Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Биографии и мемуары » Comédie française — Ça a débuté comme ça…
Comédie française — Ça a débuté comme ça… - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Comédie française — Ça a débuté comme ça…

Электронная книга - «Comédie française — Ça a débuté comme ça…». Краткое содержание книги:

Il nous a fait redécouvrir La Fontaine, Rimbaud et Céline. Il incarne l'esprit et le panache de la langue française.
En prose, en vers et même en verlan, il a donné sa voix à d'immenses auteurs, auxquels il sait faire respirer l'air de notre temps — en racontant la fureur du Misanthrope à l'ère du téléphone portable, ou la sensualité de « La Laitière et le pot au lait » sur l'air d'une publicité pour Dim.
Il a quitté l'école à quatorze ans pour devenir apprenti coiffeur. Il est aujourd'hui l'un de nos plus grands comédiens, célébré pour ses lectures-spectacles, couronné par la Mostra de Venise pour son rôle dans son dernier film, L'Hermine.
Dans son autobiographie, Fabrice Luchini livre le récit d'une vie placée sous le signe de la littérature, à la recherche de la note parfaite.
1 ... 7 8 9 10 11 12 13 14 15 ... 34
Перейти на страницу:

Je suis Alceste.

Et je m’indigne parce que la relation la plus élémentaire, la courtoisie, l’échange de regards ont été anéantis pour être remplacés par des rapports mécaniques, fonctionnels, performants, dépourvus de mélodie. Dans le train, dans la rue, nous sommes contraints d’entendre des choses que nous aurions considérées, même, comme indignes en famille. Et les femmes ? Être présent, se promener, regarder un visage féminin, « celle qu’on voit apparaître et qui s’évanouit », ce n’est plus pareil. On les voit ouvrir des portes de voiture et les refermer le portable à l’épaule et elles règlent en même temps le problème des enfants. La colonne vertébrale devient inélégante. La rue qui était un matériau d’inspiration, de poésie, de virtualité ; la rue qui pouvait être un objet de réflexion pour celui qui se prenait pour Socrate ou un lieu de drague s’il se prenait pour Roland Barthes est envahie de petites entreprises qui n’ont pas de clients. Nous vivons un chômage de masse, il y a mille personnes qui perdent leur emploi par jour et nous sommes transformés en PME vagabondes. Ils déambulent, totalement affairés. Mais cela se fait avec notre consentement : tout le monde est d’accord, tout le monde est sympathique. Et la vie qui doit être privée est offerte bruyamment. Les problèmes d’infrastructures des vacances du petit à Chamonix par rapport au grand frère qui n’est pas très content, le problème du patron qui est méchant.

Alceste certainement aurait voulu se battre contre cette tyrannie. Il ne se rend pas compte que le combat est perdu d’avance. Il crie. Il se révolte. Philinte lui répond :

Le monde par vos soins ne se changera pas ; Et puisque la franchise a pour vous tant d’appas, Je vous dirai tout franc que cette maladie, Partout où vous allez, donne la comédie, Et qu’un si grand courroux contre les mœurs du temps Vous tourne en ridicule auprès de bien des gens.[40]

Et Philinte s’adapte au portable.

Évidemment, Philinte incarne un contrepoint qui le hisse à la dimension d’un moraliste. On ne fait pas assez attention aux réponses de Philinte, face à l’exaspération d’Alceste dans ses furies, parce que cette réplique est usée à force d’avoir été tellement entendue. Philinte dit : « Mon Dieu, des mœurs du temps mettons-nous moins en peine. » Ce n’est pas une morale mais c’est un état. Il ne moralise pas, il affirme un nouveau son :

Mon Dieu, des mœurs du temps mettons-nous moins en peine, Et faisons un peu grâce à la nature humaine ; Ne l’examinons point dans la grande rigueur, Et voyons ses défauts, avec quelque douceur.[41]

Vous vous rendez compte de ce qui se dit, là ? Vous prenez conscience de ce nouveau code offert à Alceste qui n’entend rien ?

Il faut, parmi le monde, une vertu traitable.

Espèce de couillon, accepte le portable !

