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Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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Au-delà, il avait trouvé une petite cour isolée où il n’y avait rien, sinon une pompe-fontaine, emmaillotée de paille pour en préserver l’eau contre la rigueur de la saison.

C’était précisément là que le Manchot se rendait.

La fatigue et le froid avaient exaspéré sa fièvre; la bise cuisait comme un feu les chairs dénudées de sa misérable figure; la plaie, de son côté, le mordait cruellement, et ses yeux sanglants le poignaient comme si on y eût retourné deux couteaux. Il était faible, son souffle haletait.

Il avait grand-peine à se tenir sur ses jambes chancelantes.

Mais il allait.

Mais il traînait son haquet animé bravement et joyeusement. Il lui parlait, il avait envie de le caresser.

– Fais pas semblant d’être morte, Adèle, lui disait-il d’un ton sincèrement amical. C’est des bêtises. Tu sais bien qu’on n’a pas fini de rire ensemble. Après ça, j’aime autant que tu n’aies pas momentanément la jouissance de tes facultés, parce que tu crierais comme un geai, et ceux de la préfecture ont beau être innocents, nous serions ramassés… Vieux bijou, tu pèses lourd!

Quand ils entrèrent dans la petite cour, le jardin s’emplissait déjà de pas et d’appels. On y était en pleine chasse.

Le premier soin du Manchot, avant même de souffler, fut de fermer la porte en conscience, après quoi, il força des petits cailloux dans la serrure.

– Ça y est, Adèle, dit-il ensuite, ancienne drogue, on ne t’en veut pas, tu sais… Écoute! les voilà! ils brûlent… J’ai de la chance que tu ne peux pas hurler!

On entendit, en effet, de l’autre côté du mur, des voix qui disaient!

– Une porte!

– Oui, mais condamnée.

– Si c’est Cadet-l’Amour, je vous dis que nous ne l’aurons pas, il est bien trop malin!

Et les voix s’éloignèrent. Le Manchot riait de tout son cœur.

– Quant à ça, reprit-il, l’ouvrage était proprement fait; ils n’ont pas vu seulement que la serrure a été touchée, et, comme il gèle à pierre fendre, tu n’as pas laissé de trace, Adèle, vieux coucou! Ah! oui, tu étais une maligne bête, mais c’est fini, biribi!

Il eut un soupir de bien-être en ajoutant:

– À présent, nous voilà tranquilles. On va y aller posément, comme des petits agneaux. As-tu ta bouteille?

Sa main plongea dans la poche du bandit, et il en retira le flacon clisse qu’il baisa longuement, après l’avoir débouché.

– Brrr! fit-il, on avait besoin de réchauffer son intérieur. Quelle Berezina, papa! as-tu ton canif?

Le canif, c’était l’énorme couteau que l’Amour portait dans la doublure de cuir de sa houppelande.

Il l’avait, encore tout humide du sang de son dernier meurtre.

Le Manchot en éprouva la pointe et détacha une manière de ceinture qui tenait à son flanc par une corde. Il l’avait dit tout à l’heure au bas de l’échelle: «Et j’ai apporté mon sac.» C’était le sac.

Le talion se dessinait. Mais ce diable de Manchot n’était pas un plagiaire. Il avait trouvé autre chose que le fouet pour payer la dette de son supplice.

Au préalable, Cadet-l’Amour, privé de sentiment, fut mis dans le sac.

Cela l’éveilla à moitié et il se prit à gémir tout bas, aux élancements de ses membres brisés.

– Attends voir, madame Jaffret, lui disait Clément, j’essaye pourtant bien de ne pas te faire mal… Failli chien! le froid qu’il fait! Ah! ça va marcher, j’en réponds!

Il noua les cordons du sac autour du cou de Cadet qui gronda plus fort, puis il le traîna sous la pompe.

– Eh! l’enflé! demanda-t-il, rêves-tu de noce à la barrière? Ça a l’air que tu me boudes!

