentale, l’amour n’avait pas la même signification pour elle que pour lui. En l’écoutant, elle était émue comme à un troisième acte du Gymnase, quand l’ingénue, en robe blanche, en tablier à bretelles roses, écoute la déclaration de l’amoureux frisé au fer, en veston. Elle se pâmait d’aise, le cou tendu, les mains ouvertes, doucement chatouillée par cette passion ingénue qui la faisait sourire: «Oh! que c’est gentil, que c’est gentil! disait-elle tout le temps; comme vous devez être mignons tous les deux! ça fait penser à Paul et Virginie.» Mais ce qui la frappait surtout c’était ce que l’histoire de Cécile avait d’imprévu, de compliqué, d’anormal. Elle interrompait Jack à chaque instant: «Tu sais que c’est un roman, un vrai roman… On en ferait une machine épatante.» «Machine épatante,» elle avait comme cela une foule de mots rapportés du milieu intellectuel. Heureusement qu’il y a des grâces d’état pour les amoureux parlant de leur passion, et que dans les réponses qu’on leur fait, ils n’écoutent en général que l’écho de leur propre parole. Jack savourait tous ses bons souvenirs, ses transes passées, ses projets, ses rêves, sans entendre les interruptions saugrenues de sa mère, sans s’apercevoir que, pour elle, toute cette histoire se résumait en une impression banale comme un refrain de romance, et légèrement apitoyée sur les naïvetés bêtasses de deux petits amoureux si innocents.

VI LA NOCE DE BÉLISAIRE

Jack était en ménage depuis huit jours à peine, lorsqu’un soir Bélisaire vint l’attendre à la sortie de l’atelier, la figure épanouie.

– Je suis bien content, Jack. Nous avons enfin un camarade. Madame Weber l’a vu, il lui va. C’est une affaire entendue. Nous allons nous marier.

Il était temps. Le malheureux dépérissait, maigrissait, surtout en voyant l’été s’avancer, et que l’arrivée des petits ramoneurs et des marchands de marrons ajournerait encore son bonheur; car pour ce camelot les saisons étaient personnifiées par les nomades de la rue, comme pour les gens de la campagne elles le sont par les oiseaux voyageurs. Trop soumis au destin pour se plaindre, il jetait son cri de: «Chapeaux, chapeaux, chapeaux!» avec une tristesse à donner envie de pleurer. De là vient sans doute la mélancolie que prennent à certains jours ces cris de Paris traduisant en des mots indifférents toutes les inquiétudes, toutes les détresses d’une existence. Le ton seul est significatif dans ces chansons toujours pareilles. Mais cherchez combien il y a de façons de crier: «Chand d’habits!» et si l’appel courageux du matin ressemble à celui du soir, à la mélopée éreintée, aphone, découragée, que le forain jette machinalement en rentrant à son domicile. Jack, qui avait été la cause involontaire du chagrin de son ami, fut presque aussi enchanté que lui de la bonne nouvelle qu’il venait d’apprendre:

1 ... 109 110 111 112 113 114 115 116 117 ... 136
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)