Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– Je fermais les yeux, dit-elle avec son sourire, pour évoquer cette suprême beauté qui m’a fait verser tant de larmes. Je suis si heureuse, Michel, chaque fois que tu prononces le nom de ta mère!
– Elle t’aimera, je t’en réponds! Si tu savais comme elle m’aime!… Dis donc: il y a un petit secret que je voudrais bien connaître: par quelle porte ce digne M. Bruneau s’est-il introduit dans votre maison?
– Il y a trois mois, répondit Edmée, quand je tombai malade après avoir rencontré Mme la baronne Schwartz sur le seuil de ta porte, maman venait d’envoyer de l’argent à nos créanciers: nous n’avions rien devant nous. Un matin qu’on avait ouvert, pour donner de l’air à ma chambre, je vis à l’une des croisées qui font face l’étrange figure de Trois-Pattes, à demi cachée derrière les rideaux de son petit réduit. Il ne m’apercevait point et ne croyait pas être observé. Il regardait chez nous avec une attention singulière. Au bout de quelques instants, ne s’en reposant plus sur ses yeux, il mit au point une énorme lorgnette jumelle et la braqua sur la chambre de maman.
– Que regardait-il?
– Je ne savais. Il disparut et, un peu de temps après, quand maman sortit pour ses courses, M. Bruneau vint frapper à notre porte, demandant si nous n’avions rien à vendre. Je l’accueillis, car il a, dans le quartier, la réputation d’un homme juste, et en effet, il donna un bon prix des menus objets dont nous voulions nous défaire, mais ce n’était pas ces objets-là qu’il voulait acheter.
– Que voulait-il acheter?
– Le brassard… le brassard ciselé… et j’ai pensé plus d’une fois que Trois-Pattes avait braqué sa grande jumelle pour mieux lorgner le brassard.
– Preuve qu’ils s’entendent comme larrons en foire! dit Michel.
– Jamais je ne les ai vus ensemble, répliqua Edmée. M. Bruneau est revenu bien des fois, toujours en l’absence de ma mère, et je serais ingrate si je n’avouais qu’il nous a rendu des services.
– Toujours en l’absence de ta mère! répéta Michel qui réfléchissait.
– C’est peut-être le hasard… à diverses reprises il a offert du brassard une somme considérable.
– Cela vaut donc bien de l’argent!
– Je le crois, car M. Bruneau n’est pas le seul qui désire l’acheter.
– Trois-Pattes? interrogea Michel.
– Non. M. Lecoq. C’est le brassard qui lui a servi de premier prétexte pour passer le seuil de notre porte. Il connaît un amateur qui en donnerait dix mille francs.
– Dix mille francs! répéta Michel étonné. Ce brassard-là! Puis il ajouta: Mais on cherche parfois des moyens détournés de faire du bien.
Edmée garda le silence, mais ses beaux sourcils se froncèrent, elle restait décidément incrédule à l’endroit des vertus de M. Lecoq.
– Nous serions loin de ma prison, reprit Michel après une pause, si M. Lecoq ne nous y ramenait. Voici trois jours entiers que je joue à cache-cache avec ce bon M. Bruneau qui a prise de corps contre moi. La partie a été rude, car j’étais seul contre trois: le Normand, Trois-Pattes et sa comtesse. Que fait celle-là dans cette intrigue avec de pareils associés? Voilà où je jette ma langue aux chiens! Mais elle est leur complice, je l’affirme, et c’est elle-même qui a failli me faire tomber dans le piège. Pourquoi? Je plaide une cause et il faut tout dire; dans cette charmante femme-là, il y a un peu de Mme Putiphar… Elle sait que je t’aime; veut-elle se venger? Hier, je lui avais révélé l’asile où je reste confiné depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher. La nuit dernière, j’ai reçu un message de M. Lecoq qui me disait: «Vous serez arrêté à la première heure.» Et, en effet, à la première heure, à peine avais-je pris ma volée, que le logis était cerné par les recors. Et ce gnome de Trois-Pattes, passant là justement dans son fantastique équipage, a parlé aux alguazils; je l’ai vu! Le message de M. Lecoq me donnait un rendez-vous; j’y ai couru. Quel malheur que ma mère ait des préventions contre lui!…
– Ah! fit Edmée, les deux seuls cœurs qui vous aiment sont bien du même avis! Elle et moi!
