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Электронная книга - «Jack». Краткое содержание книги:

En décembre 1858, refusé par l'institution jésuite de Vaugirard, Jack, fils adultérin d'Ida de Barancy, une demi-mondaine, échoue dans le collège insalubre du mulâtre Moronval. Ida succombe au charme d'un des professeurs, le rimailleur d'Argenton, et quitte son riche amant pour son poète. Jack s'enfuit du collège et rejoint le couple après maintes tribulations. L'intelligence de l'enfant se développe au contact du docteur Rivals. Mais d'Argenton, qui ne l'aime pas, décrète qu'il sera ouvrier. Dans une île bretonne, Jack apprend son dur métier de fondeur chez les Roudic…
Roman noir, comme le Petit Chose, inspiré par une histoire authentique, Jack reprend la trame d'une enfance malheureuse, alors à la mode. La narration se centre sur le destin de Jack et en souligne l'implacable et fatal développement.
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Son nouvel atelier de la rue Oberkampf lui rappela Indret avec moins de grandeur. Ici, comme la place manquait, on avait superposé dans la même salle trois étages d’établis et de machines. Jack fut placé tout en haut sous un vitrage où tous les bruits de l’atelier, sa buée, sa poussière montaient en se confondant. Quand il s’appuyait à la rampe bordant une espèce de galerie où il travaillait, il apercevait un terrible outillage humain toujours en mouvement, les forgerons à leurs feux, les mécaniciens à leurs pièces, et en bas, vêtues de blouses qui leur donnaient l’aspect de jeunes apprentis, un certain nombre d’ouvrières occupées à des travaux de détail.

La chaleur était suffocante, d’autant plus qu’on ne sentait pas comme à Indret l’espace et le vent de mer autour des halles surchauffées, mais qu’on savait au contraire l’immense bâtiment resserré entre d’autres fabriques, aligné sur la rue, fenêtre à fenêtre, avec d’autres métiers fatigants. N’importe! désormais Jack était assez aguerri à la peine pour tout supporter; il se sentait élevé au-dessus des difficultés et des chagrins de sa condition, autant qu’à l’atelier il dominait la foule des travailleurs dont l’effort arrivait à ses oreilles dans une sonorité de cathédrale. Il se considérait là comme de passage, faisant sa besogne en conscience, mais la pensée toujours ailleurs.

Les autres compagnons s’en apercevaient bien. Ils le voyaient vivant à part d’eux, indifférent à leurs querelles ou à leurs rivalités. Les conspirations contre le singe ou le contre-coup, les batailles à la sortie, les nouveaux venus payant leur «quand est-ce [6],» les stations dans les assommoirs, les consolations, les mines à poivre, Jack ne se mêlait à rien, ne partageait avec les autres ni leurs plaisirs, ni leurs haines. Il n’entendait pas les plaintes sourdes, les grondements de révolte de ce grand faubourg, perdu comme un Ghetto dans la ville somptueuse, et faisant reluire de ses haillons tout le luxe qui l’environne. Il n’entendait pas les théories socialistes que la misère souffle à ces malheureux trop dépossédés et vivant trop près de ceux qui possèdent pour ne pas désirer un bouleversement général qui change tout à coup leur destinée infime. L’histoire et la politique professées sur le zinc du comptoir par la Balafre, le grand Louis, ou François la Bouteille, le laissaient également froid, histoire mêlée de livraisons à un sou, des drames ou des romans de Dumas, et dont tous les héros sortent de l’Ambigu. Je ne dirai pas que ses camarades eussent de l’amitié pour lui, mais on le respectait. Aux premières plaisanteries un peu trop fortes, il avait répondu par un regard si clair, un regard de blond, aigu et déterminé qui fit taire les railleurs; puis, on savait qu’il arrivait des chambres de chauffe, dont les batailles à coups de ringard sont célèbres chez les mécaniciens.

Aux yeux des hommes, cela suffisait pour le rendre presque sympathique; aux yeux des femmes, il possédait un autre prestige, cette lumière où marchent ceux qui aiment et qui sont aimés. Avec sa longue taille élégante, redressée maintenant par l’élan d’une volonté, sa tenue soignée, il faisait aux ouvrières, qui toutes avaient lu Les Mystères de Paris, l’effet d’un prince Rodolphe à la recherche d’une Fleur-de-Marie. Mais les pauvres filles perdaient les sourires fanés qu’elles lui jetaient, lorsqu’il traversait leur coin d’atelier plein de bavardages, toujours animé de quelque drame, presque toutes ayant un amant dans la fabrique, et ces liaisons amenant des jalousies, des ruptures, des scènes perpétuelles. À l’heure du déjeuner, quand sur le bord de l’établi elles prenaient leur maigre repas, les discussions s’allumaient entre ces créatures qui ne renonçaient pas à être des femmes, se coiffaient pour l’atelier comme pour le bal, et, en dépit des limailles de fer, des éclaboussures du travail, gardaient dans leurs cheveux un ruban, une épingle brillante, un reste de coquetterie.

