Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
À San Pedro ou ailleurs… - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

À San Pedro ou ailleurs…

Электронная книга - «À San Pedro ou ailleurs…». Краткое содержание книги:

VOUS CROYEZ QUE LES MOUCHES AIMENT LE WHISKY ?
IL y a des gens bizarres dans les bars, la nuit…
Des hommes et des femmes accrochés à la rampe du comptoir pour « laisser souffler » leur destin.
Des hommes, des femmes qui se regardent, qui se sourient… se disent quelques mots, n'importe lesquels :
VOUS CROYEZ QUE LES MOUCHES AIMENT LE WHISKY ?
Et puis ils repartent dans la nuit, à la recherche d'un impossible bonheur, à la recherche d'eux-mêmes.
Ils s'en ont plus loin.
A San Pedro…
Ou ailleurs.
VOUS CROYEZ QUE LES MOUCHES AIMENT LE WHISKY ?
1 ... 6 7 8 9 10 11 12 13 14 ... 57
Перейти на страницу:

Je le remerciai piteusement. Quand il eut raccroché je lançai un « merde » retentissant qui fit glousser une jeune femme dans la cabine contiguë. Marcé devait raconter ma crise de conscience à Barnaque en préparant ses grillades.

— Ça ne va pas, monsieur Debise ? me demanda René, le standardiste.

J’éludai sa question. Au fait, pourquoi cela n’allait-il pas ? À cause de cette petite nymphomane ou à cause de mon divorce ? À moins que cela ne provienne de mon manque d’ardeur au travail ? Ou de ma solitude à l’hôtel ? Sans compter mes libations exagérées… Bref, ça résultait d’un ensemble.

— Je me fais ch…, René !

Il sourit, cligna de l’œil.

— Dans ces cas-là, il ne faut pas rester seul, monsieur Debise.

Je lui rendis son sourire.

— Vous avez raison, demandez-moi Gravelle.

Il possédait une mémoire stupéfiante. Dès qu’un habitué lui réclamait trois ou quatre fois la même communication, il suffisait ensuite de lui annoncer le Central pour qu’il compose dès lors tout le numéro.

Geneviève me répondit entre deux bâillements qui vous donnaient envie de retourner vous coucher.

— Tiens, l’oiseau rare, fit-elle, qu’est-ce que tu deviens ?

— Je vais bientôt te mettre sur un coup, l’attaquai-je.

— Je connais ta chanson : tu m’auras mise sur un canapé avant, en bonne bécasse que je suis.

Elle était starlett et se donnait généreusement à tous les hommes susceptibles de lui décrocher un rôle. Dans mon clan elle servait d’extra. Jusque-là, malgré sa bonne volonté, sa carrière cinématographique n’allait pas au-delà d’une modeste figuration.

— Cette fois il s’agit d’un truc intéressant, mentis-je.

— J’aurai plus de dix secondes de présence à l’écran ?

— Tais-toi, c’est presque un second rôle. Il faut qu’on en discute.

— Dans ta chambre, naturellement ?

— On y est tranquille, non ?

Elle hésita, mais mollement, cela se devinait à la qualité de son silence.

— Je devais aller « au coiffeur » à deux heures. Si j’y vais pas aujourd’hui, demain ce sera dimanche, et après-demain lundi.

— Quand bien même tu irais te faire friser, ma belle, rien ne pourrait empêcher que ce soit dimanche demain et lundi après-demain. Viens décoiffée, je hais les femmes sophistiquées.

Je raccrochai pour couper court à ses ultimes et inutiles objections. Geneviève aurait eu un rendez-vous à l’Élysée, le premier perchman venu était capable de le lui faire annuler.

Elle vint me rejoindre au George V une heure plus tard. Je l’attendais, en robe de chambre, devant une table roulante chichement garnie de caviar, de vodka et de poulet froid marbré de truffes.

Geneviève était une petite boulotte agréable avec un visage marrant, une mise toujours soignée et une conversation moins bête que son personnage.

— Mince ! s’exclama-t-elle en louchant sur les mets de choix, tu vas me proposer de jouer la Dame aux Camélias ! Je me déloque tout de suite ?

Son tailleur Chanel, dans les tons verts, s’harmonisait très bien avec sa chevelure roux vénitien.

— Non, reste habillée.

Elle haussa un sourcil.

— Toute la journée ?

— Oui !

Geneviève lissa doucement les revers de son deux-pièces.

