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Электронная книга - «Jack». Краткое содержание книги:

En décembre 1858, refusé par l'institution jésuite de Vaugirard, Jack, fils adultérin d'Ida de Barancy, une demi-mondaine, échoue dans le collège insalubre du mulâtre Moronval. Ida succombe au charme d'un des professeurs, le rimailleur d'Argenton, et quitte son riche amant pour son poète. Jack s'enfuit du collège et rejoint le couple après maintes tribulations. L'intelligence de l'enfant se développe au contact du docteur Rivals. Mais d'Argenton, qui ne l'aime pas, décrète qu'il sera ouvrier. Dans une île bretonne, Jack apprend son dur métier de fondeur chez les Roudic…
Roman noir, comme le Petit Chose, inspiré par une histoire authentique, Jack reprend la trame d'une enfance malheureuse, alors à la mode. La narration se centre sur le destin de Jack et en souligne l'implacable et fatal développement.
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– En attendant quoi, Bélisaire?

– En attendant que nous soyons mariés, dit le camelot bravement, mais avec deux plaques de rouge sur les joues. Puis, voyant que Jack ne se moquait pas de lui, il continua: «Ce mariage est une affaire convenue entre nous depuis un bout de temps; et c’est un grand bonheur, bien inespéré pour moi, que madame Weber ait consenti à se remarier. Elle avait été si malheureuse avec son premier, un brigand qui buvait, qui la battait quand il avait bu… Si ce n’est pas un péché de lever la main sur une si belle femme!… Vous la verrez tout à l’heure, quand elle rentrera… Et si courageuse et si bonne!… Ah! je vous réponds que je ne la battrai pas, moi, et que si elle veut me battre, je la laisserai bien faire.

– Et quand comptez-vous vous établir? demanda Jack.

– Ah voilà! je voudrais bien que ce fût tout de suite. Mais madame Weber, qui est la raison même, trouve qu’au prix où sont les denrées, nous ne sommes pas assez riches pour nous mettre tous seuls en ménage, et elle voudrait que nous ayons un camarade.

– Un camarade?

– Dam! oui… On fait souvent cela dans le faubourg, quand on est pauvre. On cherche un camarade, garçon ou veuf, qui partage le fricot, la dépense. On le loge, on le blanchit, tout cela à frais communs. Vous pensez quelle économie pour tout le monde! Quand il y a pour deux, il y en a pour trois… Le difficile, c’est de trouver un bon camarade, quelqu’un de sérieux, d’actif, qui ne mette pas le désordre dans la maison.

– Eh bien! et moi, Bélisaire? me trouveriez-vous assez sérieux? Est-ce que je ne ferais pas votre affaire?

– Vraiment, Jack, vous consentiriez? Il y a une heure que j’y pense, mais je n’osais pas vous en parler.

– Et pourquoi?

– Dam? écoutez donc… C’est si misérable chez nous… Nous allons faire un si petit ménage… peut-être que notre ordinaire sera bien simple pour un mécanicien qui va gagner des six et des sept francs par jour.

– Non, non, Bélisaire. L’ordinaire ne sera jamais trop simple pour moi. Il faut que je fasse de grandes économies, que je sois bien raisonnable; car je songe aussi à me marier.

– Vraiment?… Mais alors vous ne pouvez pas faire l’affaire… dit le camelot consterné.

Jack se mit à rire et lui expliqua que son mariage à lui ne pourrait avoir lieu que dans quatre ans, et encore à la condition qu’il travaillerait bien jusque-là.

– Alors, c’est dit. C’est vous qui serez le camarade et un solide, et un vrai… Quelle chance tout de même de s’être rencontrés!… Quand je pense que si je n’avais pas eu l’idée d’acheter de la chaussure au petit… Chut!… Attention!… Voilà madame Weber qui rentre. Nous allons rire.

Un terrible pas d’homme, vigoureux et pressé, ébranlait l’escalier et la rampe. L’enfant l’entendit sans doute, car il poussa un beuglement de jeune veau, en tapant ses couvercles de casseroles sur la table.

– Voilà, voilà, m’ami!… Pleure pas mon mignon, criait la porteuse de pain consolant son enfant du fond du couloir.

– Écoutez… dit tout bas Bélisaire. On entendit une porte s’ouvrir, puis une exclamation suivie d’un éclat de rire jeune et sonore. La figure de Bélisaire, pendant ce temps-là, se plissait, se ridait de contentement.

