Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Et elle avait raccroché.
Le train traversait des champs à perte de vue et les moutons faisaient des taches blanches sur le vert des prairies. Des petites taches blanches immobiles. Il lui sembla que le train n’en finissait pas de traverser du vert troué de taches blanches immobiles. Puis le train longea la mer. Dans une belle gare à la structure métallique, il lut le nom de la ville, Durham, et, après avoir quitté la gare, il aperçut la mer, des rivages bordés de hautes falaises blanches, des petites routes sinueuses. Des châteaux en brique avec des meurtrières étroites, de hauts remparts, et des châteaux en pierres grises pourvus de façades aux grandes fenêtres. Il se demanda à quoi ressemblait le château de son père.
Car il avait un père…
Comme tous les garçons. Il avait un père. N’était-ce pas merveilleux ?
Comment allait-il l’appeler ? Père, papa, Duncan, monsieur ? Ou ne pas l’appeler du tout…
Pourquoi Mrs Howell avait-elle dit qu’il fallait qu’il vienne vite, très vite ?
Qu’avait pensé sa mère en entendant le message qu’il avait laissé sur son portable ? « Je pars en Écosse, à Édimbourg, voir Mrs Howell, je veux rencontrer mon père… » Il avait fait exprès de l’appeler quand il savait qu’elle ne pouvait pas répondre, qu’elle était dans une de ces écoles où elle apprenait aux enfants à manger « bien ». Il avait été lâche, il le reconnaissait, mais il n’avait pas envie d’expliquer pourquoi il voulait retrouver son père. Elle lui aurait posé trop de questions. C’était le genre de femme qui analysait tout, voulait comprendre, pas par curiosité malsaine, mais par amour de l’âme humaine. Elle disait être émerveillée par les mécanismes de l’âme humaine. Mais parfois ça lui pesait. