Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #8
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:
Elle se leva et vint ouvrir une des croisées.
– Seulement, ajouta-t-elle, c’est un jardin de prison que vous avez là. Il n’y a qu’une seule fenêtre là-bas, derrière les arbres… Et en vérité, j’y vois quelqu’un!
La duchesse se leva vivement et ouvrit la bouche pour appeler à l’aide. Marguerite riait.
– Regardez bien auparavant, dit-elle.
– Jaffret! murmura Angèle en reculant.
– Le bon Jaffret! appuya Marguerite avec onction. Et il a apporté ses bouvreuils!
Jaffret donnait, en effet, la becquée à ses favoris, et, à travers l’espace, sa voix exercée se fit entendre, chantant:
– Huick! huick!… rrriki! huick!
– Bonjour, filleule! dit une autre voix sous la croisée même. Menons les choses rondement, ma mignonne, le chemin de fer n’attend pas, et dehors il fait un froid de loup!
Dans l’allée, Angèle avait reconnu Cadet-l’Amour qui se promenait en fumant sa pipe. Elle retomba brisée sur son fauteuil et murmura:
– Madame, que voulez-vous de moi?
XXVI Choisir!
Quand la fenêtre fut refermée, le jour avait baissé considérablement dans le boudoir, où Marguerite et Angèle étaient réunies.
Le soleil n’entrait plus, caché qu’il était par les tentures. Le silence continuait de régner au-dedans comme au-dehors.
– Ce que nous voulons de vous? répéta Marguerite, en reprenant son siège, c’est difficile à dire, ma cousine, et délicat. On m’a choisie pour porter la parole, parce que les femmes, entre elles, ne reculent devant aucune vérité, si dure qu’elle soit; mais voilà pourtant que j’hésite.
Elle s’arrêta, en effet, et sembla se recueillir.
La duchesse attendait, le cœur serré par une indicible terreur.
– Madame, reprit Marguerite, qui devenait grave malgré elle, vous nous avez trompés, ou du moins, nous soupçonnons que vous avez voulu nous tromper. Vous avez deux fils. Lequel est le préféré, nous l’ignorons. Soit que vous ayez lancé le bâtard pour servir d’égide à son frère légitime… on dit cela parmi vos propres serviteurs… Soit que vous ayez voulu, au contraire, profitant de la nuit qui entoure le passé des deux jeunes gens, donner au fils naturel les droits du jeune duc…
– Je vous jure, madame… interrompit Angèle.
Mais Marguerite l’interrompit à son tour et dit avec une sorte de solennité:
– J’ai pitié de vous, ne vous engagez pas, vous pourriez amèrement regretter vos paroles. Je vous préviens, et c’est un service cela, que vous allez avoir à faire un choix entre vos deux enfants: un choix… mortel!
La poitrine de la duchesse rendit un grand gémissement.
– Nous ne sommes pas seulement des voleurs comme je vous l’ai dit, reprit Marguerite, nous sommes des assassins. La maison de Clare, dont nous portons toutes les deux le nom, est cruellement payée pour le savoir. L’homme qui vient de vous nommer sa filleule, et qui en a le droit, est ici pour tuer un de vos fils.
Angèle, les yeux horriblement ouverts, les mains crispées sur les bras de son fauteuil, écoutait comme on fait un épouvantable rêve.
Elle ne croyait pas.
Et pourtant, il fallait croire, car le visage de Marguerite se contractait, tiraillé par un tic douloureux.
Marguerite avait trop présumé de la dureté de son cœur, Marguerite elle-même!
L’horrible et cynique franchise qu’elle s’était imposée l’épouvantait.
Elle était à la torture, et sans l’énormité de l’enjeu, qui était au bout de la partie engagée, peut-être eût-elle reculé…
Rendons-nous bien compte de la situation: l’enjeu, ce n’était pas la fortune de Clare.
En suivant la route que tenait Marguerite il y avait loin et beaucoup de détours pour arriver jusqu’à la fortune de Clare qui pouvait, de mille manières, s’échapper en chemin.
L’enjeu, le véritable enjeu, celui qui valait toute l’angoisse de tous les crimes et encore plus, au gré de Marguerite, c’était le coffre du coloneclass="underline" cette poignée de chiffons dont l’un criait: «Je représente cinquante mille guinées!»
Elle savait où il était ce coffret renfermant soixante ou quatre-vingts millions.
Elle savait qu’au rez-de-chaussée de la maison habitée par le Dr Lenoir, rue de Bondy, un homme, jeune ou vieux, qu’importait cela! veillait tout seul sur ce trésor.
Cet homme en valait cent, c’est vrai, il était la quintessence de l’habileté dans le mal, tous ceux qui s’étaient attaqués à lui étaient morts; mais un coup de couteau bien planté dans le cœur tue les sorciers comme les naïfs… Et pour récompenser l’audace de ce coup, il y avait la montagne d’or!
Ici, à l’hôtel de Souzay, ce n’était que la comédie, destinée à endormir la vigilance de cet homme. Lui-même en avait fourni le plan railleur et impossible, et lui-même, c’était chose certaine, étant donné son caractère, en surveillait l’exécution, ici ou là, de loin ou de près, ricanant d’aise en quelque coin comme un dilettante dans sa loge.
Il fallait que la pièce fût jouée sérieusement et furieusement, jusqu’à la lie de son absurde férocité; il fallait que la bande Cadet prît sa volée vers la frontière, les griffes pleines de sang, pour revenir à bas bruit… et encore!
Savez-vous ce qu’il faisait, le fantôme, à l’heure où ses «bons chéris» essayaient de lui donner le change à l’hôtel de Souzay?
Un homme de quarante ans environ, bien nourri comme doit l’être un philanthrope, montait le raide escalier du logis de Pistolet, rue Vieille-du-Temple. C’était là, nous nous en souvenons, que Clément-le-Manchot avait trouvé un asile, la nuit précédente, en sortant des mains de Cadet-l’Amour.
Clément-le-Manchot dormait sur un matelas.
Le docteur Abel était venu le voir dans la journée. L’influence de son traitement se faisait déjà sentir.
Le philanthrope entra sans éveiller le blessé et resta bien cinq minutes à regarder curieusement l’effroyable état où Cadet-l’Amour l’avait mis.
Puis il lui secoua le bras doucement.
– Manchot, dit-il, éveille-toi, mon garçon… Comme te voilà fait!
– Qui m’appelle? gronda le malheureux.
– Tu ne me reconnais seulement pas! J’étais venu te dire une chose: si tu avais pu te soutenir sur tes jambes, l’occasion était belle. Ce soir Cadet travaille rue Pigalle, à l’hôtel de Souzay… mais tu ne vaux plus rien.