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READ-E-BOOK » Научная фантастика » À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]
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À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]

Электронная книга - «À la fin de l'hiver [At Winter's End - fr]». Краткое содержание книги:

La chute des comètes avait apporté le long hiver, comme, cent millions d’années plus tôt, lorsque les dinosaures avaient disparu. L’Hiver durait depuis soixante-dix mille ans.
Le Peuple survivait à l’abri de son cocon souterrain, génération après génération. Et voilà que le Printemps, annoncé par la Tradition, était revenu. Le Peuple devait sortir et aller recueillir son héritage dans la glorieuse cité de Vengiboneeza. Mais était-il encore humain ?
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Le lendemain matin, Hresh s’attendait à subir le courroux de Koshmar, mais il se rendit compte avec un vif soulagement teinté de dépit que personne ne semblait avoir remarqué son absence.

Torlyri avait répété plus de cent fois les paroles qu’elle devait prononcer, mais à mesure qu’elle s’approchait du camp des Beng, les mots semblaient s’envoler et elle était incapable de les retenir, en proie à la plus totale confusion, complètement perdue, incapable même de parler sa propre langue.

Elle avait laissé trois jours s’écouler depuis le couplage avec Hresh, ne pouvant trouver le courage d’entreprendre plus tôt cette démarche. L’atmosphère était moite et un vent chaud soufflait sans relâche depuis le début de la matinée, soulevant dans les rues de la cité des nuages de poussière grise et les faisant tourbillonner tout autour d’elle. Elle avait songé à maintes reprises à faire demi-tour, tellement cette visite lui semblait être pure folie. Jamais elle ne parviendrait à se faire comprendre. Et même si elle réussissait, même si elle arrivait à trouver celui qu’elle allait voir, que se passerait-il ? Elle était sûre que tout cela ne pouvait que lui apporter de nouvelles souffrances et elle avait déjà bien assez souffert.

Le corps raide, le visage fermé, Torlyri s’obligeait à continuer, à suivre la longue et étroite avenue bordée de bâtiments blancs en ruine qui conduisait au quartier de Dawinno Galihine. A l’entrée du camp des Beng, une sentinelle casquée apparut et lui lança un regard interrogateur.

— Vous êtes attendue ? demanda l’Homme au Casque. Que venez-vous faire ici ? Qui venez-vous voir ?

Il s’était exprimé avec les intonations sèches et les jappements propres à la langue Beng qui, pour le Peuple, avait toujours été du charabia. Mais Torlyri n’eut aucune difficulté à comprendre. Cela avait marché ! Hresh avait tenu parole : elle comprenait leur langue !

Mais était-elle aussi capable de la parler ?

Les mots ne lui venaient pas. Ils étaient retenus au plus profond de son esprit et refusaient de monter jusqu’à ses lèvres. Elle voulait dire : Je suis venue voir l’homme à la cicatrice sur l’épaule. Mais elle était intimidée par cet homme qui s’était adressé à elle d’un ton dur, presque hostile, même si ses questions n’avaient été que de pure routine de la part d’un factionnaire. Elle sentit la peur l’envahir. La résolution qui l’avait poussée jusque-là n’avait jamais été très forte, mais Torlyri eut le sentiment qu’elle était en train de disparaître. Elle n’était venue voir personne ; ce n’était qu’un malentendu ; elle n’avait rien à faire là. Elle se retourna sans répondre et s’apprêta à faire demi-tour.

— Attendez ! ordonna le Beng. Où allez-vous ?

Elle s’arrêta, luttant contre elle-même, toujours incapable de dire un mot.

— S’il vous plaît… S’il vous plaît… réussit-elle enfin à articuler.

Et elle se rendit compte qu’elle avait parlé Beng. Comme c’était étrange de s’exprimer dans une langue différente ! Continue, se dit-elle. Achève ce que tu voulais dire. Je suis venue voir l’homme à la cicatrice sur l’épaule. Non, elle ne pouvait pas le dire, pas plus à cet étranger à la mine sévère qu’à qui que ce fût. Elle avait déjà énormément de peine à le murmurer dans le secret de son cœur.

— Vous êtes la femme-offrande ?

— Vous me connaissez ? demanda Torlyri en ouvrant de grands yeux ?

— Tout le monde vous connaît. Attendez ici, femme-offrande, ajouta-t-il. Voilà, ne bougez pas. Restez où vous êtes. Vous comprenez ?

Torlyri hocha la tête.

