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Le vicomte de Bragelonne Tome III

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Chère duchesse, arrivons vite, je vous prie, à ce qui vous amène, car je crois que nous pouvons nous être utiles l’un à l’autre.

– Je l’ai pensé. Je venais donc à Fontainebleau dans un double but. D’abord, j’y étais mandée par ce franciscain que vous connaissez… À propos, comment le connaissez-vous? car je vous ai raconté mon histoire, et vous ne m’avez pas conté la vôtre.

– Je le connus d’une façon bien naturelle, duchesse. J’ai étudié la théologie avec lui à Parme; nous étions devenus amis, et tantôt les affaires, tantôt les voyages, tantôt la guerre nous avaient séparés.

– Vous saviez bien qu’il fût général des jésuites?

– Je m’en doutais.

– Mais, enfin, par quel hasard étrange veniez-vous, vous aussi, à cette hôtellerie où se réunissaient les affiliés voyageurs?

– Oh! dit Aramis d’une voix calme, c’est un pur hasard. Moi, j’allais à Fontainebleau chez M. Fouquet pour avoir une audience du roi; moi, je passais; moi, j’étais inconnu; je vis par le chemin ce pauvre moribond et je le reconnus. Vous savez le reste, il expira dans mes bras.

– Oui, mais en vous laissant dans le ciel et sur la terre une si grande puissance, que vous donnâtes en son nom des ordres souverains.

– Il me chargea effectivement de quelques commissions.

– Et pour moi?

– Je vous l’ai dit. Une somme de douze mille livres à payer. Je crois vous avoir donné la signature nécessaire pour toucher. Ne touchâtes-vous pas?

– Si fait, si fait. Oh! mon cher prélat, vous donnez ces ordres, m’a-t-on dit, avec un tel mystère et une si auguste majesté, que l’on vous crut généralement le successeur du cher défunt.

Aramis rougit d’impatience. La duchesse continua:

– Je m’en suis informée, dit-elle, près du roi d’Espagne, et il éclaircit mes doutes sur ce point. Tout général des jésuites est, à sa nomination, et doit être Espagnol d’après les statuts de l’ordre. Vous n’êtes pas Espagnol et vous n’avez pas été nommé par le roi d’Espagne.

Aramis ne répliqua rien que ces mots:

– Vous voyez bien, duchesse, que vous étiez dans l’erreur, puisque le roi d’Espagne vous a dit cela.

– Oui, cher Aramis; mais il y a autre chose que j’ai pensé, moi.

– Quoi donc?

– Vous savez que je pense un peu à tout.

– Oh! oui, duchesse.

– Vous savez l’espagnol?

– Tout Français qui a fait sa Fronde sait l’espagnol.

– Vous avez vécu dans les Flandres?

– Trois ans.

– Vous avez passé à Madrid?

– Quinze mois.

– Vous êtes donc en mesure d’être naturalisé Espagnol quand vous le voudrez.

– Vous croyez? fit Aramis avec une bonhomie qui trompa la duchesse.

– Sans doute… Deux ans de séjour et la connaissance de la langue sont des règles indispensables. Vous avez trois ans et demi… quinze mois de trop.

– Où voulez-vous en venir, chère dame?

– À ceci: je suis bien avec le roi d’Espagne.

«Je n’y suis pas mal», pensa Aramis.

– Voulez-vous, continua la duchesse, que je demande pour vous, au roi, la succession du franciscain?

– Oh! duchesse!

– Vous l’avez peut-être? dit-elle.

– Non, sur ma parole!

– Eh bien! je puis vous rendre ce service.

– Pourquoi ne l’avez-vous pas rendu à M. de Laicques, duchesse? C’est un homme plein de talent et que vous aimez.

– Oui, certes; mais cela ne s’est pas trouvé. Enfin, répondez, Laicques ou pas Laicques, voulez-vous?

– Duchesse, non, merci!

«Il est nommé», pensa-t-elle.

– Si vous me refusez ainsi, reprit Mme de Chevreuse, ce n’est pas m’enhardir à vous demander pour moi.

– Oh! demandez, demandez.

– Demander!… Je ne le puis, si vous n’avez pas le pouvoir de m’accorder.

– Si peu que je puisse, demandez toujours.

– J’ai besoin d’une somme d’argent pour faire réparer Dampierre.

– Ah! répliqua Aramis froidement, de l’argent?… Voyons, duchesse, combien serait-ce?

– Oh! une somme ronde.

– Tant pis! Vous savez que je ne suis pas riche?

– Vous, non; mais l’ordre. Si vous eussiez été général…

– Vous savez que je ne suis pas général.

– Alors, vous avez un ami qui, lui, doit être riche: M. Fouquet.

– M. Fouquet? madame, il est plus qu’à moitié ruiné.

– On le disait, et je ne voulais pas le croire.

– Pourquoi, duchesse?

– Parce que j’ai du cardinal Mazarin quelques lettres, c’est-à-dire Laicques les a, qui établissent des comptes étranges.

– Quels comptes?

– C’est à propos de rentes vendues, d’emprunts faits, je ne me souviens plus bien. Toujours est-il que le sous intendant, d’après des lettres signées Mazarin, aurait puisé une trentaine de millions dans les coffres de l’État. Le cas est grave.

Aramis enfonça ses ongles dans sa main.

– Quoi! dit-il, vous avez des lettres semblables et vous n’en avez pas fait part à M. Fouquet?

– Ah! répliqua la duchesse, ces sortes de choses sont des réserves que l’on garde. Le jour du besoin venu, on les tire de l’armoire.

– Et le jour du besoin est venu? dit Aramis.

– Oui, mon cher.

– Et vous allez montrer ces lettres à M. Fouquet?

– J’aime mieux vous en parler à vous.

– Il faut que vous ayez bien besoin d’argent, pauvre amie, pour penser à ces sortes de choses, vous qui teniez en si piètre estime la prose de M. de Mazarin.

– J’ai, en effet, besoin d’argent.

– Et puis, continua Aramis d’un ton froid, vous avez dû vous faire peine à vous-même en recourant à cette ressource. Elle est cruelle.

– Oh! si j’eusse voulu faire le mal et non le bien dit Mme de Chevreuse, au lieu de demander au général de l’ordre ou à M. Fouquet les cinq cent mille livres dont j’ai besoin…

– Cinq cent mille livres!

– Pas davantage. Trouvez-vous que ce soit beaucoup? Il faut cela, au moins, pour réparer Dampierre.

– Oui, madame.

– Je dis donc qu’au lieu de demander cette somme, j’eusse été trouver mon ancienne amie, la reine mère; les lettres de son époux, le signor Mazarini, m’eussent servi d’introduction, et je lui eusse demandé cette bagatelle en lui disant: «Madame, je veux avoir l’honneur de recevoir Votre Majesté à Dampierre; permettez-moi de mettre Dampierre en état.»

Aramis ne répliqua pas un mot.

– Eh bien! dit-elle, à quoi songez-vous?

– Je fais des additions, dit Aramis.

– Et M. Fouquet fait des soustractions. Moi, j’essaie de multiplier. Les beaux calculateurs que nous sommes! comme nous pourrions nous entendre!

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