Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– Si je perdais ma mère, qui m’empêcherait de me tuer? Et cela mit un baume de glace sur sa peine.
C’était une chère enfant, pourtant, toute faite de vaillance et d’amour dévoué. Mais son entrevue avec la baronne Schwartz lui empoisonnait le cœur.
Cette femme était heureuse! cette femme avait les baisers de sa fille, un ange! Cette femme avait l’affection de son mari, un honnête homme, un homme fort qui la baignait de la tête aux pieds dans toutes les joies de l’opulence. Cette femme avait les respects du monde, elle qui volait à une enfant déshéritée son suprême prétexte d’espérer et de vivre, elle qui enfreignait pour cela les lois divines et humaines, elle, la comédienne hypocrite et adultère.
Edmée se leva, laissant sa prière inachevée; elle ne savait plus qu’elle avait voulu prier. Elle s’assit auprès du piano, en face de la bergère vide, et se mit à pleurer silencieusement. Il était là, autrefois, il lui prenait les deux mains, et il bâtissait en l’air des projets qui toujours commençaient ainsi:
– Quand tu seras ma femme…
Edmée se sentait affaiblie jusqu’à l’angoisse. Elle entendait ces mots sortir d’un bourdonnement confus:
– Quand tu seras ma femme.
Et les larmes qui brûlaient ses pauvres yeux répondaient: «Jamais je ne serai sa femme…»
Puis l’idée d’être seule au monde et libre d’obéir aux conseils de son désespoir lui revenait comme ces obsédants refrains qui bercent la fièvre. Elle étendait ses mains jointes vers la chambre de sa mère.
Ce ne fut point un évanouissement, car elle rêva, mais cela ne ressembla point à un sommeil. Les belles boucles de ses cheveux touchèrent le clavier qui rendit une plainte et ses yeux se fermèrent.
… Elle était dans la chambre de sa mère; elle éprouvait une horreur morne. Déjà les cierges allumés! Quoi! déjà! Le crucifix était sur le drap et les deux mains de marbre se croisaient, auprès de la broderie qui jamais ne devait s’achever. Fermez! oh! fermez, par pitié, ces yeux qui avaient des regards si tendres! Déjà la veillée du prêtre, et déjà, déjà le cercueil!
Mais c’était à l’instant! Mme Leber dormait…
– Si je perdais ma mère, qui m’empêcherait de mourir?
Edmée avait dit cela, agenouillée et priant. Est-ce que le ciel peut exaucer les blasphèmes de la folie?
Quelques voisins, pas un ami. Le deuil montait vers le cimetière. Déjà, déjà!
Déjà la fosse ouverte… Oh! Michel n’était pas là pour dire adieu à celle qu’il appelait «ma mère!».
Michel!… Là-bas! cette calèche emportée par deux rapides chevaux! Michel! et cette femme, celle qu’il aime maintenant, la baronne Schwartz!…
Il y a place pour deux ici, ma mère!
Déjà! comme tout va vite! déjà du gazon et des fleurs sur cette tombe! Prie pour moi, ma mère, ma sainte mère! Le gazon a verdi, les fleurs se sont évanouies. Déjà, mon Dieu, déjà!
La voilà seule, Edmée, dans ce logis vide. Ils sont là, tous les deux, vis-à-vis, Michel et celle qu’il aime à présent: le rideau cruel montre ces deux ombres enlacées. Tout est clos et le charbon s’allume: car la prière funeste est exaucée de point en point.
Edmée n’a plus de mère; elle est libre de mourir.
Michel! c’est la dernière pensée! Si, pour le retenir ou pour le rappeler, il fallait perdre ce bien qui est plus cher que la vie, s’il fallait… Ô ma mère, prie pour moi! Jamais il ne m’a donné ce baiser que je devine et qui me tue! Qu’il soit béni! Qu’elle soit maudite!
Comme ce charbon s’embrase et que cette vapeur monte bien à mon cerveau! Est-ce donc si aisé de mourir? Et si doux?