Je parle leur langue, songea-t-elle avec émerveillement. Je comprends ce qu’il me dit. Et quand j’ouvre la bouche, ce sont les mots de leur langue qui sortent.

La sentinelle pivota brusquement sur elle-même et disparut à l’intérieur du camp des Beng.

Torlyri se sentait toute tremblante. Il veut que j’attende, se dit-elle. Mais attendre quoi ? Attendre qui ? Que dois-je faire ?

Attends ! lui souffla une voix montant du plus profond de son être.

Très bien. Je vais attendre.

Plusieurs minutes s’écoulèrent et la sentinelle ne revenait toujours pas. Le vent chaud chargé de poussière s’engouffrait entre les deux rangées de bâtiments délabrés et soufflait avec une telle force qu’elle fut obligée de se protéger le visage. Elle eut une fois de plus envie de rebrousser chemin, discrètement, avant que la sentinelle revienne. Mais elle hésitait, partagée entre l’envie de partir et celle de rester. Son indécision finit par l’amuser. A ton âge ! se dit-elle. Pourquoi ces craintes, cette timidité ? On dirait une jeune fille ! Une très jeune fille !

— Femme-offrande ! Le voilà, femme-offrande !

La sentinelle revenait. Et il était avec elle. Elle n’avait même pas eu besoin de le demander ; la sentinelle savait qui elle était venue voir. C’était affreusement embarrassant ! Et, en même temps, tellement plus simple…

La sentinelle s’écarta et l’autre s’avança. Torlyri vit la cicatrice sur son épaule, ses grands yeux rouges au regard interrogateur, son casque doré au sommet arrondi. Elle se mit à trembler mais, prise d’une brusque colère contre elle-même, elle somma son corps de cesser. Nul ne l’avait obligée à affronter cette situation. C’était son propre choix. C’est elle qui avait provoqué tout cela.

Torlyri avait l’impression qu’elle allait fondre en larmes d’une seconde à l’autre. Elle ne parvenait pas à maîtriser ses sentiments. Elle avait trop peur : son âme était en danger ici. Tant qu’ils avaient été incapables de communiquer dans la même langue, leur petit flirt ne tirait aucunement à conséquence. Ce n’était qu’un jeu innocent, un agréable passe-temps. Elle pouvait toujours se dire qu’il ne se passait rien entre eux, qu’il n’y avait pas eu de promesse, qu’il n’y avait pas eu d’engagement. Et c’était la vérité.

Mais maintenant qu’elle comprenait le Beng…

Maintenant qu’elle pouvait exprimer ce qu’il y avait dans son cœur…

Le vent se faisait de plus en plus chaud et de plus en plus fort. Les épais nuages de poussière qu’il transportait obscurcissaient le ciel au-dessus de Dawinno Galihine. Torlyri avait l’impression que s’il gagnait encore un peu en violence, il pourrait jeter bas les fragiles bâtiments qui avaient résisté à sept cent mille ans de séismes et de tempêtes.

L’homme à la cicatrice la regardait bizarrement, cachant mal son étonnement de la voir ici, bien qu’elle se fût souvent rendue dans le camp des Beng. Ils demeurèrent tous deux silencieux pendant un très long moment.

— Femme-offrande… ? dit-il enfin.

— Je m’appelle Torlyri.

— Torlyri. C’est un très joli nom. Tu comprends ce que je dis ?

— Si tu parles lentement, oui. Et toi ? Est-ce que tu me comprends ?

— Tu parles très joliment notre langue. Très joliment. Ta voix est si douce.

Il leva les mains en souriant et les posa sur son casque. Il les laissa dans cette position pendant quelques instants, comme incertain de ce qu’il allait faire. Puis, d’un geste résolu, il défit la jugulaire de son casque et enleva sa coiffure. Jamais Torlyri ne l’avait vu sans son casque ; elle n’avait même jamais vu aucun des Beng nu-tête. La transformation était tout à fait déroutante. Il semblait avoir sensiblement rapetissé et sa tête paraissait minuscule. A part la couleur bizarre de sa fourrure et de ses yeux, il ressemblait maintenant à n’importe quel homme de la tribu du Torlyri.

La sentinelle qui était demeurée à l’écart toussa ostensiblement et s’éloigna. Torlyri comprit que l’acte d’enlever son casque devait représenter une invitation à des relations plus intimes, voire un engagement beaucoup plus profond. Son tremblement, qui s’était arrêté sans qu’elle s’en rende compte, reprit de plus belle.

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