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Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VIII - La Bande Cadet». Краткое содержание книги:

Les deux derniers tomes de ce cycle criminel ont pour thème central la recherche frénétique du trésor des Habits noirs, caché jalousement par le colonel Bozzo. Dans les Compagnons du trésor se trouve entrelacée à cette quête la sanglante loi de succession de la famille Bozzo, dont l'ancêtre est Fra Diavolo: le fils doit tuer le père pour lui succéder, à moins que le père ne tue le fils. L'architecte Vincent Carpentier, qui a construit la cache du trésor pour le colonel Bozzo, est poursuivi par l'idée fixe de la retrouver. Son fils adoptif, le jeune peintre Reynier, découvre par hasard qu'il est le petit-fils du colonel Bozzo…
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Tant que les gens de service ne revenaient pas, il n’y avait absolument rien à craindre pour les envahisseurs de l’hôtel.

La duchesse, en effet, ne voyait personne, sauf le Dr Abel Lenoir, et l’ordre était donné, aux sentinelles de la bande Cadet, de laisser entrer le Dr Lenoir, s’il se présentait.

Pareille consigne existait pour Pistolet.

Pareille pour mademoiselle Clotilde.

Quant aux autres visites qui auraient pu venir par hasard, Amédée Similor, traître à l’amitié d’Échalot et séducteur de la vieille Rose Lequiel, avait revêtu la grande livrée de Clare.

Il se tenait quelque part au rez-de-chaussée, jouant à merveille son rôle de valet, et tout prêt à répondre que les maîtres de la maison étaient absents.

Au grand salon donnant sur l’avenue, se trouvaient une demi-douzaine de braves, sous la présidence du Dr Samuel; nous avons vu Cadet-l’Amour au jardin fumant sa pipe, et la seule fenêtre du voisinage donnant sur les derrières de l’hôtel était occupée par le bon Jaffret, qui avait pris, avec ses bouvreuils, possession du pied-à-terre de Marguerite, rue de La Rochefoucauld.

C’était le quartier général. Tous les Maîtres de la bande Cadet ayant abandonné leurs logis aujourd’hui même (et ce n’était pas trop tôt), on avait choisi ce lieu pour se réunir en cas de besoin et délibérer.

D’après ces dispositions, toute la partie de l’hôtel de Souzay qui regardait les jardins était libre; l’autre moitié, celle qui avait ses croisées sur l’avenue menant à la rue Pigalle, était en rigoureux état de siège.

Quant aux habitants mêmes de l’hôtel, nous savons où était Mme la duchesse; Albert, couché tout habillé sur son lit, dormait d’un bon sommeil, suite d’une crise favorable, provoquée par l’explication de ce matin, et ne se doutait de rien. Depuis que les Habits Noirs étaient entrés dans la maison, il ne s’était produit aucun bruit qui pût l’éveiller.

Le prince Georges, Lirette et M. le comte de Comayrol étaient réunis au petit salon où l’entretien allait comme il pouvait.

Il n’y avait personne dans la chambre de Georges, ni dans celle d’Angèle, où Clotilde, guidée par le hasard, ne devait pas tarder à entrer.

Il faisait nuit déjà quand elle arriva. Personne ne mit obstacle à son passage, et ce fut à l’aventure qu’elle poussa la première porte qui se présenta entrouverte devant elle.

Quelques instants après Clotilde, le Dr Abel Lenoir franchit le seuil de la porte cochère.

Il était inquiet, on n’avait retrouvé la trace d’aucun des membres de la bande Cadet, et Pistolet venait de lui apprendre que, dans la journée, des descentes de police avaient eu lieu simultanément à l’hôtel Fitz-Roy, chez la comtesse Marguerite de Clare et chez le Dr Samuel.

On le laissa pénétrer comme Clotilde jusque dans la maison; mais plus clairvoyant que la pauvre jeune fille, il ne put manquer de «sentir», dès les premiers pas, qu’il y avait là quelque chose d’anormal et d’extraordinaire.

