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Электронная книга - «Jack». Краткое содержание книги:

En décembre 1858, refusé par l'institution jésuite de Vaugirard, Jack, fils adultérin d'Ida de Barancy, une demi-mondaine, échoue dans le collège insalubre du mulâtre Moronval. Ida succombe au charme d'un des professeurs, le rimailleur d'Argenton, et quitte son riche amant pour son poète. Jack s'enfuit du collège et rejoint le couple après maintes tribulations. L'intelligence de l'enfant se développe au contact du docteur Rivals. Mais d'Argenton, qui ne l'aime pas, décrète qu'il sera ouvrier. Dans une île bretonne, Jack apprend son dur métier de fondeur chez les Roudic…
Roman noir, comme le Petit Chose, inspiré par une histoire authentique, Jack reprend la trame d'une enfance malheureuse, alors à la mode. La narration se centre sur le destin de Jack et en souligne l'implacable et fatal développement.
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Mais Jack n’avait pas été seul atteint, et je sais quelqu’un qui faisait semblant d’écrire sur le grand livre, et qui écrivait tout de travers, la tête penchée et rouge d’une bien vive émotion.

– Catherine, vite la soupe, et du bon vin, et du bon cognac, et tout le tremblement!

C’était le docteur qui rentrait et qui, voyant Jack et Cécile gênés, silencieux en face l’un de l’autre, éclata d’un joyeux rire:

– Comment! voilà tout ce que vous avez à vous conter depuis sept ans que vous ne vous êtes vus? Allons, vite à table! Ça va le mettre tout de suite à l’aise, ce pauvre garçon.

Le déjeuner ne mit pas Jack à l’aise, et ne fit au contraire que redoubler son embarras. Devant Cécile, il ne savait plus manger, tremblait de trahir des habitudes de cabaret. À la table de d’Argenton, la mauvaise tenue contractée dans sa vie ouvrière ne l’avait jamais gêné. Ici, il se sentait déplacé, ridicule; et ses malheureuses mains surtout le mettaient au supplice. Celle qui tenait la fourchette passe encore; elle s’occupait. Mais l’autre, qu’en Faire? Sur la blancheur de la nappe, toutes ses meurtrissures ressortaient affreusement. De désespoir, il la laissait pendre à côté de lui, ce qui lui donnait une attitude de manchot. Les prévenances de Cécile ne faisaient qu’augmenter sa timidité. Elle s’en aperçut, et ne le regarda plus qu’à la dérobée jusqu’à la fin de ce repas qui leur parut interminable.

Enfin, Catherine vint enlever le dessert et mit devant la jeune fille l’eau chaude, le sucre et la bouteille à long col pleine de vieille eau-de-vie. Depuis que sa grand’mère n’était plus là, c’était Cécile qui faisait le grog du docteur, et le brave homme n’avait pas gagné au change, car, de peur de tenir le grog trop chargé, elle en était arrivée à composer une lotion pharmaceutique «où la dose d’alcool diminuait de jour en jour,» observait M. Rivals mélancoliquement.

Quand elle eut donné son verre au grand-père, la jeune fille se tourna vers leur invité:

– Buvez-vous de l’eau-de-vie, monsieur Jack?

Le docteur se mit à rire.

– S’il en boit, lui, un chauffeur! Elle est étonnante cette petite fille!… Tu ne sais donc pas que c’est de cela qu’ils vivent, ces pauvres diables?… Tiens, à bord de la Bayonnaise, nous en avions un qui cassait les niveaux à alcool pur et buvait le contenu… Tu peux lui faire son grog carabiné, va! il ne le sera jamais trop pour lui.

Elle regarda Jack d’un air bien doux, bien triste:

– En voulez-vous?

– Non, merci, mademoiselle!… dit-il tout bas, presque honteux. Et s’il fit un petit effort pour retirer son verre, il en fut bien récompensé par un de ces remercîments éloquents que certaines femmes savent dire sans parler et que comprennent seulement ceux à qui elles s’adressent.

– Allons, encore une conversion!… dit le brave docteur en avalant son grog avec une grimace comique; car, pour sa part, il n’était converti qu’à demi, à la manière des sauvages, qui ne consentent à croire en Dieu que pour faire plaisir au missionnaire.

Les paysans d’Étiolles, occupés dans leurs champs, qui virent Jack revenir de chez les Rivals ce jour-là dans l’après-midi et s’en aller sur la route à grandes enjambées, purent croire qu’il était devenu fou ou que, trop copieux, le déjeuner du docteur avait désarçonné sa cervelle. Il gesticulait, parlait tout seul, menaçait l’horizon de son poing, en proie à une agitation, à une colère, dont sa torpeur habituelle l’aurait fait croire incapable.

