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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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– Il vit !

À l'instant, elle retrouve force et courage.

– Je vais le soigner ! Je dois le sauver !

Elle s'affaira, poussée par une fièvre de rachat, un sentiment d'urgence. Si elle parvenait à arracher cet homme à la mort, se disait-elle, ils seraient tous sauvés.

C'était le signe. Le signe de la Rédemption, le signe du Ciel sur la Terre.

Le signe que veillait sur eux une force plus juste et miséricordieuse que celle des hommes.

Elle alla dans l'autre pièce attiser le feu sous des marmites d'eau.

Les enfants dormaient toujours.

Elle revint avec un pichet de boisson tiède, son coffre de médecines, ses instruments de chirurgie, de la charpie.

Au breuvage qu'elle voulait lui faire ingurgiter, elle avait ajouté une bonne dose d'alcool. Cela l'achèverait ou le ressusciterait. C'était un risque à prendre. Cependant, elle avait toujours fait confiance à la promesse que contient l'appellation latine : Aqua vitae : Eau-de-Vie.

Sous les lèvres noirâtres et desséchées, la mâchoire crispée était serrée comme un étau. Mais des dents manquaient qui avaient été brisées ou qui étaient tombées, pourries, et par les interstices, elle réussit à infiltrer goutte à goutte le breuvage. Cela lui prit un temps infini car elle craignait de voir déborder de la cavité buccale le précieux liquide, mais un imperceptible réflexe de déglutition dut se produire car la tasse se trouva vide et elle se persuada qu'au moins, sa médecine avait imprégné les papilles desséchées et qu'elle allait s'insinuer lentement et ranimer le corps pétrifié. Il faudrait veiller à ce qu'il ne se réchauffât pas trop vite car elle savait que, seul le froid l'avait maintenu en vie, l'engourdissant comme l'animal hivernant, et avait évité à ses plaies de se corrompre.

De son « eau » bienfaisante dont elle avait le secret, elle lava son visage, oignit les paupières soudées par le sang et la sanie, d'un baume émolliant. Il faudrait attendre pour entreprendre les brûlures de la poitrine car cela exigerait un travail de patience afin d'ôter les lambeaux d'étoffe noire qui y adhéraient.

Elle renonça à arracher le crucifix de son écrin de chair.

Maintenant, elle s'attaquait, pour dégager le corps sur toute sa longueur, au cuir épais et très dur de cet espèce de cocon dans lequel il avait été enveloppé et cousu entièrement de la tête aux pieds. Voyant, au chevet, un tronçon de corde qui pendait, elle pouvait imaginer qu'« ils » l'avaient traîné ainsi, à même la glace, pendant des lieues, le cuir à peine tanné, étant aussi résistant et lisse qu'un bois de traîne.

Corps ballotté par monts et par vaux enneigés, derrière ces Indiens demi-nus, Iroquois ou Abénakis, courant par bonds sur leurs raquettes, poursuivant une course hallucinée par la blancheur immaculée des jours, le noir des tempêtes sifflantes et des nuits, entraînant derrière eux ce corps, dans son linceul de cuir, tout cela pour aller le jeter sur le seuil d'une tanière où Angélique, la Dame du Lac d'Argent et ses jeunes enfants, abandonnés de tous, se mouraient de faim.

– Je ne vous comprendrai jamais, Indiens.

La cosse rugueuse se refermait sans cesse et elle dut la découper par plaques, comme une écorce. Sous l'enveloppe dure, elle fut surprise de trouver des sortes de coussins qui semblaient être là pour envelopper et capitonner le corps du martyr. Tirant à elle, elle amena un premier sac de peau de daim, gonflé et tendu, et, avant même d'en avoir dénoué le lacet, elle en avait deviné le contenu.

Comme la veille la déception, la joie aujourd'hui aurait pu la tuer.

– Oh ! Outtaké ! Outtaké ! Dieu des nuages !... Comme l'autre fois !

Des haricots, des haricots de la vallée des Cinq-Lacs !... Du creux de sa paume, elle les fit ruisseler, éblouie, tel un avare contemplant ses pièces d'or et qui n'aurait pu être plus extasié.