Il entra néanmoins, monta l’escalier du premier étage et se dirigea, selon son habitude, vers la chambre de la duchesse. Au moment d’y pénétrer, il entendit que l’on causait dans le boudoir. C’était la fin de l’entretien d’Angèle et de Marguerite.

Quelques instants après encore, une troisième personne arriva par la rue Pigalle.

C’était un homme qui marchait avec beaucoup de peine, et dont on ne pouvait voir le visage, caché sous deux bandes de toiles croisées.

Celui-ci n’étant pas signalé à la consigne, deux sentinelles dissimulées derrière les arbres, sortirent de leur abri et l’abordèrent.

– Ce n’est pas la rue ici, l’ami, dit l’une d’elles, reprenez la porte.

Mais l’autre, l’interrompit, disant:

– Tu ne reconnais donc pas, le Manchot! Et dans quel état!

Les deux hommes reculèrent d’un même mouvement.

L’un deux, qui était presque un enfant, mit pourtant de la gloriole à vaincre cette répugnance instinctive et se rapprocha.

– On va donc rire cette nuit, Clément? demanda-t-il, faisant allusion au sinistre métier du malheureux; j’ai idée qu’ils t’attendent… Ne fais pas le fier: c’est moi, Saladin, le petit de Similor.

Il se rengorgea en prononçant ce nom illustre. Le Manchot l’écarta et passa sans répondre.

– C’est bon! fit Saladin en regagnant son arbre; paraît que ce qu’on dit est vrai. L’Amour t’a arrangé, et tu n’es pas de bonne humeur. Si tu ne veux pas attraper une autre danse, ne te promène pas dans le jardin!

Parvenu au bout de l’avenue, le Manchot, au lieu de s’introduire dans la maison, tourna sur la gauche pour gagner le passage qui menait au jardin. Il se glissa derrière les massifs et guetta, collé au tronc d’un tilleul.

Rien ne bougeait autour de lui, mais bientôt le vent du soir apporta jusqu’à lui une odeur de pipe.

Il gonfla ses narines et flaira cette odeur, comme les gens qui s’y connaissent goûtent une gorgée de vin chez le marchand.

– C’est ça, dit-il, je reconnaîtrais sa pipe entre mille!

Et il se tint coi, blotti par terre, malgré la gelée.

Ceux-là même qui auraient passé tout près de lui n’auraient pas soupçonné sa présence.

Marguerite, cependant, avait rejoint Comayrol, Georges et Lirette au petit salon.

– Nous nous sommes entendues, Mme la duchesse et moi, dit-elle, c’est une bonne et belle réconciliation. Pardon, si je vous laisse encore. Je vais bientôt revenir et ne vous quitterai plus.

Elle descendit le grand escalier et sortit par la grande porte.

Prenant alors le chemin suivi par Clément-le-Manchot tout à l’heure, elle se rendit au jardin.

– L’Amour, appela-t-elle avec précaution.

– Sacré tonnerre! gronda une voix enrouée tout auprès d’elle, voilà un bête de froid! je me suis enrhumé comme un bœuf.

– Avez-vous l’échelle?

– Il n’en manque pas d’échelles, on répare l’entrée, ici à droite… Est-ce que ça va finir aujourd’hui ou demain, cette affaire-là?

– Encore dix minutes.

Elle examina la façade et s’orienta. Les fenêtres du boudoir où avait eu lieu sa conversation avec Angèle restaient éclairées. Marguerite les désigna du doigt et dit:

– Dressez l’échelle-là.

– Et après?

– La fenêtre de gauche est restée entrouverte; celle où vous avez vu Angèle tout à l’heure…

– Est-ce que c’est Angèle qu’on va régler?

– Non!… ce sera un malade ou celui qui n’a qu’un bras. Vous savez bien, l’un ou l’autre: il ne faut qu’un coup.

– Un bon!… Et après?

– La clef des champs, et à minuit, rue de Bondy, au rez-de-chaussée: le coffret!

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