Le vicomte de Bragelonne Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:
– Cela vous regarde.
– Pardon! pardon! je ne veux pas être exposée à ce qu’on me refuse l’entrée.
– Cela vous regarde encore, madame. Je vais commander au premier valet de chambre du gentilhomme de service chez Sa Majesté de laisser entrer une béguine apportant un remède efficace pour soulager les douleurs de Sa Majesté. Vous portez ma lettre, vous vous chargez du remède et des explications. J’avoue la béguine, je nie Mme de Chevreuse.
– Qu’à cela ne tienne.
– Voici la lettre d’introduction, madame.
Chapitre CLXXXI – La peau de l'ours
Colbert donna cette lettre à la duchesse, lui retira doucement le siège derrière lequel elle s’abritait.
Mme de Chevreuse salua très légèrement et sortit.
Colbert, qui avait reconnu l’écriture de Mazarin et compté les lettres, sonna son secrétaire et lui enjoignit d’aller chercher chez lui M. Vanel, conseiller au Parlement. Le secrétaire répliqua que M. le conseiller, fidèle à ses habitudes, venait d’entrer dans la maison pour rendre compte à l’intendant des principaux détails du travail accompli ce jour même dans la séance du Parlement.
Colbert s’approcha des lampes, relut les lettres du défunt cardinal, sourit plusieurs fois en reconnaissant toute la valeur des pièces que venait de lui livrer Mme de Chevreuse, et, en étayant pour plusieurs minutes sa grosse tête dans ses mains, il réfléchit profondément.
Pendant ces quelques minutes, un homme gros et grand, à la figure osseuse, aux yeux fixes, au nez crochu, avait fait son entrée dans le cabinet de Colbert avec une assurance modeste, qui décelait un caractère à la fois souple et décidé: souple envers le maître qui pouvait jeter la proie, ferme envers les chiens qui eussent pu lui disputer cette proie opime.
M. Vanel avait sous le bras un dossier volumineux; il le posa sur le bureau même, où les deux coudes de Colbert étayaient sa tête.
– Bonjour, monsieur Vanel, dit celui-ci en se réveillant de sa méditation.
– Bonjour, monseigneur, dit naturellement Vanel.
– C’est monsieur qu’il faut dire, répliqua doucement Colbert.
– On appelle monseigneur les ministres, dit Vanel avec un sang-froid imperturbable; vous êtes ministre!
– Pas encore!
– De fait, je vous appelle monseigneur; d’ailleurs, vous êtes mon seigneur, à moi, cela me suffit; s’il vous déplaît que je vous appelle ainsi devant le monde, laissez-moi vous appeler de ce nom dans le particulier.
Colbert leva la tête à la hauteur des lampes et lut ou chercha à lire sur le visage de Vanel pour combien la sincérité entrait dans cette protestation de dévouement.
Mais le conseiller savait soutenir le poids d’un regard, ce regard fût-il celui de Monseigneur.
Colbert soupira. Il n’avait rien lu sur le visage de Vanel; Vanel pouvait être honnête. Colbert songea que cet inférieur lui était supérieur, en cela qu’il avait une femme infidèle.
Au moment où il s’apitoyait sur le sort de cet homme Vanel tira froidement de sa poche un billet parfumé, cacheté de cire d’Espagne, et le tendit à Monseigneur.
– Qu’est cela, Vanel?
– Une lettre de ma femme, monseigneur.
Colbert toussa. Il prit la lettre, l’ouvrit, la lut et l’enferma dans sa poche, tandis que Vanel feuilletait impassiblement son volume de procédure.
– Vanel, dit tout à coup le protecteur à son protégé, vous êtes un homme de travail, vous?
– Oui, monseigneur.
– Douze heures d’études ne vous effraient pas?
– J’en fais quinze par jour.
– Impossible! Un conseiller ne saurait travailler plus de trois heures pour le Parlement.
– Oh! je fais des états pour un ami que j’ai aux comptes, et, comme il me reste du temps, j’étudie l’hébreu.
– Vous êtes fort considéré au Parlement, Vanel?
– Je crois que oui, monseigneur.
– Il s’agirait de ne pas croupir sur le siège de conseiller.
– Que faire pour cela?
– Acheter une charge.
– Laquelle?
– Quelque chose de grand. Les petites ambitions sont les plus malaisées à satisfaire.
– Les petites bourses, monseigneur, sont les plus difficiles à remplir.
– Et puis, quelle charge voyez-vous? fit Colbert.
– Je n’en vois pas, c’est vrai.
– Il y en a bien une, mais il faut être le roi pour l’acheter sans se gêner; or, le roi ne se donnera pas, je crois, la fantaisie d’acheter une charge de procureur général.
En entendant ces mots, Vanel attacha sur Colbert son regard humble et terne à la fois.
Colbert se demanda s’il avait été deviné, ou seulement rencontré par la pensée de cet homme.
– Que me parlez-vous, monseigneur, dit Vanel, de la charge de procureur général au Parlement? Je n’en sache pas d’autre que celle de M. Fouquet.
– Précisément, mon cher conseiller.
– Vous n’êtes pas dégoûté, monseigneur; mais, avant que la marchandise soit achetée, ne faut-il pas qu’elle soit vendue?
– Je crois, monsieur Vanel, que cette charge-là sera sous peu à vendre…
– À vendre!… la charge de procureur de M. Fouquet?
– On le dit.
– La charge qui le fait inviolable, à vendre? Oh! oh!
Et Vanel se mit à rire.
– En auriez-vous peur, de cette charge? dit gravement Colbert.
– Peur! non pas…
– Ni envie?
– Monseigneur se moque de moi! répliqua Vanel; comment un conseiller du Parlement n’aurait-il pas envie de devenir procureur général?
– Alors, monsieur Vanel… puisque je vous dis que la charge se présente à vendre.
– Monseigneur le dit.
– Le bruit en court.
– Je répète que c’est impossible; jamais un homme ne jette le bouclier derrière lequel il abrite son honneur, sa fortune et sa vie.
– Parfois il est des fous qui se croient au-dessus de toutes les mauvaises chances, monsieur Vanel.
– Oui, monseigneur; mais ces fous-là ne font pas leurs folies au profit des pauvres Vanels qu’il y a dans le monde.
– Pourquoi pas?
– Parce que ces Vanels sont pauvres.
– Il est vrai que la charge de M. Fouquet peut coûter gros. Qu’y mettriez vous, monsieur Vanel?
– Tout ce que je possède, monseigneur.
– Ce qui veut dire?
– Trois à quatre cent mille livres.
– Et la charge vaut?
– Un million et demi, au plus bas. Je sais des gens qui en ont offert un million sept cent mille livres sans décider M. Fouquet. Or, si par hasard il arrivait que M. Fouquet voulût vendre, ce que je ne crois pas, malgré ce qu’on m’en a dit…
– Ah! l’on vous en a dit quelque chose! Qui cela?
– M. de Gourville… M. Pélisson. Oh! en l’air.
– Eh bien! si M. Fouquet voulait vendre?…
– Je ne pourrais encore acheter, attendu que M. le surintendant ne vendra que pour avoir de l’argent frais, et personne n’a un million et demi à jeter sur une table.