Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #8
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:
– Est-ce vous, monsieur Mora? demanda Clément, je ne vous vois pas.
– Tu n’es pas capable, mon pauvre gars, dit l’autre, il t’a trop malmené! je te laisse la goutte, tâche de te rendormir… C’est à la nuit, vers huit heures, que Cadet-l’Amour travaillera rue Pigalle… Bonsoir.
Et il partit.
En tâtant auprès de lui, Clément trouva une bouteille d’eau-de-vie.
Le philanthrope était déjà au bas de l’escalier.
Revenons à l’hôtel de Souzay.
Nous n’avons pas oublié que le colonel avait défendu qu’on touchât un cheveu de la tête du bâtard, et nous savons que Marguerite avait combiné d’avance le piège qui devait être tendu à la misérable mère.
Elle était femme, sinon mère, elle-même; elle devinait que tout l’amour de la mère se concentrait sur le fils déshérité, sur le vaincu.
Dans cette épreuve, qui ressemblait de loin au jugement de Salomon, elle était déterminée à frapper celui qu’Angèle désignerait comme étant le fils légitime, bien certaine ainsi de ne se point tromper, puisqu’elle comptait sur le mensonge de l’amour.
– Madame, dit-elle, cherchant à ressaisir, sinon le calme, du moins la clarté de sa pensée, si vous avez sujet de nous mépriser et de nous craindre comme des criminels que nous sommes, il nous est permis à nous d’avoir défiance de vous. Votre vie n’est pas irréprochable.
– C’est vrai, balbutia Angèle qui éclata en sanglots, c’est vrai, j’ai péché; mais se peut-il qu’un châtiment si atroce me soit réservé!
– Nous ne prétendons en aucune façon punir, répliqua Marguerite, mais bien prendre nos sûretés. Nous savons que les papiers de Clare sont en votre pouvoir…
– Quels papiers?
– Votre acte de mariage, l’acte de naissance de la fille de Morand Stuart.
– C’est une erreur! s’écria la duchesse. Vous allez commettre un crime inutile; je vous jure qu’on vous a trompés!
– Je ne vous en veux pas pour ce mensonge, répliqua Marguerite; à votre place j’agirais comme vous.
Ce n’était pas un mensonge; mais le renseignement fourni par le fantôme quand il avait désigné l’hôtel de Souzay comme le lieu où les papiers contenus dans la cachette devaient être retrouvés, n’était pas non plus contraire à la vérité.
Il n’y avait ici qu’une erreur de temps. La pauvre Clotilde marchait en ce moment sur la route de Saint-Ouen pour apporter précisément les trois pièces désignées à l’hôtel de Souzay, où elle allait arriver dans quelques minutes.
Marguerite avait repris toute sa froideur. Elle continua:
– Raisonnons comme si vous aviez ces actes, nous ne pouvons mutuellement nous tromper. Il y a un héritier de Clare-Souzay, qui épouse l’unique héritière de l’autre branche de Clare. Ce couple est notre bien à vous et à nous. On ne refuse pas de vous admettre au partage. Voulez-vous être de la bande Cadet, madame la duchesse? Angèle ne répondit que par un geste d’horreur.
– Vous ne voulez pas? poursuivit Marguerite, vous avez raison, cela ne détournerait pas de vous le calice d’amertume. Nous sommes à l’extrémité d’une pente fatale. Si je pouvais vous dire ce que vaut pour nous la partie qui se joue ici et qui vous paraît encore plus extravagante que barbare…
Son œil lança ce grand éclair des fiévreux de l’or, car elle voyait en un mirage le coffret, toutes ses bank-notes, et l’ivresse jaune lui montait au cerveau violemment.
