Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– Mais où est-elle, cette fortune? s’écria Edmée, et qui sont ses détenteurs?
Michel devint rêveur.
– De l’autre côté de la cour, dit-il en montrant du doigt la fenêtre de Maurice et d’Etienne, j’ai deux amis qui sont un peu fous, mais pas beaucoup plus fous que le restant de Paris. Leur folie est de tourner tout en drame et de considérer la vie réelle comme un immense répertoire de pièces. Il y a du vrai là-dedans, je ne dis pas non. Donc, ces deux bons garçons que vous connaissez aussi bien que moi ont remué des montagnes autour de nous deux, Edmée, autour de la maison Schwartz, autour de ce que vous savez comme moi, autour de ce que nous ignorons l’un et l’autre. J’ai travaillé avec eux, et parmi le monceau d’hypothèses qu’ils retournaient pour y chercher leur pâture, toujours cet antagonisme se retrouvait entre Olympe Verdier et Sophie; Sophie, c’est vous, Olympe Verdier, c’est ma mère. Ils ne savent rien de ce dernier secret, et ils ne connaissent pas ma mère, qui ne dit son cœur qu’à Dieu. Mais leurs suppositions, rapprochées de certaines paroles de M. Lecoq, ayant trait à la fortune des Schwartz et à sa source, conduiraient à penser… Le baron Schwartz est un homme habile, et je ne réponds que de ma mère… Or, quand ma mère a épousé le baron Schwartz, il avait déjà quatre cent mille francs.
– Quatre cent mille francs! répéta Edmée. Il avait quatre cent mille francs! Puis elle ajouta comme si ce chiffre même eût augmenté son trouble: Je vous en prie, Michel, ne me cachez rien!
– M. Lecoq, poursuivit notre héros en homme qui vide son sac, affirme que, très peu de temps avant le mariage, M. Schwartz accepta de lui à dîner dans une auberge de Caen.
– De Caen! dit Edmée dont la voix s’altéra.
– Ce jour-là, M. Schwartz avait faim, acheva Michel, je dis: faim. Il y eut un silence, après quoi Michel reprit:
– J’ai rêvé une famille composée de nos deux mères et de toi, que nous faut-il de plus? Puis avec une brusquerie: C’est fou comme tout le reste; ma mère n’est pas malheureuse et M. Schwartz a une réputation d’honnête homme; ne me demande pas une syllabe de plus. J’ai tout dit sur ta fortune, et je reviens à la mienne qui était à faire. Écoutes-tu? tu n’en as pas l’air… Edmée restait pensive.
– J’écoute, dit-elle pourtant.
– Il y a des moments, pensa tout haut Michel, où nous sommes froids comme de vieux époux.
Edmée reposa ses beaux yeux sur les siens et dit avec une passion profonde:
– Je t’aime chaque jour un peu davantage.
– Chérie! murmura-t-il en dévorant ses mains de baisers, je ne te vaux pas, c’est vrai, mais, c’est pour toi, pour toi seule que j’ai bien ou mal travaillé. Quoi qu’il arrive, ne prends plus jamais d’inquiétude. Je suis à toi encore plus pour moi que pour toi. Si j’ai pu vivre loin de toi, c’est que je te savais à moi. Tout me semble possible ici-bas, sauf notre séparation. Nous sommes mariés, je te le répète; c’est ma joie et c’est ma confiance. Je réclamerais mon dû près de toi, quand même, un beau matin, tu t’éveillerais princesse, et si j’étais roi… Bon! s’interrompit-il, pendant qu’elle tendait son beau front à ses lèvres, voici la romance qui vient! À nos affaires! Quand je quittai la maison Schwartz, j’avais des préjugés contre M. Lecoq; je croyais même avoir surpris à son endroit quelque dangereux secret, car un mot de passe, qui ne m’était pas destiné, tomba une fois dans mon oreille. Certaines gens, de Paris, se reconnaissent entre eux au moyen de ces paroles en apparence insignifiantes: Fera-t-il jour demain? Mais tous les mystères de ce genre ne sont pas criminels; la preuve, c’est que, depuis du temps déjà, ce mot de passe sert à faciliter les secrètes relations que j’ai avec ma mère. Dans le métier que fait M. Lecoq, on a besoin d’étranges précautions, et on est forcé aussi de fréquenter, de soutenir, de payer, tranchons le mot, une clientèle interlope, pour ne rien dire de plus…
– Laisse-moi te demander, prononça Edmée tout bas, si tu as répété ce mot de passe à M. Bruneau, à l’époque où tu croyais en lui?