Michel haussa les épaules.
– Les faits parlent, dit-il. Moi, j’avoue que je crois aux faits. M. Lecoq m’a compté l’argent de ma lettre de change, principal, intérêts et frais…
– En échange de quoi? demanda la jeune fille avec défiance.
– En échange d’un grand merci, parbleu! Cet homme-là compte sur moi; il m’a deviné; il a confiance en mon avenir; la preuve, c’est que j’ai commencé par faire une sottise et qu’elle m’a réussi. J’ai du bonheur. Aussitôt que j’ai eu l’argent, une inspiration m’a poussé vers le jeu; j’ai gagné trois cents louis; veux-tu des acomptes?
En prononçant ces derniers mots, Michel avait plongé des deux mains dans ses goussets qui sonnaient l’or. Il s’interrompit et changea de visage en voyant l’étrange expression qui se peignit sur les traits d’Edmée. La jeune fille avait d’abord écouté avec tristesse cette folle péroraison, mais tout à coup son regard s’était animé et ce n’étaient point les paroles de Michel qui avaient produit ce résultat; Edmée fixait ses yeux agrandis sur la fenêtre. Michel se retourna vivement pour voir ce qui attirait ainsi son attention. Ils se levèrent tous les deux en même temps.
De l’autre côté de la cour, la chambre de Michel, qui était restée noire si longtemps, venait de s’éclairer. L’absence de rideaux en montrait exactement le contenu. Etienne et Maurice étaient là, debout, dans le négligé plus qu’original de leur toilette d’intérieur. Maurice tenait la lampe à la main. Etienne, courbé en deux, exécutait un profond salut devant une dame vêtue de noir et dont le visage disparaissait sous un voile de dentelles posé en double.
– Ma mère! murmura Michel; c’est ma mère!
– Je croyais la reconnaître, dit Edmée, dont le cœur eut un élancement au souvenir de sa torture passée.
Michel n’avait fait qu’un bond jusqu’à la porte. Edmée, curieuse, éteignit sa lampe et ouvrit sa fenêtre.
Mme la baronne Schwartz, car c’était bien elle, avait déjà disparu, et nos deux collaborateurs rentraient dans leur dramatique logis, cherchant sans doute le moyen de caser utilement cette surprenante visite à quelque bon endroit du drame. Edmée se pencha sur son balcon. Derrière elle, aucune lueur ne trahissait plus sa présence. Voici ce qu’elle vit:
La cour avait trois portes pour trois escaliers, dont un de service. Elle était éclairée par une lanterne suspendue à la porte de l’escalier de service. Michel, qui avait descendu les étages quatre à quatre, se montra le premier; presque au même instant, la femme voilée déboucha, sortant de la voûte et courant comme une personne poursuivie. Elle portait un objet sous son châle. Michel la rencontra au tournant de la voûte; elle recula d’un pas, puis elle mit un doigt sur sa bouche. Elle ouvrit son châle d’un geste fiévreux. L’objet qu’elle portait était une cassette d’un précieux travail. Sans parler, sans hésiter davantage, elle jeta la cassette entre les mains de Michel et s’enfuit par l’escalier de service. Comme Michel restait abasourdi, un homme, sortant aussi de la voûte, se précipita vers lui et, sans mot dire également, voulut lui arracher la cassette. D’instinct, Michel résista. Dans la lutte, le chapeau de l’inconnu tomba et découvrit le front demi-chauve du baron Schwartz.