– Cela vaut… reprit-elle d’une voix subitement altérée; mais, vous ne me croiriez pas! ce sont des richesses auxquelles on ne peut croire! Et, d’ailleurs, qu’importe? L’arrêt est prononcé, prononcé par vous qui avez été trop habile. Un de ces deux jeunes gens est de trop, parce que, tant qu’il y en aura deux, nous aurons peur de vous qui avez fait vos preuves d’astuce et de tricherie, mentant partout, mentant toujours, mentant jusqu’au lit de mort de votre mari. C’est le nom d’Albert que porte l’acte de naissance du fils de William de Clare, et l’enfant dont vous aviez fait un marbrier, pour le mieux cacher, s’appelait Clément! et celui que vous nous avez envoyé à l’hôtel Fitz-Roy a nom Georges! et dans sa prison… Ah! nous n’aurions pas besoin du poignard si nous savions où frapper! Il nous suffirait de nous effacer pour laisser agir la justice… Et, dans sa prison, disais-je, il avait des papiers au nom de Pierre Tardenois!… D’un autre côté, celui qui passe ici pour le secrétaire du jeune duc s’appelle Albert! C’est le chaos. Vous avez trop bien brouillé les cartes, madame, on n’y voit plus dans la nuit que vous avez faite… Nous vous condamnons à faire la lumière, à dire vous-même et tout haut: «Voici le duc de Clare, et voilà le bâtard!»
Angèle se laissa tomber à genoux.
Elle essayait de parler et ne pouvait. Toute l’angoisse que peut endurer une créature humaine sans mourir était sur son visage.
– Madame, madame! balbutia-t-elle enfin, ayez pitié de moi, je les aime tous les deux!
Elle disait cela comme les pauvres petits qui demandent grâce. Marguerite détourna les yeux.
– Madame… répétait Angèle qui se traînait sur ses genoux, je suis en votre pouvoir. Je ne veux plus de la fortune! Les titres, j’y renonce! Nous irons hors de France, loin, bien loin… si loin que nous ne nous gênerons plus. Madame! oh! madame, vous n’avez pas mesuré ma torture. Je vous en supplie…
– Il faut choisir, prononça tout bas Marguerite.
– Écoutez-moi! reprit la duchesse dont la voix changea, et nous devons l’avouer, une lueur cauteleuse s’alluma dans sa prunelle, car, même à cette heure navrée, sa partialité maternelle n’était pas morte, écoutez-moi, je ne vous tromperai plus. Je vous donnerai le vrai de Clare, celui dont le nom est dans l’acte de naissance, le duc Albert, cette fois, pour épouser votre Clotilde… Mais laissez vivre mon autre enfant.
– Non! dit Marguerite.
Angèle bondit sur ses pieds. Tout son sang rougit son visage. Elle se rua sur Marguerite qui la reçut de pied ferme. Un instant leurs deux visages terribles et superbes se touchèrent presque. Leurs yeux se brûlaient. Vous eussiez dit deux tigresses qui vont s’entre-dévorer.
– C’est moi qui vais te tuer! râla Angèle, j’ai la force, je le sais; j’en suis sûre, j’ai la rage… Ah! prends garde!
Au lieu de reculer, Marguerite avança la tête.
Leurs bouches se touchaient presque, comme pour un baiser. Et Marguerite dit avec un rire convulsif:
– Folle! tu parles de tes enfants! oh! folle! folle! moi, je me bats pour quatre-vingts millions!
Elle se dégagea d’un seul effort, irrésistible et froid comme l’or lui-même, et gagna la porte. Sur le seuil elle se retourna pour ajouter:
– Ici, dans un quart d’heure, celui qui doit mourir! Je le veux, il le faut! Sinon, ils mourront tous les deux!
Angèle se laissa tomber comme une morte.
XXVII Ombres chinoises
Il n’y avait aucune exagération dans ce que Marguerite avait dit tout à l’heure à Angèle.
Le conseil donné par le colonel, la nuit dernière, lors de son invasion à l’hôtel Fitz-Roy, avait été suivi à la lettre, et ce soir, toute la bande Cadet était sur pied.
Si bien déchue que fût la frérie des Habits Noirs, quelque chose restait de sa redoutable organisation. L’espace de temps compris entre six heures du matin et midi avait suffi pour lever le ban et l’arrière-ban des joueurs de poule de L’Épi-Scié, et pendant qu’une garnison suffisante occupait à bas bruit l’hôtel de Souzay qui, du dehors, avait l’air de la maison la plus tranquille du monde, Pique puce (M. Noël), Cocotte et d’autres habiles contre-chassaient les valets de Mme de Clare pour les retenir loin de l’hôtel.