En sortant de l’usine, Jack s’en allait toujours seul. Il avait hâte d’arriver dans son logement, de quitter sa blouse d’atelier et de changer d’occupation. Entouré de ses livres, petits livres scolaires aux marges desquels son enfance avait laissé bien des souvenirs, il commençait le labeur du soir et s’étonnait chaque fois des facilités qui lui venaient, de ce que le moindre mot classique ressuscitait en lui d’anciennes leçons apprises. Il était plus savant qu’il ne croyait. Parfois, cependant, des difficultés inattendues surgissaient entre les lignes, et c’était touchant de voir ce grand garçon, dont les mains se déformaient chaque jour aux lourdeurs du balancier, s’énerver à tenir une plume, la brandir, la jeter quelquefois dans un mouvement de colère impuissante. À côté de lui, Bélisaire cousait les visières de ses casquettes ou la paille de ses chapeaux d’été avec un silence religieux, la stupéfaction d’un sauvage assistant à des incantations de magicien. Il suait des efforts que faisait Jack, tirait la langue, s’impatientait, et quand le camarade était venu à bout de quelque passage difficile, lui-même hochait la tête d’un air vainqueur. Le bruit de la grosse aiguille du camelot traversant la paille épaisse, la plume de l’étudiant grinçant sur le papier, ses gros dictionnaires lourdement remués, emplissaient la mansarde d’une atmosphère de travail tranquille et saine, et quand Jack levait les yeux, il apercevait en face de lui, derrière les vitres, des lueurs de lampes laborieuses, des ombres actives prolongeant courageusement leur veillée, l’envers d’une nuit de Paris, tout ce qui rayonne au fond de ses cours pendant que ses boulevards s’allument.

Vers le milieu de la soirée, son enfant couché et endormi, madame Weber, pour économiser le charbon et l’huile, venait travailler auprès de ses amis. Elle raccommodait les effets du petit, ceux de Bélisaire et du camarade. Il avait été convenu que le mariage ne se ferait qu’au printemps, l’hiver étant pour les pauvres plein de surcharges et d’inquiétudes. En attendant, les deux amoureux travaillaient courageusement l’un à côté de l’autre, ce qui est encore une façon de se faire la cour. C’était déjà le ménage à trois qu’ils projetaient; mais il paraît que, pour Bélisaire, il y manquait encore quelque chose, car assis à côté de la porteuse de pain, il avait des attitudes mélancoliques, des soupirs sourds et rauques, comme les naturalistes ont remarqué que les grandes tortues d’Afrique en poussent sous leur lourde carapace pendant la saison des amours. De temps en temps, il essayait bien de prendre la main de madame Weber, de la garder un peu dans les siennes, mais elle trouvait que l’ouvrage en était retardé, et ils se contentaient de tirer leurs deux aiguilles en mesure, se parlant tout bas entre eux avec ce sifflement des grosses voix qui veulent se contenir.

Jack ne se retournait pas de peur de les gêner, et, tout en écrivant, il pensait: «Qu’ils sont heureux!»

Lui n’était heureux que le dimanche, le jour d’Étiolles.

Jamais petite-maîtresse n’eut autant de soin d’elle que Jack n’en prenait lui-même le matin de ce grand jour, à la lueur de la lampe allumée dès cinq heures. Madame Weber lui préparait d’avance du linge blanc, son vêtement de monsieur bien étalé au dos d’une chaise. Et en avant le citron, la pierre ponce, pour effacer les stigmates du travail! Il voulait que rien en lui ne rappelât le mercenaire qu’il était toute la semaine. C’est pour le coup que les ouvrières de chez Eyssendeck l’auraient pris pour le prince Rodolphe, si elles l’avaient vu partir là-bas.

Journée délicieuse, sans heures, sans minutes, d’une félicité ininterrompue! Toute la maison l’attendait, lui faisait accueil, le bon feu allumé dans la salle, les bouquets de verdure sur la cheminée, et la gaieté du docteur, et l’émotion de Cécile à qui la seule présence de son ami mettait sur tout le visage la rougeur d’un baiser épandu. Comme autrefois, quand ils étaient enfants, il prenait sa leçon devant elle, et le regard intelligent de la jeune fille l’encourageait, l’aidait à comprendre. M. Rivals corrigeait les devoirs de la semaine, les expliquait, en donnait d’autres, et le maître était en cela aussi courageux que l’élève, cet après-midi du dimanche, qu’à moins de visites imprévues le vieux médecin se gardait libre d’ordinaire, se trouvant presque exclusivement consacré à reprendre les livres de sa jeunesse pour les marquer, les annoter à l’usage d’un commençant. La leçon finie, quand le temps le permettait, on allait faire un tour dans la forêt, dépouillée, rouillée par les gelées, frissonnante et craquante, où couraient les lapins traqués et les chevreuils au découvert.

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