À force de sagesse, on peut être blâmable ; La parfaite raison fuit toute extrémité, Et veut que l’on soit sage avec sobriété.

Regardez comment Philinte s’adapte au portable :

Je prends tout doucement les hommes comme ils sont, J’accoutume mon âme à souffrir ce qu’ils font.[42]

Est-ce que nous entendons ce qui se dit là ? Il dit qu’il prend doucement — voyez l’importance du « doucement » — les hommes comme ils sont. Il accoutume son âme à souffrir ce qu’ils font.

C’est évidemment Philinte qui a raison.

« Il est bon de cacher ce qu’on a dans le cœur », dit-il encore. On a envie de dire, encore une fois, acceptons le retentissement de la puissance évocatrice de cette phrase, voyons les conséquences dans votre vie.

Le Misanthrope, ça n’est pas de la littérature. Il n’y a aucun souci rhétorique. La langue sort du corps et non pas du cerveau : c’est un produit organique qui fait avancer l’action. Rien n’est descriptif, orné. Tout est immédiatement compréhensible. Comme dirait Jouvet, une phrase de Molière n’est pas du joli langage, les phrases sont les « cicatrices du poète ».

Chez Jean-Laurent Cochet, on travaillait inlassablement cette scène. Travailler Molière : pourquoi cette épreuve est-elle évidente, nécessaire ?

Pour mille raisons, dont les principales me semblent le génie de la situation et la confrontation à ce que Jouvet appelle le « marbre » : Molière, dit Jouvet, c’est du marbre, on ne peut le faire plier, on ne peut le réduire à nous-mêmes, il nous délivre du narcissisme de la modernité en nous obligeant à nous mesurer aux constantes de l’âme humaine, parce qu’il a sécrété, produit, créé des scènes et des personnages qui ont une puissance éternelle[43]. La langue est propulsée par un turbo, le corps, les muscles. Il y a si peu de joliesse, de raffinement français chez lui. C’est une langue en marche. Molière, c’est un immense graphologue organique. Il serait criminel d’apporter sa petite colère personnelle dans l’échange qui va suivre :

PHILINTE

Il est bien des endroits, où la pleine franchise Deviendrait ridicule et serait peu permise ; Et parfois, n’en déplaise à votre austère honneur, Il est bon de cacher ce qu’on a dans le cœur. Serait-il à propos et de la bienséance De dire à mille gens tout ce que d’eux on pense ? Et quand on a quelqu’un qu’on hait ou qui déplaît, Lui doit-on déclarer la chose comme elle est ?

ALCESTE

Oui…

PHILINTE

Quoi ? vous iriez dire à la vieille Émilie Qu’à son âge il sied mal de faire la jolie ? Et que le blanc qu’elle a scandalise chacun ?

ALCESTE

Sans doute.

PHILINTE

À Dorilas, qu’il est trop importun, Et qu’il n’est, à la cour, oreille qu’il ne lasse, À conter sa bravoure et l’éclat de sa race ?

ALCESTE

Fort bien.

PHILINTE

Vous vous moquez.

ALCESTE

Je ne me moque point, Et je vais n’épargner personne sur ce point. Mes yeux sont trop blessés et la cour, et la ville Ne m’offrent rien qu’objets à m’échauffer la bile : J’entre en une humeur noire, et un chagrin profond, Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font ; Je ne trouve partout que lâche flatterie, Qu’injustice, intérêt, trahison, fourberie ; Je n’y puis plus tenir, j’enrage, et mon dessein Est de rompre en visière à tout le genre humain.[44]
вернуться

40

Molière, Le Misanthrope, Acte I, scène 1, GF, Flammarion, 2013, p. 42.

вернуться

41

Molière, Le Misanthrope, op. cit., p. 44.

вернуться

42

Molière, Le Misanthrope, op. cit., p. 41.

вернуться

43

Louis Jouvet, Molière et la comédie classique, Gallimard, 1965, p. 12.

вернуться

44

Molière, Le Misanthrope, op. cit., p. 41–42.

1 ... 7 8 9 10 11 12 13 14 15 ... 34
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)