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À San Pedro ou ailleurs…

Электронная книга - «À San Pedro ou ailleurs…». Краткое содержание книги:

VOUS CROYEZ QUE LES MOUCHES AIMENT LE WHISKY ?
IL y a des gens bizarres dans les bars, la nuit…
Des hommes et des femmes accrochés à la rampe du comptoir pour « laisser souffler » leur destin.
Des hommes, des femmes qui se regardent, qui se sourient… se disent quelques mots, n'importe lesquels :
VOUS CROYEZ QUE LES MOUCHES AIMENT LE WHISKY ?
Et puis ils repartent dans la nuit, à la recherche d'un impossible bonheur, à la recherche d'eux-mêmes.
Ils s'en ont plus loin.
A San Pedro…
Ou ailleurs.
VOUS CROYEZ QUE LES MOUCHES AIMENT LE WHISKY ?
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— Ce type…

— Mon frère ?

— Oui, ton frère… Il est en plein cirage. Il voudrait retrouver sa bouleversante compagne d’une nuit. Le hasard lui vient en aide. En effet, imagine qu’il découvre le sac à main de cette personne dans sa voiture où elle l’avait oublié.

Geneviève fit la moue.

— Ça te chiffonne ? m’inquiétai-je.

— Je voudrais pas te vexer, mais tu as phosphoré dans le facile. Le sac à main dans la bagnole, c’est un peu comme l’assassin qui perdrait sa carte de visite sur les lieux du crime. Les spectateurs vont se tapoter le menton, dire que tu baisses…

— Écoute la suite. Il lâche ses occupations et reporte le sac à la dame. Il arrive devant une propriété hurlante de mauvais goût ; lui, c’est un esthète, la vue de cette baraque de B.O.F. le meurtrit, cisaille net son envie de revoir la femme en question. Il donne le sac à la domestique et se sauve littéralement.

— J’aime déjà mieux, apprécia Geneviève ; after ?

— Un moment de calme absolu suit. Mon héros se sent délivré. Il reprend goût au quotidien. Mais cette accalmie est de courte durée, il suffit de quelques verres d’alcool pour que revienne, insistante, la nostalgie de l’inconnue.

— C’est plus une inconnue s’il a son adresse. Alors ?

Je me versai un verre de vodka et l’avalai.

— Alors il traverse une période trouble. Il n’a plus de moral, tout lui paraît gris et superflu. Et, devine ce qui se passe ?

Je venais de prendre une décision : celle de jouer mon spleen à pile ou face et de me comporter selon l’hypothèse qu’allait formuler ma petite camarade.

— Ben, réfléchit-elle, il téléphone à sa bonne femme, puisque maintenant il sait où elle perche.

— Et que lui dit-il ?

Geneviève me dévisagea avec attention, après quoi elle s’allongea sur le lit, tira sa jupe sur ses cuisses, moins par pudeur que pour ne pas la froisser, et soupira :

— T’es casse-pieds quand tu as le béguin, toi. Appelle-la et cesse de me vendre tes vannes. Tu trouveras bien quoi lui dire !

Un homme est toujours stupéfait de voir ses astuces percées à jour par une femme. Nous restons jusqu’à la mort des petits garçons gauches qui ne savent pas mentir.

— Qu’est-ce que tu racontes !

— Moi, la vérité ! Je sentais bien que tu voguais en plein cafouillage. Ton héroïne, tu te l’es faite ?

Vaincu, je secouai négativement la tête.

— Alors, dépêche-toi de l’amener ici ! Ensuite, je te prédis que tu verras les choses autrement.

Elle m’adressa un rire tendre.

— Un vrai puceau, t’as quel âge ?

— Trente-neuf !

— Bientôt génaire et toujours vierge, ricana Geneviève, ta maman t’a donc rien dit quand tu t’es marié, Jeannot ?

D’une souple détente, elle quitta le lit et erra dans la pièce pour récupérer ses vêtements dispersés. Elle enfila ses chaussures sans se baisser, passa sa veste lestée d’une chaînette dorée et rechargea ses lèvres épaisses.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Juste le temps de foncer chez Carita.

— Dis, tu ne vas pas me laisser, Viève ! Je suis en plein cirage !