On lui dira demain au matin, quand il s’éveillera: «Elle est morte.» Dès que nous sommes morts, on nous pleure. Il viendra peut-être visiter là-bas celle qu’il abandonnait si près de lui. Quand nous sommes morts, on nous aime.
Qu’elle ne soit pas maudite! mon Dieu, pardonnez-lui! On devient meilleur pour mourir. Je vais à toi, ma mère. Michel, adieu, bien-aimé amour! mes yeux se voilent, mais je t’aime, je meurs et je t’aime; je n’ai plus qu’un souffle, c’est pour t’aimer! Je t’aimerai au-delà de la vie…
– Qui est là? demanda la vieille dame, éveillée dans la chambre voisine…
– C’est moi, répondit une voix mâle et douce.
– Ah! fit Mme Leber, c’est vous! Elle a bien pleuré… ne soyez pas si longtemps sans revenir.
Elle ajouta mentalement et croyant parler:
– Approchez-moi mon ouvrage.
Mais le sommeil pesait de nouveau sur elle.
La tête charmante d’Edmée s’inclinait sur l’épaule de Michel, que nous tenons enfin, le volage et le fugitif! Leurs lèvres se touchaient. Sa bouche pâle eut un vague sourire. «Es-tu donc mort aussi? murmura-t-elle en refermant les yeux. Je ne vois pas ma mère. Sommes-nous tous dans le ciel?»
Michel la regarda, ébahi, puis il l’enleva dans ses bras, disant: «On ne se marie pas dans le ciel, ma belle petite Edmée. Éveillez-vous, je suis vivant, je suis riche, je suis heureux. À quand notre noce?»
XXV Edmée et Michel
Michel était à genoux devant Edmée qui tenait à pleines mains sa tête souriante. Les fiers cheveux bouclés qu’il avait! la belle pâleur! le viril regard! Elle se penchait; les chevelures mêlaient leurs nuances amies. Il y avait une adorable joie sur le front de la jeune fille et des larmes baignaient la splendeur de ses yeux.
– Elle est ma mère, avait dit Michel dans un baiser.
Et vous comprenez tout, comme elle avait tout compris, elle, Edmée; il suffit d’un mot pareil qui éclaire comme la foudre. La douleur enfuie faisait place à une profonde allégresse. Sa mère pourtant! Elle, la baronne Schwartz, si jeune, si belle! Un doute venait, et c’est le charme exquis de ces explications. Le doute prolonge la bien-aimée jouissance.
Edmée disait:
– Blanche n’a que quinze ans, et déjà Mme Schwartz me semble trop jeune pour être la mère de Blanche!
En même temps elle frémissait avec délices à la pensée de ses angoisses guéries.
– Mais comme je vais l’aimer, Michel, notre mère!
Puis elle se souvenait: ce regard calme de la baronne, cette hautaine douceur.
– Ah! j’aurais dû comprendre!
Puis encore elle doutait pour la millième fois.
– Mais dites-vous vrai! Ne jouez pas avec cela, car j’ai rêvé de mourir! elle est trop belle… trop jeune…
– Certes, certes, murmurait Michel en s’enivrant des virginales étincelles qu’épandait ce regard d’amante; elle est bien jeune, elle est bien belle… Mais comment ai-je pu rester si longtemps loin de toi, Edmée, mon âme chérie?
– Oui, comment?… et pourquoi, Michel, pourquoi surtout? Ah! je suis seule à aimer!
Il refoula ce blasphème d’un baiser, d’un baiser d’époux, bien franc, délicieux et chaste bâillon que les deux mains d’Edmée pressèrent passionnément sur ses lèvres. Elles sont ainsi ces vieilles amours qui sont nées avec le cœur et dont les racines vont jusqu’à l’enfance. Edmée restait pure comme son sourire.
– Méchante! répliqua Michel; je t’ai dit un secret qui ne m’appartient pas et que je ne sais pas encore tout entier. Un secret qui peut tuer tout ce que j’ai de plus cher au monde après toi… après toi ou avec toi: car sais-je laquelle j’aime le mieux de toi ou de ma mère!