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Le vicomte de Bragelonne Tome III

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– En quoi, madame, en quoi?

– Vous me donnez une pauvre idée des négociations d’aujourd’hui, monsieur. Je vous jure bien que, si, de mon temps, une femme fût allée trouver M. de Cinq-Mars, qui pourtant n’était pas un grand esprit, je vous jure que, si elle lui eût dit sur le cardinal ce que je viens de vous dire sur M. Fouquet, M. de Cinq-Mars, à l’heure qu’il est, eût déjà mis les fers au feu.

– Allons, madame, allons, un peu d’indulgence.

– Ainsi, vous voulez bien consentir à remplacer M. Fouquet?

– Si le roi congédie M. Fouquet, oui, certes.

– Encore une parole de trop; il est bien évident que, si vous n’avez pas encore fait chasser M. Fouquet, c’est que vous n’avez pas pu le faire. Aussi, je ne serais qu’une sotte pécore, si, venant à vous, je ne vous apportais pas ce qui vous manque.

– Je suis désolé d’insister, madame, dit Colbert après un silence qui avait permis à la duchesse de sonder toute la profondeur de sa dissimulation; mais je dois vous prévenir que, depuis six ans, dénonciations sur dénonciations se succèdent contre M. Fouquet, sans que jamais l’assiette de M. le surintendant ait été déplacée.

– Il y a temps pour tout, monsieur Colbert; ceux qui ont fait ces dénonciations ne s’appelaient pas Mme de Chevreuse, et ils n’avaient pas de preuves équivalentes à six lettres de M. de Mazarin, établissant le délit dont il s’agit.

– Le délit?

– Le crime, s’il vous plaît mieux.

– Un crime! Commis par M. Fouquet?

– Rien que cela… Tiens, c’est étrange, monsieur Colbert; vous qui avez la figure froide et peu significative, je vous vois tout illuminé.

– Un crime?

– Enchantée que cela vous fasse quelque effet.

– Oh! c’est que le mot renferme tant de choses, madame!

– Il renferme un brevet de surintendant des finances pour vous, et une lettre d’exil ou de Bastille pour M. Fouquet.

– Pardonnez-moi, madame la duchesse, il est presque impossible que M. Fouquet soit exilé: emprisonné, disgracié, c’est déjà tant!

– Oh! je sais ce que je dis, repartit froidement Mme de Chevreuse. Je ne vis pas tellement éloignée de Paris, que je ne sache ce qui s’y passe. Le roi n’aime pas M. Fouquet, et il perdra volontiers M. Fouquet, si on lui en donne l’occasion.

– Il faut que l’occasion soit bonne.

– Assez bonne. Aussi, c’est une occasion que j’évalue à cinq cent mille livres.

– Comment cela? dit Colbert.

– Je veux dire, monsieur, que, tenant cette occasion dans mes mains, je ne la ferai passer dans les vôtres que moyennant un retour de cinq cent mille livres.

– Très bien, madame, je comprends. Mais, puisque vous venez de fixer un prix à la vente, voyons la valeur vendue.

– Oh! la moindre chose: six lettres, je vous l’ai dit, de M. de Mazarin; des autographes qui ne seraient pas trop chers, assurément, s’ils établissaient d’une façon irrécusable que M. Fouquet avait détourné de grosses sommes pour se les approprier.

– D’une façon irrécusable, dit Colbert les yeux brillants de joie.

– Irrécusable! Voulez-vous lire les lettres?

– De tout cœur! La copie, bien entendu?

– Bien entendu, oui.

Mme la duchesse tira de son sein une petite liasse aplatie par le corset de velours:

– Lisez, dit-elle.

Colbert se jeta avidement sur ces papiers et les dévora.

– À merveille! dit-il.

– C’est assez net, n’est-ce pas?

– Oui, madame, oui. M. de Mazarin aurait remis de l’argent à M. Fouquet, lequel aurait gardé cet argent, mais quel argent?

– Ah! voilà, quel argent? Si nous traitons ensemble, je joindrai à ses lettres une septième, qui vous donnera les derniers renseignements.

Colbert réfléchit.

– Et les originaux des lettres?

– Question inutile. C’est comme si je vous demandais: Monsieur Colbert, les sacs d’argent que vous me donnerez seront-ils pleins ou vides?

– Très bien, madame.

– Est-ce conclu?

– Non pas.

– Comment?

– Il y a une chose à laquelle nous n’avons réfléchi ni l’un ni l’autre.

– Dites-la-moi.

– M. Fouquet ne peut être perdu en cette occurrence que par un procès.

– Oui.

– Un scandale public.

– Oui. Eh bien?

– Eh bien! on ne peut lui faire ni le procès ni le scandale.

– Parce que?

– Parce qu’il est procureur général au Parlement, parce que tout, en France, administration, armée, justice, commerce, se relie mutuellement par une chaîne de bon vouloir qu’on appelle esprit de corps. Ainsi, madame, jamais le Parlement ne souffrira que son chef soit traîné devant un tribunal. Jamais, s’il y est traîné d’autorité royale, jamais il ne sera condamné.

– Ah! ma foi! monsieur Colbert, cela ne me regarde pas.

– Je le sais, madame, mais cela me regarde, moi, et diminue la valeur de votre apport. À quoi peut me servir une preuve de crime sans la possibilité de condamnation?

– Soupçonné seulement, M. Fouquet perdra sa charge de surintendant.

– Voilà grand-chose! s’écria Colbert, dont les traits sombres éclatèrent tout à coup, illuminés d’une expression de haine et de vengeance.

– Ah! ah! monsieur Colbert, dit la duchesse, excusez-moi, je ne vous savais pas si fort impressionnable. Bien, très bien! Alors, puisqu’il vous faut plus que je n’ai, ne parlons plus de rien.

– Si fait, madame, parlons-en toujours. Seulement, vos valeurs ayant baissé, abaissez vos prétentions.

– Vous marchandez?

– C’est une nécessité pour quiconque veut payer loyalement.

– Combien m’offrez-vous?

– Deux cent mille livres.

La duchesse lui rit au nez; puis, tout à coup:

– Attendez, dit-elle.

– Vous consentez?

– Pas encore, j’ai une autre combinaison.

– Dites.

– Vous me donnez trois cent mille livres.

– Non pas! non pas!

– Oh! c’est à prendre ou à laisser… Et puis, ce n’est pas tout.

– Encore?… Vous devenez impossible, madame la duchesse.

– Moins que vous ne le croyez, ce n’est plus de l’argent que je vous demande.

– Quoi donc, alors?

– Un service. Vous savez que j’ai toujours aimé tendrement la reine.

– Eh bien?

– Eh bien! je veux avoir une entrevue avec Sa Majesté.

– Avec la reine?

– Oui, monsieur Colbert, avec la reine, qui n’est plus mon amie, c’est vrai, et depuis longtemps, mais qui peut le devenir encore, si on en fournit l’occasion.

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