— Dis, tu permets : il est flambant neuf et avec le prix que je l’ai payé j’aurais pu acheter au moins dix lignes d’un de tes scénarios !

— Je le dorloterai !

— Tu parles ! Toi, quand tu t’envoles, on a l’impression que tu joues « Typhon sur Nagasaki ». Qu’est-ce qui te prend de vouloir me faire ça habillée ?

Je ne répondis pas. Je revoyais la robe fripée de Danièle à la terrasse de la brasserie. Je retrouvais son odeur, pour la première fois de la journée. Une odeur extraordinairement sensuelle.

Nous déjeunâmes et je bus une forte quantité de vodka. J’avais les oreilles rouges en quittant la table.

— T’es pas causant, déplora Geneviève. Je te trouve tout chose aujourd’hui.

— C’est vrai, en ce moment j’ai une certaine difficulté d’être.

— Tu veux que je te dise ? Ça vient du foie. T’as le blanc des yeux jaune comme un vieux bourrin. Tu sais que ça existe, le vichy, et que c’est pas mauvais à boire ? Bon, si tu me parlais de ce rôle ? J’eus un geste évasif.

— Rien ne presse…

— D’autant plus qu’il est pas encore écrit, hein ? ajouta-t-elle amèrement. Toujours des salades, des promesses-bidon. On dirait que ça vous amuse, les hommes, d’être dégueulasses. Si tu as envie de moi, c’est pas la peine de m’appâter avec des bobards, je sais me contenter de caviar.

J’eus honte. Je lui pris la taille. Un grand élan de sincérité m’anima. Il ne durerait pas, mais il était sincère. Dans la foulée, je croyais toujours pouvoir réaliser les promesses que m’arrachaient les acteurs.

— En voilà des façons de m’engueuler, puisque je te dis que tu vas avoir un rôle. Très chouette, même !

— Un rôle de quoi ?

Je fis par la pensée une rapide exploration du scénario en cours.

— De sœur, dis-je.

Ça la fit rire.

— Je vais être marrante avec une cornette, ma bigote de mère sera folle de joie.

— Crétine, il n’est pas question de religieuse ! Tu seras la sœur du héros.

— Ah ! bon, et ça consistera en quoi ?

— Il a un gros chagrin, il veut se buter, tu comprends ses funestes intentions et tu l’en empêches.

— En coupant le gaz ? Comme c’est Barnaque qui réalise ça va se traduire par un gros plan de ma main sur le robinet ; je connais sa théorie : faire parler l’objet !

— Tu veux bien me laisser t’expliquer au lieu de faire de l’esprit ?

Elle battit des cils.

— Go, homme ! Mais si tu permets je vais tomber la veste car la chaleur communicative des banquets me grimpe au bocal.

Elle ajouta en ponctuant d’un clin d’œil polisson.

— T’inquiète pas, je la remettrai pour. Alors, mon rôle de frangine vigilante ?

— Le gars tourne en rond dans sa chambre… Comme moi en ce moment… Il est dévasté par une bonne femme rencontrée au cours d’une virée nocturne. Il s’en rend compte par instants, surtout lorsqu’il en a un coup dans l’aile. Cette rencontre vient de chambouler bêtement sa vie. C’est comme un maléfice, un sortilège, tu suis ?

— Ouais ! c’est pas mal. Ensuite ?

— Quand il étudie son cas, il le trouve idiot. Quand il juge la dame en question, il l’estime névrosée, et pourtant il a besoin d’elle. C’est valable, non ?

— Tout dépend comment tu leur feras gober ça.

Naturellement, ce n’était pas le scénario que je lui racontais, depuis un instant, mais ma propre aventure. Manière indirecte de faire des confidences, de tester mes sentiments.

— Parce que tu trouves ça un peu louftingue ? m’inquiétai-je.

Geneviève s’assit sur le bord du lit et envoya promener ses chaussures à l’autre bout de la chambre.

— Évidemment, mais c’est du cinoche, après tout. Faut bien leur raconter des trucs abracadabrants pour les distraire, sinon ils resteraient devant leur télé…

Comme je me taisais, elle soupira :

— Ben, continue, tu m’intéresses !

— C’est un état d’âme, tu comprends.

— C’est enregistré. Mais faut des rebondissements, sinon y a rien qu’ennuie davantage le public que les états d’âme. Parce que je vais te dire : des états d’âme, tout le monde en a.

1 ... 6 7 8 9 10 11 12 13 14 ... 57
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)