Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
« Ah ! mais quel ennui, quelle plaie ! » s’écria Pippin. La nouvelle – pas de feu et une nouvelle marche de nuit – venait de lui être annoncée, dès son réveil en fin d’après-midi. « Tout ça à cause d’une volée de corbeaux ! J’espérais un vrai bon repas ce soir : un petit quelque chose de chaud. »
« Eh bien, continuez à espérer, dit Gandalf. Peut-être aurez-vous droit à des festins inattendus. J’aimerais bien, quant à moi, fumer une pipe en tout confort, et me réchauffer un peu les pieds. En tout cas, nous sommes au moins sûrs d’une chose : il fera plus chaud à mesure que nous descendrons au sud. »
« Trop chaud, je gage, marmonna Sam à l’intention de Frodo. Mais je commence à penser qu’il serait temps d’entrevoir cette Montagne du Feu, et la fin de la Route, si vous voyez ce que je veux dire. J’ai cru au début que cette montagne-là, cette Cornerouge ou je ne sais trop, c’était celle qu’on cherchait, avant que Gimli nous fasse son discours. De quoi vous déboîter la mâchoire, c’te langue naine, on dirait bien ! » Sam n’entendait rien aux cartes ; et toutes les distances, dans ces étranges contrées, lui paraissaient si vastes qu’il en perdait le nord, pour ainsi dire.
Toute cette journée durant, la Compagnie demeura cachée. Les oiseaux noirs repassaient de temps en temps ; mais alors que le Soleil déclinant s’empourprait, ils disparurent au sud. La Compagnie prit la route au crépuscule. Tournant à demi vers l’est, ils se dirigèrent vers le Caradhras, dont la cime rougeoyait encore faiblement au loin, sous les derniers rayons du Soleil disparu. Le ciel s’estompa, et les blanches étoiles parurent une à une.
Sous la houlette d’Aragorn, ils trouvèrent un bon sentier. Frodo avait l’impression qu’il s’agissait des vestiges d’une route ancienne, autrefois large et ingénieusement tracée, menant de la Houssière au col des montagnes. La Lune, alors pleine, s’éleva au-dessus des cimes et jeta une pâle lumière qui donnait aux pierres une ombre noire. Nombre d’entre elles semblaient avoir été sculptées, mais il n’en restait plus que des ruines, jonchant le pays triste et désolé.
C’était l’heure la plus froide avant les premières lueurs de l’aube, et la lune était basse. Frodo leva les yeux au ciel. Soudain il vit ou sentit une ombre passer devant les étoiles hautes, comme si elles s’estompaient un moment avant de s’illuminer de nouveau. Il frissonna.
« Avez-vous vu quelque chose nous passer au-dessus de la tête ? » chuchota-t-il à Gandalf, qui marchait non loin devant.
« Non, mais je l’ai senti, qu’importe ce que c’était. Peut-être rien, seulement un mince nuage. »
« Il allait bien vite, alors, murmura Aragorn, et contre le vent. »
Rien d’autre ne se produisit cette nuit-là. Le matin suivant fut encore plus clair que celui de la veille. Mais l’air était de nouveau frisquet ; déjà, le vent retournait à l’est. Ils marchèrent encore deux autres nuits, grimpant constamment, mais toujours plus lentement, tandis que leur chemin serpentait parmi les collines et que les montagnes s’élevaient, de plus en plus proches. Au matin du troisième jour, le Caradhras se dressait devant eux : un imposant pic, couronné de neige argentée, mais aux flancs dénudés et abrupts, d’un rouge blafard, comme tachés de sang.
Le ciel avait un sombre aspect et le soleil était blême. Le vent avait tourné au nord-est. Gandalf renifla l’air et regarda en arrière.
« L’hiver se corse derrière nous, dit-il doucement à Aragorn. Au nord, les hauteurs sont plus blanches qu’elles ne l’étaient ; la neige descend sur leurs épaules. Ce soir, nous entreprendrons notre ascension vers la Porte de Cornerouge. Il se peut bien que des espions nous repèrent sur cette route étroite, et qu’un mal quelconque nous assaille ; mais le temps pourrait se révéler un ennemi plus mortel encore. Que pensez-vous maintenant de votre itinéraire, Aragorn ? »
Frodo surprit ces paroles, et il comprit que Gandalf et Aragorn poursuivaient un débat entamé bien avant. Il écouta d’une oreille inquiète.
