Le vicomte de Bragelonne Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:
Colbert interrompit en cet endroit le conseiller par une pantomime impérieuse. Il avait recommencé à réfléchir.
Voyant l’attitude sérieuse du maître, voyant sa persévérance à mettre la conversation sur ce sujet, M. Vanel attendait une solution sans oser la provoquer.
– Expliquez-moi bien, dit alors Colbert, les privilèges de la charge de procureur général.
– Le droit de mise en accusation contre tout sujet français qui n’est pas prince du sang; la mise à néant de toute accusation dirigée contre tout Français qui n’est pas roi ou prince. Un procureur général est le bras droit du roi pour frapper un coupable, il est son bras aussi pour éteindre le flambeau de la justice. Aussi M. Fouquet se soutiendra-t-il contre le roi lui-même en ameutant les parlements; aussi le roi ménagera-t-il M. Fouquet malgré tout pour faire enregistrer ses édits sans conteste. Le procureur général peut être un instrument bien utile ou bien dangereux.
– Voulez-vous être procureur général, Vanel? dit tout à coup Colbert en adoucissant son regard et sa voix.
– Moi? s’écria celui-ci. Mais j’ai eu l’honneur de vous représenter qu’il manque au moins onze cent mille livres à ma caisse.
– Vous emprunterez cette somme à vos amis.
– Je n’ai pas d’amis plus riches que moi.
– Un honnête homme!
– Si tout le monde pensait comme vous, monseigneur.
– Je le pense, cela suffit, et, au besoin, je répondrai de vous.
– Prenez garde au proverbe, monseigneur.
– Lequel?
– Qui répond paie.
– Qu’à cela ne tienne.
Vanel se leva, tout remué par cette offre si subitement, si inopinément faite par un homme que les plus frivoles prenaient au sérieux.
– Ne vous jouez pas de moi, monseigneur, dit-il.
– Voyons, faisons vite, monsieur Vanel. Vous dites que M. Gourville vous a parlé de la charge de M. Fouquet?
– M. Pélisson aussi.
– Officiellement, ou officieusement?
– Voici leurs paroles: «Ces gens du Parlement sont ambitieux et riches; ils devraient bien se cotiser pour faire deux ou trois millions à M. Fouquet, leur protecteur, leur lumière.»
– Et vous avez dit?
– J’ai dit que, pour ma part, je donnerais dix mille livres s’il le fallait.
– Ah! vous aimez donc M. Fouquet? s’écria M. Colbert avec un regard plein de haine.
– Non; mais M. Fouquet est notre procureur général; il s’endette, il se noie; nous devons sauver l’honneur du corps.
– Voilà qui m’explique pourquoi M. Fouquet sera toujours sain et sauf tant qu’il occupera sa charge, répliqua Colbert.
– Là-dessus, poursuivit Vanel, M. Gourville a ajouté: «Faire l’aumône à M. Fouquet, c’est toujours un procédé humiliant auquel il répondra par un refus; que le Parlement se cotise pour acheter dignement la charge de son procureur général, alors tout va bien, l’honneur du corps est sauf, et l’orgueil de M. Fouquet sauvé.»
– C’est une ouverture cela.
– Je l’ai considéré ainsi, monseigneur.
– Eh bien! monsieur Vanel, vous irez trouver immédiatement M. Gourville ou M. Pélisson; connaissez-vous quelque autre ami de M. Fouquet?
– Je connais beaucoup M. de La Fontaine.
– La Fontaine le rimeur?
– Précisément; il faisait des vers à ma femme, quand M. Fouquet était de nos amis.
– Adressez-vous donc à lui pour obtenir une entrevue de M. le surintendant.
– Volontiers; mais la somme?
– Au jour et à l’heure fixés, monsieur Vanel, vous serez nanti de la somme, ne vous inquiétez point.
– Monseigneur, une telle munificence! Vous effacez le roi, vous surpassez M. Fouquet.
– Un moment… ne faisons pas abus des mots. Je ne vous donne pas quatorze cent mille livres, monsieur Vaneclass="underline" j’ai des enfants.
– Eh! monsieur, vous me les prêtez; cela suffit.
– Je vous les prête, oui.
– Demandez tel intérêt, telle garantie qu’il vous plaira, monseigneur, je suis prêt, et, vos désirs étant satisfaits, je répéterai encore que vous surpassez les rois et M. Fouquet en munificence. Vos conditions?
– Le remboursement en huit années.
– Oh! très bien.
– Hypothèque sur la charge elle-même.
– Parfaitement; est-ce tout?
– Attendez. Je me réserve le droit de vous racheter la charge à cent cinquante mille livres de bénéfice si vous ne suiviez pas, dans la gestion de cette charge, une ligne conforme aux intérêts du roi et à mes desseins.
– Ah! ah! dit Vanel un peu ému.
– Cela renferme-t-il quelque chose qui vous puisse choquer, monsieur Vanel? dit froidement Colbert.
– Non, non, répliqua vivement Vanel.
– Eh bien! nous signerons cet acte quand il vous plaira. Courez chez les amis de M. Fouquet.
– J’y vole…
– Et obtenez du surintendant une entrevue.
– Oui, monseigneur.
– Soyez facile aux concessions.
– Oui.
– Et les arrangements une fois pris?…
– Je me hâte de le faire signer.
– Gardez-vous-en bien!… Ne parlez jamais de signature avec M. Fouquet, ni de dédit, ni même de parole, entendez-vous? vous perdriez tout!
– Eh bien! alors, monseigneur, que faire? C’est trop difficile…
– Tâchez seulement que M. Fouquet vous touche dans la main… Allez!
Chapitre CLXXXII – Chez la reine mère
La reine mère était dans sa chambre à coucher au Palais-Royal avec Mme de Motteville et la senora Molina. Le roi, attendu jusqu’au soir, n’avait pas paru; la reine, tout impatiente, avait envoyé chercher souvent de ses nouvelles.
Le temps semblait être à l’orage. Les courtisans et les dames s’évitaient dans les antichambres et les corridors pour ne point se parler de sujets compromettants.
Monsieur avait joint le roi dès le matin pour une partie de chasse.
Madame demeurait chez elle, boudant tout le monde.
Quant à la reine mère, après avoir fait ses prières en latin, elle causait ménage avec ses deux amies en pur castillan.
Mme de Motteville, qui comprenait admirablement cette langue, répondait en français.
Lorsque les trois dames eurent épuisé toutes les formules de la dissimulation et de la politesse pour en arriver à dire que la conduite du roi faisait mourir de chagrin la reine, la reine mère et toute sa parenté, lorsqu’on eut, en termes choisis, fulminé toutes les imprécations contre Mlle de La Vallière, la reine mère termina les récriminations par ces mots pleins de sa pensée et de son caractère:
– Estos hijos! dit-elle à Molina.
C’est-à-dire: «Ces enfants!»
Mot profond dans la bouche d’une mère; mot terrible dans la bouche d’une reine qui, comme Anne d’Autriche, celait de si singuliers secrets dans son âme assombrie.