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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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« J’aime pas ça du tout, dit Sam tout juste derrière lui, haletant. La neige, ça va toujours quand on se lève par un beau matin, mais j’aime être au lit quand elle tombe. Elle devrait aller faire un tour du côté de Hobbiteville ! Ça plairait peut-être aux gens. » Hormis sur les hautes landes du Quartier Nord, les fortes chutes de neige étaient exceptionnelles dans le Comté, aussi y voyait-on un événement heureux, une occasion de s’amuser. Aucun hobbit encore vivant (sauf Bilbo) n’avait souvenance du Rude Hiver de 1311, quand des loups blancs avaient envahi le Comté par les eaux gelées du Brandivin.

Gandalf s’arrêta. La neige s’amoncelait sur son capuchon et ses épaules ; ses bottes étaient déjà ensevelies jusqu’à la cheville.

« C’est bien ce que je craignais, dit-il. Qu’en dites-vous maintenant, Aragorn ? »

« Que je le craignais aussi, répondit Aragorn ; mais c’était la moindre de mes craintes. Je savais qu’il risquait de neiger, mais les grandes chutes de neige sont rares aussi loin au sud, sauf en haute altitude. Or, nous n’en sommes pas là : nous sommes encore très bas, où les chemins sont normalement dégagés tout l’hiver. »

« Je me demande s’il s’agit d’une machination de l’Ennemi, dit Boromir. Dans mon pays, on dit qu’il peut régir les tempêtes des Montagnes de l’Ombre qui marquent les frontières du Mordor. Il a d’étranges pouvoirs et de nombreux alliés. »

« Son bras s’est certes allongé, dit Gimli, s’il peut faire descendre les neiges du Nord pour nous incommoder ici, à trois cents lieues de distance.

« Son bras s’est allongé », dit Gandalf.

Tandis qu’ils faisaient halte, le vent tomba et la neige diminua au point de cesser presque complètement. Ils repartirent d’un pas lourd. Mais ils n’avaient pas parcouru plus d’un furlong que la tempête reprit de plus belle. Le vent se mit à siffler et la neige se changea en un blizzard aveuglant. Bientôt, même Boromir trouva difficile de continuer. Les hobbits, presque pliés en deux, clopinaient derrière les plus grands, mais il était évident qu’ils ne pourraient aller beaucoup plus loin si la neige ne s’apaisait pas. Frodo se sentait des jambes de plomb. Pippin était à la traîne. Même Gimli, aussi solide qu’un nain pouvait l’être, grommelait en traînant les pieds.

La Compagnie s’arrêta soudain d’un commun accord, comme si une décision avait été prise sans qu’un seul mot ne soit prononcé. Dans les ténèbres environnantes, on entendait des bruits sinistres. Ce n’était peut-être qu’un jeu du vent dans les fentes et les ravines de la paroi rocheuse ; mais on aurait dit des cris stridents, et d’affreux hurlements de rire. Des pierres se mirent à rouler au flanc de la montagne, sifflant au-dessus de leurs têtes, ou s’écrasant tout près d’eux dans le sentier. Par moments, un grondement sourd se faisait entendre tandis qu’un gros rocher déboulait de hauteurs cachées.

« Nous ne pouvons continuer cette nuit, dit Boromir. Croira qui voudra que le vent est à l’œuvre ; il y a dans l’air des voix terribles, et ces pierres nous sont destinées. »

« Je crois pour ma part que le vent est à l’œuvre, dit Aragorn. Mais cela n’implique pas que vous ayez tort. Il y a dans le monde beaucoup de choses hostiles et malfaisantes qui ne portent pas dans leur cœur tous ceux qui vont sur deux jambes ; pourtant, elles ne sont pas les alliées de Sauron, mais suivent leurs propres desseins. Certaines sont de ce monde depuis plus longtemps que lui. »

« Le Caradhras était surnommé le Cruel et avait mauvaise réputation, dit Gimli ; et c’était il y a de longues années, alors que la rumeur de Sauron n’avait pas encore gagné ces terres. »

« Il importe peu de savoir qui est notre ennemi, dit Gandalf, s’il nous est impossible de repousser son assaut. »

« Mais que pouvons-nous faire ? s’écria Pippin d’une voix plaintive. Appuyé sur Merry et Frodo, il frissonnait.