– Des vivres ! Les enfants !... Ils seront sauvés...

D'autres poches et sachets contenaient du riz de folle-avoine à faire germer, du pemmican, des graines et des tranches de courges séchées, et encore du maïs, des pois, des haricots...

– Merci, mon Dieu ! Merci, mon Dieu !

À genoux, elle élevait ses deux mains jointes dans un geste de gratitude.

Le soleil brillait. Il se glissait par l'étroit soupirail, et le pinceau de lumière tombait sur elle. L'obscurité avait reculé. La vie reprenait son cours.

– Ils sont sauvés ! Merci, mon Dieu !...

Elle parlait tout haut et riait de bonheur.

Elle sut que quelqu'un la fixait dans l'expression de sa joie délirante.

Tournant la tête, elle s'aperçut que les paupières du moribond s'étaient soulevées. Un regard filtrait, délavé, sans couleur, mais c'était un regard.

Si bizarre qu'eût été le moyen employé par le subtil Outtaké pour la secourir, ce malheureux leur avait apporté le salut.

L'âpre volonté la reprit de ramener des limbes cet esprit qui, depuis de longs jours, errait aux portes de la mort.

Elle dit à voix haute.

– Vous êtes en sûreté, mon Père. Ne craignez plus. Je vais vous soigner. Je vais vous guérir.

Ces mots l'aideraient à comprendre qu'il était vivant, à se rappeler ce qui avait précédé son état d'inconscience.

– M'entendez-vous, mon Père ?... Si vous m'entendez, adressez-moi un signe, essayez de bouger les paupières...

Il se passa un très long temps. Les paupières ne cillaient point. Et les yeux restaient fixes et atones.

Était-il en train de mourir ?

Ce furent les lèvres qui bougèrent, remuant dans le vide à plusieurs reprises, puis un son s'en échappa et une voix lointaine et laborieuse, mais distincte, demanda :

– Qui... êtes-vous ?

Elle hésita. Sa tête tournait. Un vertige la saisit. Elle se trouvait sur un seuil redoutable et elle aurait voulu reculer le moment de le franchir.

Les yeux rivés à ce regard d'aveugle, elle dit, haletante :

– Je suis la comtesse de Peyrac.

Il ne broncha pas. Mais on aurait juré avoir vu luire, aussitôt disparue, une lueur bleue en ses prunelles ternies.

Ou bien était-ce une illusion ? Le fruit de sa hantise ?

Aucune force n'aurait pu la contraindre à l'interroger à son tour.

Aussi bien avait-il entendu ? Compris ?

« Je vais aller préparer à manger aux enfants, se dit-elle, puis... nous verrons. »

Mais voici que le phénomène se renouvelait. Les yeux pâles s'animaient et leur rendant la vie par l'effet d'en colorer l'iris, la même lueur bleue y montait, y transparaissait, d'un bleu très fin, très pur, très intense, mais aussi traversé d'un éclat dur et blessant : la lueur du saphir.

Le regard était là aussi.

La même voix étouffée et fragile s'éleva, démentant par sa faiblesse ce regard dans lequel venait de se rassembler toute l'énergie du corps perclus. Elle dut se pencher plus près encore afin de percevoir les paroles prononcées. Et c'était pitoyable et presque déchirant d'entendre ce timbre brisé et de voir ces lèvres blessées s'évertuer à prononcer les formules de politesse consacrées par l'usage d'une aristocratique éducation.

– Per... permettez-moi, Madame... de... me... présenter. Je me nomme... Sébastien... d'Orgeval...

Le pinceau de soleil se déplaçait avec lenteur.

Rien ne bougeait dans le fort perdu, rien ne semblait vivant à part ces nuées évanescentes de deux respirations conjuguées, que le froid condensait.

Signe ténu de vie, pour deux vies, prêtes à s'éteindre, la vapeur argentée de leurs souffles épuisés frémissait entre eux.

Cela n'aurait pas dû se passer ainsi. C'était trop tard !

Mais c'était arrivé.

Angélique de Peyrac et le jésuite Sébastien d'Orgeval se regardaient FACE À FACE.

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