« Notre itinéraire, du début à la fin, ne me dit rien de bon, comme vous le savez, Gandalf, répondit Aragorn. Et les périls, connus et inconnus, ne cesseront de grandir à mesure que nous avancerons. Mais il nous faut avancer ; et il ne sert à rien de différer notre passage des montagnes. Plus au sud, il n’y a aucun moyen de les franchir avant de parvenir à la Brèche du Rohan. De ce que vous nous avez dit de Saruman, ce chemin ne m’inspire pas confiance. Qui sait si les maréchaux des Seigneurs des Chevaux n’ont pas maintenant un autre maître ? »
« Qui sait, en effet ! dit Gandalf. Mais il est encore un chemin, autre que le col du Caradhras : le chemin sombre et secret dont nous avons parlé. »
« Mais n’en parlons pas davantage ! Pas pour le moment. Ne dites rien aux autres, je vous prie, tant qu’il n’apparaît pas clairement que c’est le seul moyen. »
« Il nous faut décider avant de continuer, répondit Gandalf. »
« Dans ce cas, retournons la question dans notre esprit, pendant que les autres dorment et se reposent », dit Aragorn.
En fin d’après-midi, alors que les autres terminaient leur petit déjeuner, Gandalf et Aragorn allèrent tous deux à l’écart et tournèrent leurs regards vers le Caradhras. Ses flancs étaient alors sombres et menaçants, et sa tête flottait dans un nuage gris. Frodo les observait, se demandant de quel côté pencherait le débat. Lorsqu’ils rejoignirent la Compagnie, Gandalf parla, et Frodo sut alors qu’il avait été décidé de braver les intempéries et le haut col. Il fut soulagé. Il ne pouvait deviner quel était l’autre itinéraire, le chemin sombre et secret, mais sa seule mention semblait décontenancer Aragorn, et Frodo n’était pas fâché de lui tourner le dos.
« D’après les signes que nous avons vus récemment, dit Gandalf, je crains que la Porte de Cornerouge ne soit surveillée ; et le temps qui se dessine derrière nous me fait également douter. Il pourrait y avoir de la neige. Nous devons autant que possible nous dépêcher. Même alors, il nous faudra plus de deux longues marches avant d’atteindre le sommet du col. L’obscurité viendra tôt ce soir. Nous devrons partir aussitôt que vous serez prêts. »
« J’ajouterai un conseil, si vous le permettez, dit Boromir. Je suis né dans l’ombre des Montagnes Blanches et je sais quelque chose des voyages sur les hauteurs. Nous aurons à affronter un froid glacial, sinon pire, avant d’être de l’autre côté. Nous ne gagnerons rien à rester secrets au point de mourir gelés. Quand nous partirons d’ici, où il se trouve encore quelques arbres et arbrisseaux, chacun d’entre nous devrait emporter un fagot de bois aussi gros qu’il le peut. »
« Et Bill pourrait en prendre encore un tantinet, pas vrai, mon gars ? » dit Sam. Le poney le regarda d’un air mélancolique.
« Très bien, dit Gandalf. Mais il sera interdit de nous servir de ce bois – sauf s’il s’agit de choisir entre le feu et la mort. »
La Compagnie se remit en route, à vive allure pour commencer ; mais le chemin devint de plus en plus abrupt et difficile à suivre. En maints endroits, la vieille route sinueuse avait pratiquement disparu, et se trouvait encombrée de nombreux éboulis. Il fit bientôt nuit noire sous d’épais nuages. Un vent cinglant tournoyait parmi les rochers. À minuit, ils étaient parvenus aux genoux des imposantes montagnes. L’étroit sentier serpentait à présent sous une série d’à-pics qui se dressaient sur leur gauche, surmontés des flancs implacables du Caradhras, invisibles dans l’obscurité ; à droite s’ouvrait un gouffre de ténèbres où le terrain s’abîmait soudain.
Ils gravirent un raidillon avec peine et s’arrêtèrent un instant en haut. Frodo sentit un toucher délicat sur sa joue. Il tendit le bras et vit de pâles flocons de neige se poser sur sa manche.
Ils continuèrent. Mais avant peu, la neige tombait dru, brouillant l’air tout entier et tourbillonnant sous les yeux de Frodo. Les formes sombres et courbées d’Aragorn et de Gandalf, à seulement quelques pas en avant, se distinguaient à peine.