Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– C’est à moi! dit-il alors d’une voix haletante, cette femme m’a volé!
Puis, reconnaissant Michel tout à coup et le prenant à la gorge des deux mains, il ajouta, râlant de colère:
– J’en étais sûr! tu es un misérable et je vais te tuer!
– Cet homme est fou! dit une voix douce et calme derrière le groupe qu’ils formaient. Ne lâchez pas le dépôt que je vous ai confié, monsieur Michel!
Ils tressaillirent et se retournèrent d’un commun mouvement. Une femme, vêtue de noir et voilée comme Mme la baronne Schwartz, était debout derrière eux.
Michel eut peur et sa main se tendit pour barrer le passage au banquier.
– Prenez garde! murmura-t-il. C’est moi qui vous tuerai!
La femme en noir souleva son voile, montrant la belle pâleur de son visage.
– La comtesse Corona! balbutia M. Schwartz stupéfait. J’avais cru…
Il n’acheva pas et passa la main sur son front. Aucune parole ne vint aux lèvres béantes de Michel. Il pensait seulement: «Celle-là est-elle sortie de terre!» M. Schwartz ramassa son chapeau et s’inclina profondément en balbutiant une excuse, puis il s’éloigna, prenant, lui aussi, l’escalier de service qui menait chez M. Lecoq. La comtesse le regarda s’éloigner et pensa tout haut:
– Il parlera. Mais une calomnie de plus ou de moins, qu’importe!
– Madame, dit Michel, je ne m’attendais pas à vous rendre grâce. Il fit un pas vers l’escalier de service.
La comtesse l’arrêta.
– Soyez tranquille, prononça-t-elle avec une froide amertume, à l’endroit où ils vont tous deux, ils ne se rencontreront pas.
Elle rabattit son voile et ajouta plus bas:
– Monsieur Michel, vous aimez vos ennemis et vous détestez vos amis!
Elle partit sur ces mots, demandant le cordon à voix haute et impérieuse. Michel resta seul au milieu de la cour. Le bruit que fit la fenêtre d’Edmée en se refermant lui donna un sursaut. Son regard se porta vers l’escalier de service, comme si la pensée de s’y engager à son tour eût persisté en lui.
Au premier instant, il avait été presque dupe de la diversion opérée par la comtesse Corona, mais les dernières paroles prononcées établissaient clairement le rôle de la comtesse qui se posait en bienfaitrice vis-à-vis de sa mère. La cassette venait bien de sa mère qui tout à l’heure avait voulu la déposer chez lui.
Michel connaissait on ne peut mieux l’intérieur de la maison Schwartz; il savait que le baron épiait sa femme passionnément et bourgeoisement; il devinait ou à peu près la muette partie qui venait de se jouer entre les deux époux: le secret menacé, la fuite de Giovanna, emportant ce secret, le mari tombant sur sa piste par hasard ou autrement, la poursuite nocturne dans les rues de Paris, et la rencontre, occasionnée par le fait même de son absence, à lui, Michel. Il comprenait bien aussi pourquoi on l’avait choisi pour dépositaire puisque la cassette, en définitive, devait renfermer sa propre existence. Mais que de choses lui échappaient! L’intervention inopinée de la comtesse Corona d’abord et le service rendu par cette femme qui était un adversaire; ensuite le dénouement de l’aventure; la baronne s’était engagée dans l’escalier de service comme on prend un chemin connu; le baron avait fait de même, et Michel avait encore dans l’oreille l’accent railleur que la comtesse Corona avait appliqué à ses paroles:
– À l’endroit où ils vont tous deux, ils ne se rencontreront pas! Quel endroit? la maison Lecoq? Michel eut pour la première fois de sa vie la prudence virile.
– Mettons d’abord le dépôt en sûreté, pensa-t-il. Après je verrai. Michel monta lentement l’escalier de sa demeure et vint s’asseoir pensif entre ses deux amis, Etienne et Maurice, qui tout émus encore, entamèrent aussitôt le récit de la mystérieuse visite. Il leur imposa silence d’un geste et fit signe à Maurice de s’approcher.
– Quelqu’un a fait ta paix avec le baron Schwartz, lui dit-il. Blanche sera ta femme si tu veux.
– Si je veux! se récria Maurice éperdu de joie.
Car il savait bien que sur un pareil sujet, Michel ne pouvait ni railler ni mentir.
– C’est une histoire, reprit Michel. Un conte de fées, plutôt! Il y a encore de bons génies.
Il appuya sa tête entre ses deux mains, et, certes, sa préoccupation triste démentait énergiquement la gaieté de ses paroles.
– Tu es pâle! dirent en même temps les deux amis.
– Ce n’est rien, répliqua-t-il.
Puis il ajouta en plaçant la cassette sur la table devant Etienne:
– Je crois que ton drame est là-dedans; un fier drame!
Etienne avança la main d’un mouvement fiévreux. Il eût pris son drame dans le feu. Michel l’arrêta.
– C’est une chose singulière, prononça-t-il d’une voix changée, comme je suis triste malgré mes bonnes nouvelles, car j’ai de bonnes nouvelles: nous sommes riches, nous allons être heureux. Et pourtant j’ai un poids sur le cœur… Maurice, s’interrompit-il en posant sa main étendue sur la cassette, j’ai confiance en toi comme si tu étais mon frère; au cas où il m’arriverait malheur, je te laisse ce dépôt qui est sacré; c’est la vie et l’honneur d’une femme.
XXVII Dernière affaire
Notre récit a besoin de faire un pas en arrière.
Quelques heures avant la scène que nous venons de raconter, c’est-à-dire un peu avant la tombée de la nuit, et vers le moment où Edmée Leber, soutenue par la fièvre, s’éloignait à grands pas du château de Boisrenaud, une gracieuse calèche arrêta le trot de ses chevaux devant la porte cochère de ce paisible hôtel, où nous sommes entrés une fois déjà, sur les pas de M. Lecoq, pour faire connaissance avec ce respectable vieillard qu’on appelait le colonel, et avec Mlle Fanchette, la petite fille qui n’aimait pas Toulonnais-l’Amitié. Nous parlons de longtemps. Ce fut le jour où J.-B. Schwartz, homme de quatre cent mille francs, épousa en l’église Saint-Roch cette belle étrangère, dona Giovanna-Maria Reni, des comtes Bozzo.
Malgré les ans, écoulés depuis lors, l’hôtel n’avait point changé d’apparence. C’était toujours ce grand bâtiment calme et froid, rappelant par son aspect certaines maisons du faubourg Saint-Germain, bâties vers la fin du dix-septième siècle.
La rue Thérèse, aux abords de l’hôtel, et sur une longueur de quarante à cinquante pas, cachait son pavé sous une épaisse couche de paille. C’est le privilège suprême, inutile, désespéré; c’est l’aveu navré qui dit à la foule inattentive qu’un heureux de ce monde est en train de souffrir ou de mourir.
Le cocher n’appela point. La porte s’ouvrit doucement sans cela. Une femme voilée, dont la taille et les mouvements souples trahissaient la jeunesse, sauta hors de la calèche et franchit le seuil d’un pas léger. Elle était vêtue de noir avec une élégance toute parisienne.