– Peut-être, répondit Michel, mais je suis bon pour régler le compte que nous avons ensemble, M. Bruneau et moi. La vérité, c’est que le métier de M. Lecoq me répugnait autant qu’il peut te déplaire à toi-même. Tu ne vas pas souvent au théâtre, ma belle petite Edmée, et tu lis peu de romans, mais tu n’es pas sans avoir entendu parler de gens qui poussent le dévouement – ou la passion – jusqu’à accepter des rôles haïssables. Le but est quelquefois noble… quelquefois même héroïque… Qui veut la fin veut les moyens. M. Lecoq avait une piste à découvrir, une piste très adroitement dissimulée; M. Lecoq s’est fait chien de chasse. Moi, je trouve cela net, intelligent et brave. Et toi?
Il s’arrêta comme pour attendre une approbation ou une discussion. Edmée resta muette. Il reprit:
– Dès le début, M. Lecoq me laissa voir qu’il s’intéressait à moi. Si j’avais répondu à ses premières avances, nous serions heureux déjà. Mais, cédant à mes antipathies, renforcées encore par les demi-mots de la comtesse Corona et les calomnies de ce précieux M. Bruneau, je m’éloignai de lui complètement. Je cherchai un emploi: ma retraite de la maison Schwartz me fermait toutes les portes dans la banque et l’industrie; il courait sur moi des bruits qui semblaient sortir de terre; j’avais payé l’affection de mon ancien patron par la plus noire ingratitude. Bref, pas d’emploi pour moi dans tout Paris!… Vous fûtes mon refuge alors, Edmée, vous et votre excellente mère. Je travaillai à ceci, à cela, et puis encore à autre chose: des extravagances qui semblent raisonnables à première vue. Je crois que je voulus être auteur, puis inventeur… un tas de sottises… Je dois noter que je n’étais pas absolument sans ressources. Une main mystérieuse, et vous avez deviné la baronne Schwartz, n’a jamais cessé d’être sur moi… À bout de folies, ma foi, je tentai le jeu…
– La plus dangereuse de toutes les folies! dit Edmée.
– Savoir! Pour les sages et les heureux, je ne dis pas. Mais pour ceux qui sont obligés de tenter Dieu, c’est différent: on aime ou on n’aime pas… Je perdis et je signai des lettres de change… non pas une, comme mes pauvres diables de camarades, les dramaturges en graine, mais plusieurs, mais beaucoup. Et, mon Edmée chérie, ce fut toujours pour toi. Tu ne me crois pas? Eh bien! vrai, tu as tort! sans toi je serais commis à dix-huit cents francs dans quelque bureau moisi: tu vois que tu es mon bon ange!
Edmée ne s’attendait pas à cette chute. Elle dit:
– Tu aurais la paix, Michel! Et l’espoir d’avancer!
– Ne blasphème pas! J’ai vécu de luxe et d’orgueil dans cette maison Schwartz, à l’âge où le caractère naît et se modèle. Je suis resté bon, puisque je t’aime. Mais écoute ceci, Edmée; une fois, ma mère m’a dit avec des larmes dans les yeux: «Ma jeunesse fut orgueilleuse.» Eh bien! je suis le fils de ma mère!
Edmée baissa la tête.
– J’avais des amis, reprit Michel. Outre Etienne Roland et Maurice Schwartz, qui m’ont témoigné un dévouement fraternel, j’avais ce brave Domergue qui entretenait ma vanité en me disant, à l’aide de charades, que j’étais le fils de M. le baron Schwartz. Il le savait de source certaine, et il le croit encore dur comme fer. J’avais la comtesse Corona qui me parlait en énigmes moins naïves et me montrait la porte ouverte du jardin d’Armide; c’était Trois-Pattes, l’estropié du Plat-d’Étain, qui m’apportait les messages de cette charmante femme. Voilà un rébus, ce couple fantastique: la comtesse et Trois-Pattes! Elle vient le voir: tu le sais comme moi… Mais M. Lecoq seul au monde pourrait dire le mot de ce romanesque mystère. Enfin, j’avais mon escompteur normand, M. Bruneau, qui m’achetait ma garde-robe pièce à pièce et m’avançait de l’argent. Ma mère ne savait rien de tout cela, au moins! Et il y a bien peu de jours que je l’appelle ma mère… Ne ferme pas les yeux encore, Edmée, nous voici au dénouement.