— Tout ce que je pouvais pour toi, c’était te donner un bon conseil : téléphone-lui.

— Mais on n’a pas parlé de ton rôle.

Elle s’approcha, me prit la bouche entre ses deux mains et, de la sienne, effleura la grosse lippe qu’elle avait fait naître.

— Mon rôle est terminé, mon chou. Quant à l’autre, s’il existe, tu me l’enverras par la poste.

Elle me lâcha et balança un instant un sourire attendri.

— T’es mignon, tout de même. Si les gens qui voient flamboyer ton nom au fronton de cinés se doutaient que tu es si môme, ça chamboulerait leur notion des valeurs.

Elle se regarda une dernière fois dans la glace.

— Y a pas de grands hommes, affirma-t-elle en passant la porte. Y a pas de grands hommes !

J’étais content de la voir s’en aller. Je n’avais plus envie d’elle ni de sa présence. Je me jetai à plat ventre sur mon lit et me distendis pour attraper le téléphone.

— Appelez-moi une propriété qui s’appelle « Les Étangs », à Montfort-l’Amaury, dis-je à la standardiste.

Je raccrochai.

Quelque chose était en train de se mettre en marche. Cela commençait par des fiches de couleur sur le poste d’un central téléphonique.

Mon destin courait le long des fils sur lesquels des oiseaux perchés ressemblaient à des notes de musique.

*

— Je vous passe Montfort…

Une sonnerie acide servait déjà de fond sonore à l’avertissement. Elle avait, semblait-il, des interruptions plus marquées que les sonneries téléphoniques normales. La petite vrille s’enfonçait dans mon tympan et se figeait, pour plonger plus profondément au spasme suivant. On ne devait pas beaucoup utiliser le téléphone chez les Carbon. J’imaginai l’appareil, abandonné dans un bureau dont l’infirme n’avait que faire. À la fin on décrocha.

— J’écoute ! fit une voix d’homme.

C’était le mari. Son timbre épais lui ressemblait. Toute sa masse pesait sur son « j’écoute ».

— Monsieur Dubois ? demandai-je précipitamment.

— Vous faites erreur.

— Excusez-moi.

Il coupa la communication d’un geste brutal qui me fit l’effet d’une gifle.

« Salaud, va ! »

Je plantai férocement le combiné sur sa fourche.

« N’insiste pas, m’exhortai-je, c’est le genre de journée au cours de laquelle tout va mal, rien n’aboutit. Dans ces conditions-là, on gobe deux « Mérinax » et on attend que ça passe. La loi d’Azaïs : moitié grisaille, moitié soleil. Demain, peut-être, ferait-il beau ? Mais ne sont sages que les gens raisonnables.

J’avais toujours été le contraire d’un homme raisonnable, aussi me rhabillai-je en hâte.

*

J’attendis près de deux heures, au volant de ma voiture arrêtée à cent mètres de leur foutue maison. Je me délectai de sa hideur…

Un long mur de pierres grises courait sur ma droite. D’énormes pousses de lierre festonnaient sur le faîte de cette enceinte romantique. À gauche, le mur des « Étangs », éclatant de blancheur, ressemblait à une insolence de plâtre. Il nourrissait l’instinctive haine que je vouais au mari de Danièle. Je ne lui en voulais pas d’être son époux, mais d’être un homme grotesque. Ce butor enrichi la forçait de vivre dans un cadre indigne. Je pressentais ce que devait être leur existence dans ce cube de béton. Danièle y étouffait. Ses frasques nocturnes correspondaient à un besoin d’évasion. Elle était malheureuse.

Un bruit de pas me mit en éveil. Je jetai un regard dans mon rétroviseur et vis arriver la mulâtresse du matin. On devait lui accorder son samedi après-midi car elle portait un superbe manteau de drap beige à col de fourrure qui avait dû appartenir à sa patronne.

J’hésitai, mais dans l’état de surexcitation où je me trouvais, on a toutes les témérités.

— Mademoiselle ! l’appelai-je.

Elle avait déjà reconnu ma voiture. L’inconvénient de ces autos est qu’elles ne passent pas inaperçues.

Docile, la jeune fille s’approcha.

— Je voudrais vous demander un service…

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