Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #8
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:
Puis, à peine prosternée, comme si un ressort se fût détendu au-dedans d’elle, tout à coup, elle s’affaissa sans même pousser un cri.
Elle ne souffrait plus.
Si la crise qui terrassait ainsi la pauvre Clotilde au moment où elle venait accomplir son dernier devoir eût tardé une minute encore, elle aurait entendu son nom prononcé dans la chambre voisine au milieu d’une discussion soudainement élevée.
Son nom et le nom de celui qu’elle aimait.
Mais, avant d’entamer le récit des événements étranges qui eurent lieu cette nuit à l’hôtel de Souzay, si calme, d’ordinaire, dans sa tristesse, nous reviendrons un instant sur nos pas, résumant en peu de mots l’histoire de la journée, nécessaire à l’intelligence du dernier acte de notre drame.
Le Dr Abel Lenoir, lors de sa visite quotidienne, avait trouvé Albert sensiblement mieux et la duchesse à demi folle de joie.
Nous savons que le docteur était autre chose qu’un médecin dans la maison de Mme de Clare. On lui eût laissé croire volontiers, néanmoins que ce miraculeux résultat était dû à ses bons soins, s’il n’avait exigé une explication.
En la lui donnant, Angèle appuya surtout sur ce fait que Georges était un heureux martyr. Son sacrifice ressemblait à une délivrance.
Ce fut chez Mme de Clare que Pistolet vint trouver le docteur après son expédition à l’hôtel Fitz-Roy.
Pistolet s’était mis en campagne en quittant Lirette, ce matin. Toute la nuit précédente, le docteur avait eu ses gens à lui autour de la maison Jaffret, non seulement pour éclairer autant que possible les faits et gestes de la bande, mais surtout pour veiller à la sûreté du prince Georges en cas de besoin.
Pistolet était le chef de cette police particulière.
Il venait au rapport.
Son résumé clair et court donna d’abord la physionomie à peu près exacte de ce qui s’était passé après la soirée des fiançailles.
Les maîtres ne s’étaient pas couchés, on avait vu le «fantôme» pénétrer dans le jardin par le mur de planches, on avait surpris la sortie de mademoiselle Clotilde avant le jour.
Mais l’important se trouvait dans la récolte personnelle de Pistolet, qui était arrivé, rue Culture, au moment même où le déménagement de l’hôtel s’opérait. Les agents avaient vu commencer ce déménagement.
Les Jaffret semblaient, en vérité, quitter leur demeure sans espoir de retour.
Et certes, c’était là une idée bizarre, le lendemain de la signature d’un contrat, à la veille d’une noce.
Le mot de l’énigme semblait être dans le fait de la visite du fantôme dont le récit ne sembla causer aucune surprise au Dr Abel Lenoir, lequel dit seulement:
– Je savais que mon voisin Mora n’avait pas couché cette nuit chez lui, rue de Bondy.
Cependant, le mot de l’énigme pouvait être aussi dans l’histoire de la onzième dalle deux fois soulevée.
Le docteur était au fait par avance de tout ce qui concernait le vieux Morand Stuart et son Oremus.
Il écouta cette partie du rapport de Pistolet avec une extrême attention.
– Du moment que Mora avait entendu la conversation d’Échalot et de Lirette, acheva Pistolet, vous devinez que je n’espérais plus beaucoup trouver les papiers sous la dalle. Néanmoins, pour ne rien négliger, j’ai pénétré dans la cour de l’hôtel, j’ai compté les pierres, j’ai soulevé la onzième…
– Eh bien? fit le docteur.
– Il y avait une cachette, une très belle cachette; mais elle était vide.
– As-tu interrogé le concierge?
– Naturellement. Il n’a rien vu, pas même nos agents, et de ce que peuvent être devenus les maîtres de l’hôtel il ne sait rien.
Le docteur réfléchit un instant, puis il dit:
– Mora les a prévenus. Ils sont cachés quelque part dans Paris. C’est la crise. Ils ont leur proie, ils doivent chercher déjà les moyens d’escompter leur victoire. Mets sur pied tout ce que nous avons d’hommes. Tu entends bien, tout! Prends Tardenois, Larsonneur, prends jusqu’à mon vieux valet Guillaume, et fais une battue à fond. Il nous faut ces actes, je les veux!
XXV Ville gagnée
Pistolet s’était dirigé vers la porte, mais il revint. Il avait oublié de mentionner la scène sauvage de la rue Vieille-du-Temple: l’assassinat de Clément-le-Manchot par Cadet-l’Amour.
– Ce malheureux peut-il nous servir? demanda le docteur.
– Je ne l’ai pas revu depuis cette nuit, répondit Pistolet; mais s’il doit s’en relever jamais, il ne bougera de plus d’un mois, j’en réponds!
– Va donc et mène rondement la chasse! tu cours après ta fortune. Pistolet sortit.
Il emmena Tardenois, Larsonneur et les autres valets.
Voilà pourquoi nous avons vu Clotilde entrer dans la maison sans trouver à qui parler.
L’office était vide et la cuisine aussi, parce que Mme Meyer (de Prusse) avait pris campos après avoir donné vacances aux servantes.
Pourquoi? Comment? Il faut bien enfin le dire: parce que l’ennemi était dans la maison même.
Non pas les compatriotes de Mme Meyer, mais la bande Cadet.
En plein jour, dans Paris tranquille, au milieu d’un quartier populeux, à l’insu des passants de la rue et des voisins habitant les demeures d’alentour, une maison avait été prise d’assaut et restait au pouvoir de l’envahisseur.
Il faut raconter en détail cet événement qui semble au premier aspect invraisemblable comme une féerie et qui s’accomplit le plus simplement du monde, prélude d’événements plus extraordinaires encore.
Il pouvait être dix heures du matin quand Pistolet, sur l’ordre du Dr Lenoir, emmena Tardenois, Larsonneur et les autres pour les lancer sur la piste des Habits Noirs.
Une heure après, arrivèrent Georges et Lirette, qui n’avaient plus trouvé Clotilde dans la baraque d’Échalot.
Pour la première fois depuis bien des années, il y eut dans la maison d’Angèle une scène de bonheur, une scène de famille.
On n’avait encore, en somme, aucune raison de s’inquiéter pour Clotilde, et Lirette apportait en entrant ici de tels motifs d’espoir qu’on la reçut comme une providence.
Elle était le salut d’Albert puisqu’elle brisait le lien qui attachait Georges à Clotilde; elle était aussi la promesse d’une ère nouvelle au point de vue de la fortune et de la sécurité légale, puisque, vivant témoignage, elle pouvait certifier l’existence des actes qui constataient l’état civil de la duchesse et de son fils.
C’était une autre existence qui commençait. Angèle, ramenée au bien par l’espoir, ne voulait plus ni subterfuges ni ambages; elle aimait ses deux fils, elle chérissait déjà cette ravissante créature qui allait être sa fille, elle attendait l’autre… Ah! celle-là, comme elle allait l’adorer! La femme d’Albert!
Celui-ci dormait, visité par de beaux rêves.
Le docteur venait de sortir, en annonçant qu’il reviendrait.
Vers deux heures après midi, Rose Lequiel, la femme de chambre, faisant le service de Tardenois absent, ouvrit la porte d’une pièce, voisine de la chambre à coucher d’Angèle, et où celle-ci se tenait avec Lirette et Georges.