Le malheureux ne répondit pas.

– Faut pourtant que tu t’éveilles, ma poule. Voyons voir d’où tu es chatouilleux de ton corps?

À travers la toile du sac, il promena la pointe du grand couteau le long des côtes de Cadet, qui tressaillait faiblement à chaque piqûre, mais comme cela n’allait pas assez vite à son gré, Clément ouvrit la bouche du patient avec le manche du couteau et lui entonna un tiers de la bouteille clissée.

Cadet, pour le coup, essaya de se lever, et tout son corps s’agita dans le sac avec violence.

– Comme moi! s’écria le Manchot en se tordant de rire, j’étais tout pareil! je me reconnais! Ah! satané farceur! l’autre nuit, c’était toi qui t’amusais!… Attention! voyons voir si la paille a empêché l’eau de geler.

Il saisit le levier de la pompe et le mania à tour de bras. Une gerbe jaillit et inonda le sac.

– Est-ce que tu m’entends, bonhomme? demanda Clément. Ça va prendre, tu sais? à la minute, comme un fromage de chez le glacier!

Cela prit, et avec une effrayante rapidité. Le sac devint dur comme un cercueil. Là-dedans, Cadet se plaignait tout bas.

– Ça va trop vite maintenant, dit le Manchot; une goutte, ma tante, sans façon?

Le manche du couteau joua et le reste de la bouteille clissée coula dans la gorge du misérable, qui piteusement geignait et pleurait.

– Et un bain, à présent, maman, pour épaissir ta couche! La pompe travailla.

– C’est pour mon bras, disait le Manchot qui s’exaltait petit à petit, tu vas mourir en bouteille, marquis! Es-tu repris? À la pompe, alors! C’est pour mes joues, mon front, mes yeux! Eh! patron! ne vous en allez pas encore, j’ai duré plus longtemps que cela, moi, cette nuit! Coquin de sort! j’ai gaspillé l’eau-de-vie… Encore une douche pour le coup de couteau de la fin!

Cadet-l’Amour ne râlait plus.

Le froid était si intense que le sac était devenu bloc de glace.

Le Manchot, ivre de bestiale fureur, le dressa contre la muraille et essaya de le briser à coups de pied. N’y pouvant réussir, il le recoucha, et, prenant son élan, il fit un saut en hauteur, pour retomber de tout son poids, les deux talons réunis, sur la bière de glace qui creva avec un épouvantable bruit.

La poitrine écrasée de l’autre bête féroce rendit un horrible soupir.

Par le trou, d’où il retira ses deux jambes, le Manchot lança vingt coups de coutelas inutiles, puis il se vautra par terre et s’endormit, ivre mort de vengeance.

XXX Le dénouement

Telle fut la fin du sanguinaire scélérat qui avait donné son nom à la bande Cadet.

On retrouva le lendemain, dans l’arrière-cour de la rue de La Rochefoucauld, cette chose hideuse que le Manchot y avait laissée: le corps d’un vieillard chauve, noué dans un sac qui était un bloc de glace.

Le concierge déclara que, dans la soirée, un homme dont le visage était enveloppé de linges et qui semblait marcher avec peine avait demandé le cordon bien avant minuit.

C’était Clément-le-Manchot qui avait cuvé sa débauche de tigre et qui allait se coucher.

Il nous resterait à dire ici ce que les autres chefs de la bande, la comtesse Marguerite, Samuel, Comayrol et le bon Jaffret firent cette nuit au rez-de-chaussée de la, maison du Dr Lenoir, rue de Bondy, chez ce mystérieux personnage, M. Mora, que nous avons laissé dans l’ombre de parti pris et que Cadet-l’Amour disait être le colonel Bozzo, ancien Père-à-tous des Habits Noirs, enterré au Père-Lachaise depuis des années, mais cela ne regarde pas la bande Cadet.

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