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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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Les adieux avaient été faits devant l’âtre de la grand-salle ; et ils n’attendaient plus que Gandalf, qui n’était pas encore sorti de la maison. Les portes ouvertes laissaient entrevoir la lumière du feu, et une faible lueur rougeoyait à de nombreuses fenêtres. Bilbo, blotti dans une pèlerine, se tenait en silence sur le seuil auprès de Frodo. Aragorn était assis, la tête penchée sur les genoux ; Elrond était le seul à savoir tout ce que cette heure représentait pour lui. Les autres n’étaient que des formes grises dans l’obscurité.

Sam était debout auprès du poney, se curant les dents avec la langue et fixant un regard maussade sur les ténèbres au creux de la vallée, où la rivière rugissait sur les pierres ; son désir d’aventure était au plus bas.

« Bill, mon gars, dit-il, t’aurais mieux fait de pas venir avec nous. T’aurais pu rester ici à becter du bon foin jusqu’au moment des nouvelles pousses. » Bill remua la queue et ne dit rien.

Sam ajusta le paquet sur ses épaules et passa mentalement en revue tous les effets qu’il y avait rangés, se demandant anxieusement s’il n’avait pas oublié quelque chose : son grand trésor, sa batterie de cuisine, et la petite boîte de sel qu’il traînait toujours avec lui et qu’il remplissait chaque fois qu’il en avait l’occasion ; une bonne provision d’herbe à pipe (« loin d’être suffisante, je parie »), un briquet à amadou, des bas de laine, des pièces de linge, diverses petites choses appartenant à son maître, que Frodo avait oubliées et que Sam brandirait triomphalement en temps voulu. Il se les remémora tous un à un.

« De la corde ! marmonna-t-il. J’ai pas de corde ! Et pas plus tard qu’hier soir, tu te disais : “Sam, il te faudrait pas un bout de corde ? Tu vas le regretter si t’en as pas.” Eh bien, je le regretterai. C’est trop tard pour aller en chercher. »

À ce moment, Elrond sortit avec Gandalf, et il appela la Compagnie à lui. « Voici mes dernières paroles, dit-il à voix basse. Le Porteur de l’Anneau entreprend la Quête du Mont Destin. Lui seul se voit imposer une charge : celle de ne point jeter l’Anneau, de ne le livrer à aucun serviteur de l’Ennemi, et de ne même laisser quiconque le toucher, hormis les membres de la Compagnie et du Conseil, et ce, seulement en cas de grave nécessité. Les autres l’accompagneront en toute liberté, afin de l’épauler en chemin. Vous pourrez vous attarder, revenir, ou prendre d’autres routes, au gré du hasard. Plus vous irez loin, plus il vous sera difficile de battre en retraite ; mais nul serment ou obligation ne vous est imposé qui vous forcerait à aller plus loin que vous ne le souhaitez. Car l’étendue de votre courage ne vous est pas encore connue, et vous ne pouvez prévoir ce que chacun rencontrera sur la route. »

« Il est sans loyauté, qui tire sa révérence quand la route s’assombrit », dit Gimli.

« Peut-être, dit Elrond, mais que ne consente à marcher dans le noir celui qui n’a pas vu le soir. »

« Mais parole donnée peut fortifier le cœur qui tremble », dit Gimli.

« Ou le briser, dit Elrond. Ne regardez point trop en avant ! Mais partez maintenant de bon cœur ! Adieu, et que la bénédiction des Elfes, des Hommes et de tous les Gens Libres vous accompagne. Que les étoiles brillent sur vos visages ! »

« Bo, bonne chance ! bégaya Bilbo, grelottant de froid. J’imagine que tu ne pourras tenir un journal, Frodo, mon garçon, mais j’exigerai un récit complet quand tu reviendras. Et ne pars pas trop longtemps ! Adieu ! »

De nombreux autres membres de la maisonnée d’Elrond se tenaient dans l’ombre pour les voir partir, murmurant des adieux. Il n’y eut aucun rire, ni aucune chanson ni musique. Enfin, les voyageurs se détournèrent et se fondirent en silence dans le crépuscule.

