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Электронная книга - «Jack». Краткое содержание книги:

En décembre 1858, refusé par l'institution jésuite de Vaugirard, Jack, fils adultérin d'Ida de Barancy, une demi-mondaine, échoue dans le collège insalubre du mulâtre Moronval. Ida succombe au charme d'un des professeurs, le rimailleur d'Argenton, et quitte son riche amant pour son poète. Jack s'enfuit du collège et rejoint le couple après maintes tribulations. L'intelligence de l'enfant se développe au contact du docteur Rivals. Mais d'Argenton, qui ne l'aime pas, décrète qu'il sera ouvrier. Dans une île bretonne, Jack apprend son dur métier de fondeur chez les Roudic…
Roman noir, comme le Petit Chose, inspiré par une histoire authentique, Jack reprend la trame d'une enfance malheureuse, alors à la mode. La narration se centre sur le destin de Jack et en souligne l'implacable et fatal développement.
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Elle était partie, la folle, partie à bride abattue sur son cheval arabe appelé Soliman, à travers ce pays des chimères qu’elle peuplait de tous les lords Peambock, de tous les rajahs de Singapore de son imagination éblouissante.

Jack n’essaya pas de l’interrompre; il savait trop bien que c’était inutile. Mais quand elle s’arrêta pour prendre haleine, suffoquée par le vent, la rapidité de sa course, il profita de cette courte halte pour revenir à sa première question et fixer, par un mot bien positif, cet esprit si prompt aux écarts:

– Quel est le nom de mon père? répéta-t-il.

Oh! le regard étonné de ses yeux clairs… Elle avait complètement oublié de quoi ils parlaient.

Très vite, le souffle encore haletant du long récit de tout à l’heure, elle répondit:

– Il s’appelait le marquis de l’Épan, chef d’escadron au 3e hussards.

Il faut croire que Jack n’avait pas sur la noblesse, sur ses droits et ses prérogatives, les mêmes illusions que sa mère, car il accueillit avec la plus grande tranquillité le secret de son illustre naissance. Après tout, que son père eût été marquis, cela ne l’empêchait pas d’être chauffeur, lui, et un mauvais chauffeur, aussi crevé, aussi démoli, aussi hors de service que la chaudière du Cydnus en ce moment au fond de l’océan Atlantique avec six cents brasses de mer au-dessus d’elle. Que son père eût porté un nom retentissant, cela ne l’empêchait pas de s’appeler Jack, lui, et d’être une de ces tristes épaves que la vie roule et déplace dans son flot toujours changeant. D’ailleurs, ce père dont on lui parlait était mort, et ce réveil d’un sentiment inconnu qui avait agité Jack une minute, ne trouvant rien à quoi se prendre, une fois sa curiosité satisfaite, s’anéantit comme tout le reste dans la torpeur de ses facultés.

– Ah çà, voyons! Charlotte… Il faut prendre un parti avec ce garçon. Il ne peut pas rester là éternellement sans rien faire. Ses jambes vont bien. Il mange comme un bœuf, sans reproche. Il tousse encore un peu; mais Hirsch prétend qu’il toussera toujours… Il devrait pourtant se décider à quelque chose. Si les paquebots sont trop durs, qu’il entre dans les chemins de fer! Labassindre dit qu’on y gagne de très belles journées.

À ces représentations du poète, Charlotte objectait que Jack était encore bien faible, bien languissant:

– Si tu voyais comme il souffle quand il monte les quatre étages, comme il est maigre. Je l’entends s’agiter, la nuit. Tiens! tu ne sais pas, en attendant qu’il se fortifie, tu devrais l’occuper un peu à la Revue.

– Je veux bien essayer répondit l’autre. J’en parlerai à Moronval.

Moronval voulut bien essayer aussi, mais ce fut un essai malheureux. Pendant quelques jours, Jack remplit à la Revue les fonctions de garçon de bureau. Porter les épreuves à l’imprimerie, plier les numéros, coller les bandes; on lui fit tout faire, excepté le balayage des deux pièces que, par un reste de pudeur, on laissa au concierge dont c’était la prérogative. Avec son impassibilité ordinaire, Jack remplit ces diverses fonctions, supportant les allusions méprisantes de Moronval qui avait un tas de rancunes à satisfaire, et les colères froides de d’Argenton dont l’humeur s’aigrissait devant la constante résistance des abonnés. Ils s’entêtaient vraiment, ces abonnés. Sur le magnifique livre à souches, couvert de serge verte, orné de coins de cuivre, où devaient figurer leurs noms, on n’en apercevait qu’un, égaré dans la première page comme une coquille de noix sur l’immense mer déserte: «M. le comte de…, au château de…, à Mettray, près Tours.» C’est à Charlotte qu’on le devait, celui-là.