Cette gaîté bruyante, que la minceur des cloisons répandait par tout l’étage, se rapprocha des deux amis et fit enfin son entrée dans la mansarde sous la figure d’une grande et vigoureuse femme du peuple de trente à trente-cinq ans, serrée dans un de ces longs sarreaux bleus à bavette avec lesquels les porteuses de pain se préservent de la farine. Celui de madame Weber faisait valoir une taille robuste et bien prise.

– Ah! farceur! dit-elle en rentrant, son enfant sur le bras… C’est vous qui avez fait ce coup-là… Mais voyez donc comme il est bien chaussé, mon garçon!

Et elle riait, elle riait, avec une petite larme dans le coin de l’œil.

– Elle est malicieuse, hein?… disait Bélisaire, riant à se tordre, lui aussi… Comment a-t-elle pu deviner que c’était moi?

Cette grande joie apaisée, madame Weber s’assit à la table, prit une tasse de café dans quelque chose qui pouvait bien être un ancien pot à moutarde; puis on lui présenta Jack comme le futur camarade. Je dois dire qu’elle accueillit d’abord cette idée avec une certaine réserve; mais quand elle eut bien examiné le postulant à cette distinction suprême, quand elle eut appris que Jack et Bélisaire se connaissaient depuis dix ans, et qu’elle avait en face d’elle le héros de la fameuse histoire du jambon, qu’on lui avait racontée tant de fois, sa figure perdit son expression de méfiance, elle tendit la main à Jack.

– Allons! je vois que cette fois Bélisaire ne s’est pas trompé… C’est que vous le connaissez, vous savez quelle bête à bon Dieu ça fait. Il m’a déjà amené une demi-douzaine de camarades dont le meilleur ne valait pas la corde pour le pendre. À force d’être bon, il en devient innocent. Si je vous racontais ce qu’ils lui ont fait souffrir dans sa famille! C’était la victime, la bête de somme; il nourrissait tout le monde et n’avait en retour que des avanies.

– Oh! madame Weber!… dit le brave camelot, qui n’aimait pas à entendre mal parler des siens.

– Eh bien! quoi, madame Weber?… Il faut bien que j’explique au camarade pourquoi je vous ai séparé de toute cette race-là; sans quoi j’aurais l’air d’avoir agi par intérêt, comme tant de femmes. Voyons! est-ce que vous n’êtes pas plus heureux maintenant que vous vivez à part et que votre travail vous profite un peu?…

Elle continua en s’adressant à Jack:

– J’ai beau faire, on l’exploite encore, allez! On lui envoie les plus petits, car ils sont là dedans une ribambelle d’enfants tout frisés, qui ont déjà les doigts crochus comme ce vieux juif de papa Bélisaire. Ils viennent ici quand je n’y suis pas, et ils trouvent toujours moyen d’emporter quelque chose. Je vous dis tout cela, Jack, pour que vous m’aidiez à le défendre contre les autres et contre lui-même, ce scélérat de trop bon cœur.

– Vous pouvez compter sur moi, madame Weber.

Alors on s’occupa d’installer le camarade. Il fut convenu que jusqu’au moment du mariage, il vivrait avec Bélisaire, coucherait dans la première pièce sur un lit de sangle. Les repas se feraient en commun, et Jack payerait sa part de logement et de nourriture tous les samedis. Après la noce, on verrait à s’installer plus grandement, et aussi un peu plus près de chez Eyssendeck.

Pendant que ces graves questions se discutaient, madame Weber, son enfant endormi sur le bras, préparait le lit du camarade, enlevait le couvert, rinçait la vaisselle, Bélisaire se mettait à coudre ses chapeaux, et Jack, sans perdre une minute, empilait les livres du docteur Rivals dans un coin du buffet en bois blanc, comme pour bien prendre possession de ce logis de travailleurs et se mettre à l’unisson des braves gens qui l’entouraient.

Quelques jours auparavant, quand il était encore à Étiolles, on l’eût bien étonné en lui disant qu’il recommencerait avec ardeur sa vie d’ouvrier sans en sentir l’humiliation ni la fatigue, qu’il rentrerait dans son enfer le cœur joyeux. Ce fut pourtant ce qui arriva. Oui, certainement, c’était l’enfer à traverser une seconde fois, mais Eurydice l’attendait au bout, patiente et drapée dans ses voiles d’épouse; il le savait, et ce but à ses efforts, à ses peines lui rendait le chemin facile.

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