– Ouvrier! disait-il en frémissant… Ouvrier! je le suis pour la vie. M. d’Argenton a raison. Il faut que je reste avec mes pareils, et que j’y vive et que j’y meure, surtout que je n’essaye jamais de m’élever plus haut. Cela fait trop de mal.

Depuis longtemps il ne s’était senti aussi nerveux, aussi vivant. Des sentiments nouveaux, inconnus, se pressaient en lui; et au fond de chacun d’eux, comme un astre brisé dans les mille facettes du flot changeant, l’image de Cécile rayonnait. Quelle splendeur de grâce, de beauté, de pureté! Et dire que si, au lieu de faire de lui un ouvrier, de le jeter à la fosse commune, on l’avait instruit et élevé, il aurait pu devenir un homme digne de cette jeune fille, l’obtenir pour femme, posséder ce trésor à lui tout seul! Oh! Dieu!… Il eut ce cri de colère désespérée que jette le naufragé qui se débat en vain contre la lame et voit luire à quelques brassées la berge inondée de soleil où sèchent les filets étendus.

À ce moment, comme il tournait le chemin des Aulnettes, il se trouva face à face avec la mère Salé, chargée d’un faix de bois. La vieille le regarda avec ce mauvais sourire qu’elle avait eu le matin quand elle disait: «ben sûr que vous ne voudriez plus de lui, à présent.» Jack bondit devant ce sourire, et toute la fureur qui l’agitait, qui ne savait sur qui s’abattre, car en suivant son élan direct elle eût atteint quelqu’un qui lui était bien cher, l’être faible et si léger, seul responsable de son désastre, toute sa fureur se tourna contre l’horrible vieille.

– Ah! vipère, pensa-t-il, je m’en vais t’arracher les crocs.

Il avait une figure si terrible qu’en le voyant venir vers elle, la Salé prit peur, jeta son fagot et s’élança dans le bois avec une vitesse de vieille chèvre. C’était la revanche des anciennes «chasses» d’autrefois. Il la poursuivit pendant quelques pas, puis s’arrêta subitement.

– «Je suis fou… Cette femme ne m’a rien dit que de très vrai, après tout… Cécile ne voudrait plus de moi maintenant.»

Ce soir-là, il ne dîna pas; il n’alluma ni feu ni lampe. Assis dans un coin de la salle à manger, la seule pièce qu’il habitât et où il avait réuni les quelques meubles dispersés par toute la maison, les yeux fixés sur la porte vitrée derrière laquelle le brouillard léger d’une belle nuit d’automne blanchissait sous la marche invisible de la lune, il songeait:

«Cécile ne voudrait plus de moi.»

Cela seul remplit sa veillée.

Elle ne voudrait plus de lui. Tout les séparait en effet. D’abord il était ouvrier, et puis… L’affreux mot lui vint aux lèvres: «bâtard…» C’était la première fois de sa vie qu’il y pensait. Enfant, ces choses-là sont à peu près indifférentes, quand rien dans l’entourage ne vient outrageusement les rappeler, et Jack avait vécu dans un monde très peu scrupuleux, passant de la société des Ratés à cette classe ouvrière où toutes les fautes ont leur excuse dans la misère, où les familles d’adoption sont plus nombreuses que partout ailleurs. N’ayant jamais entendu parler de son père, il ne s’en était jamais préoccupé; à peine avait-il senti cette affection manquer à côté de lui, comme un sourd-muet peut se rendre compte des sens qui lui font défaut, sans connaître toute l’étendue de leur utilité ou des jouissances qu’ils procurent.

Maintenant, cette question de naissance l’occupait plus que tout le reste. Quand Charlotte lui avait dit le nom de son père, il était resté parfaitement calme devant cette révélation surprenante; à cette heure, il aurait voulu la questionner, lui arracher des détails, des aveux même, pour se faire une image précise de ce père inconnu… Marquis de l’Épan?… Était-il réellement marquis? N’y avait-il pas là quelque imagination nouvelle de ce pauvre petit cerveau affolé de titres et de noblesse? Était-ce bien vrai aussi qu’il fût mort? Sa mère ne lui avait-elle pas dit cela pour éviter de raconter quelque histoire de rupture, d’abandon, dont elle aurait eu à rougir devant lui? Et s’il vivait pourtant, ce père, s’il était assez généreux pour réparer sa faute, pour donner son nom à son fils!

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