Mais cette absence de recettes n’empêchait pas les frais de continuer, ni les rédacteurs de se présenter tous les cinq du mois pour toucher le prix de leur copie augmenté de quelques avances. Moronval surtout était insatiable. Après être venu lui-même, il envoyait sa femme, Saïd, le prince japonais. D’Argenton était furieux, mais il n’osait refuser. Sa vanité était si gourmande, et le mulâtre avait tant de sucreries et de douceurs dans ses poches. Toutefois, quand la rédaction était ruinée, de peur qu’on ne s’avisât de suivre l’exemple de Moronval, le directeur ne manquait pas de se lamenter, d’opposer à tous les emprunts la même barrière infranchissable: «Mon comité d’actionnaires me le défend absolument. – Il était là dans un coin, le comité d’actionnaires, comité sans le savoir, composé d’un seul membre, occupé à fixer des bandes avec un pinceau et un grand pot de colle. De même qu’il n’y avait à la Revue qu’un abonné, «Bon ami,» il n’y avait qu’un actionnaire, Jack, avec l’argent de «Bon ami.»

Ni Jack ni personne ne s’en doutait: mais d’Argenton le savait, lui, et c’était une gêne, une honte vis-à-vis de lui-même, vis-à-vis surtout de l’enfant de cette femme, qu’il se prenait à haïr comme autrefois.

Au bout de huit jours, le garçon de bureau fut déclaré incapable.

– Il ne nous sert à rien; bien loin d’aider, c’est plutôt un dérangement pour tout le monde.

– Mais, mon ami, je t’assure qu’il fait tout ce qu’il peut.

Elle se sentait plus courageuse à le défendre, depuis la grande terreur qu’elle avait eue.

– Enfin, qu’est-ce que tu veux? Je te dis qu’il me gêne. Comment t’expliquer cela? Il n’est pas dans son milieu avec nous. Il ne sait ni parler ni s’asseoir. Tu ne vois pas comme il se tient à dîner, les jambes écartées, toujours à une lieue de la table, comme il s’endort dans son assiette… Et puis ce grand garçon constamment à tes côtés, ça te vieillit, ma chère… En outre, il a des habitudes déplorables. Il boit, je te dis qu’il boit. Il nous apporte ici des odeurs de cabaret. C’est l’ouvrier, quoi!

Elle baissa la tête et pleura. Elle s’en était aperçue qu’il buvait, mais à qui la faute? Ne l’avaient-ils pas eux-mêmes jeté au gouffre?

– Voyons, Charlotte, j’ai une idée. Puisqu’il est encore trop faible pour se remettre au travail, envoyons-le se rétablir à Étiolles. Il passera quelque temps à la campagne, au bon air, et nous aidera peut-être à sous-louer «parva domus» qui nous est restée sur le dos avec un bail de dix ans. Nous lui enverrons un peu d’argent, tout ce qu’il faut… Cela lui fera du bien.

Elle lui sauta au cou avec un élan de reconnaissance:

– Oh! tiens!… C’est encore toi le meilleur de tous.

Et, sur-le-champ, il fut convenu qu’elle irait le lendemain installer son fils aux Aulnettes.

Ils arrivèrent par un de ces beaux matins d’automne, doux et dorés, qui semblent un été apaisé, allégé de sa chaleur brûlante et lourde. Pas un souffle dans l’air, mais des chants d’oiseaux en quantité, des crépitements dans les feuilles tombées, et un parfum de maturité, de foins secs, de bruyères brûlées, de fruits bons à cueillir. Les sentiers du bois à peine éclaircis, semés de fleurs jaunes, sentant le soleil moins puissant, donnaient aussi moins d’ombre, et silencieux, veloutés, s’en allaient vers les clairières. Jack les reconnaissait tous, ces chemins. En y posant le pied, il reprenait possession de quelques années de son enfance, heureuses, inoubliables, où malgré les tristesses de sa fausse position il avait senti son être s’épanouir dans la bonne, dans la libre Nature. Elle aussi semblait le reconnaître, l’appeler, l’accueillir. Dans son âme attendrie de tous ses souvenirs et de toute sa faiblesse, Jack entendait une voix réconfortante et douce: «Viens à moi, pauvre enfant, viens sur mon cœur aux battements lents et calmes. Je t’enlacerai, je te soignerai. J’ai du baume pour toutes les blessures, et celui qui les cherche est déjà guéri…»

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