« Soit nous arrêter ici, soit faire demi-tour, dit Gandalf. Il ne sert à rien de continuer. Un peu plus haut, si ma mémoire est bonne, ce sentier s’éloigne de la paroi et s’engage dans une dépression, large et peu profonde, au pied d’une longue pente raide. Nous n’y serions aucunement abrités de la neige ni des pierres – ni de quoi que ce soit d’autre. »

« Et il ne sert à rien de faire demi-tour tant que dure la tempête, dit Aragorn. Nous n’avons passé en montant aucun endroit plus abrité qu’ici, sous cette haute paroi. »

« Abrité ! marmonna Sam. Si c’est ça être abrité, autant dire qu’un mur et pas de toiture font une maison. »

La Compagnie se blottit alors au plus près de la paroi. Celle-ci faisait face au sud, et, non loin au-dessus de leurs têtes, elle était quelque peu saillante, ce qui, espéraient-ils, leur offrirait quelque protection contre le vent du nord et les éboulements de pierre. Mais des rafales tourbillonnantes les encerclaient de toutes parts, et la neige continuait de pleuvoir en nuages toujours plus épais.

Ils se ramassèrent les uns contre les autres, adossés contre la pierre. Bill le poney se tenait devant les hobbits d’un air patient mais abattu, et les protégeait un peu ; mais la neige dépassa bientôt ses jarrets, et elle continua de s’amonceler. Sans leurs compagnons plus grands, les hobbits n’auraient pas tardé à être complètement ensevelis.

Frodo fut pris d’une grande somnolence ; il se sentit sombrer rapidement dans un rêve vaporeux et chaud. Il croyait qu’un feu lui réchauffait les orteils, et parmi les ombres du côté opposé de l’âtre, il entendit monter la voix de Bilbo. Ton journal ne m’emballe pas tellement, lui dit-il. Tempêtes de neige le 12 janvier : ce n’était pas la peine de revenir nous le dire !

Mais je voulais me reposer et dormir, Bilbo, répondit Frodo avec effort – quand il se sentit secoué ; et il revint péniblement de cette léthargie. Boromir l’avait soulevé de terre et extirpé d’un nid de neige.

« Ce sera la mort des demi-hommes, Gandalf, dit Boromir. À quoi bon rester assis ici jusqu’à en avoir par-dessus la tête ? Nous devons faire quelque chose pour nous sauver. »

« Donnez-leur ceci, dit Gandalf, fouillant dans son bagage et sortant une flasque de cuir. Seulement une gorgée – pour chacun de nous. C’est une boisson très précieuse : du miruvor, le cordial d’Imladris. Elrond me l’a donné quand nous nous sommes séparés. Faites-le passer ! »

Aussitôt qu’il eut avalé un peu de cette chaude liqueur odorante, Frodo sentit son courage renouvelé et ses membres sortir de leur profond engourdissement. Les autres en furent aussi ragaillardis, retrouvant espoir et vigueur. Mais la neige, elle, ne faiblit pas. Ses tourbillons se firent plus épais que jamais, et le vent souffla encore plus fort.

« Que dites-vous d’un feu ? demanda soudain Boromir. Car nous sommes près d’avoir à choisir entre un feu et la mort, Gandalf. Nul doute que nous serons cachés à tous les regards hostiles quand la neige nous aura recouverts, mais cela ne nous aidera en rien. »

« Vous pouvez toujours en allumer un, si vous y arrivez, répondit Gandalf. S’il est des espions capables d’endurer cette tempête, alors ils peuvent nous voir, avec ou sans feu. »

Mais bien qu’ils eussent emporté du bois et des brindilles sur le conseil de Boromir, il s’avéra impossible, pour un Elfe et même un Nain, de produire une flamme capable de survivre aux bourrasques ou à l’humidité du combustible. Enfin, Gandalf consentit malgré lui à les aider. Ramassant un fagot, il l’éleva un moment, puis, avec une formule de commandement, naur an edraith ammen !, il y enfonça la pointe de son bâton. Un grand jet de flammes bleues et vertes jaillit aussitôt, et le bois pétilla et s’embrasa.

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