Ils franchirent le pont et suivirent les longs sentiers en lacets qui menaient hors de la vallée échancrée de Fendeval ; et ils parvinrent enfin à la haute lande où le vent sifflait à travers la bruyère. Puis, jetant un dernier regard vers la Dernière Maison Hospitalière qui scintillait au-dessous d’eux, ils se lancèrent au cœur de la nuit.

Quittant la Route au Gué de la Bruinen, ils se tournèrent vers le sud et prirent d’étroits sentiers à travers les terres repliées. Ils comptaient suivre ce chemin à l’ouest des Montagnes sur bien des milles et des jours. Le pays était beaucoup plus rude et plus aride que dans la verdoyante vallée du Grand Fleuve, dans la Contrée Sauvage, de l’autre côté de la chaîne ; ainsi leur progression serait lente, mais de cette manière, ils espéraient échapper à la vigilance des regards hostiles. Les espions de Sauron avaient encore rarement été vus dans ces terres désolées, et les chemins étaient peu connus, sinon des gens de Fendeval.

Gandalf allait en tête, accompagné d’Aragorn, lequel connaissait ce pays même dans le noir. Les autres suivaient à la file, et Legolas, qui avait les yeux perçants, servait d’arrière-garde. La première étape de leur voyage fut difficile et ennuyeuse, et Frodo ne put se rappeler grand-chose, mis à part le vent. Pendant bien des jours sans soleil, une bise mordante descendit des Montagnes à l’est : aucun vêtement ne semblait à l’épreuve de ses doigts tâtonnants. Quoique la Compagnie fût bien vêtue, elle se sentait rarement au chaud, en mouvement comme au repos. Chacun dormait comme il le pouvait en plein après-midi, blotti dans quelque creux du terrain ou caché sous les épais buissons d’épines qui s’agglutinaient en maints endroits. Vers la fin de journée, ils étaient réveillés par la garde et prenaient leur repas principal : froid et triste le plus souvent, car ils s’aventuraient rarement à allumer un feu. Le soir venu, ils reprenaient la route, toujours autant que possible vers le sud.

Les hobbits avaient beau marcher et trébucher jusqu’à épuisement, ils eurent d’abord l’impression qu’à ce train d’escargot, ils n’arriveraient jamais nulle part. Chaque jour, le pays ne semblait pas bien différent de celui de la veille. Pourtant, les montagnes ne cessaient d’approcher. Au sud de Fendeval, elles s’élevaient toujours plus haut et s’incurvaient vers l’ouest ; et sur les contreforts de la chaîne principale s’entassait, toujours plus large, un pays de mornes collines et de profondes vallées remplies d’eaux turbulentes. Les sentiers étaient peu nombreux et détournés, et les menaient souvent au bord de quelque précipice, ou dans de perfides marécages.

Ils étaient partis depuis quinze jours quand le temps se mit à changer. Le vent tomba soudainement, puis il tourna au sud. Les nuages pressés se levèrent et s’évaporèrent, et le soleil apparut, pâle et lumineux. Vint alors une aube claire et froide au terme d’une sombre marche de nuit, longue et trébuchante. Les voyageurs parvinrent à une crête basse, coiffée d’antiques houx dont les troncs gris-vert semblaient avoir été taillés à même la roche des collines. Leurs feuilles sombres luisaient, et leurs baies rougeoyaient à la lumière du soleil levant.

Loin au sud, Frodo voyait vaguement se dessiner de hautes montagnes qui semblaient se tenir en travers du chemin que la Compagnie avait choisi. À gauche de cette haute chaîne s’élevaient trois cimes : la plus haute, et aussi la plus proche, se dressait telle une dent couronnée de neige ; son vaste flanc nord, un à-pic dénudé, restait en grande partie dans l’ombre, mais des rayons obliques l’effleuraient et le faisaient rougeoyer.

Gandalf se tint au côté de Frodo et scruta l’horizon sous sa main tendue. « Nous avons fait bonne route, dit-il. Nous voici aux frontières du pays que les Hommes appellent la Houssière ; de nombreux Elfes vivaient ici en des jours plus heureux, du temps où il portait le nom d’Eregion. Nous avons parcouru quarante et cinq lieues à vol d’oiseau, bien que nos pieds aient marché de longs milles supplémentaires. Le pays et le temps seront maintenant plus doux, mais peut-être d’autant plus dangereux. »

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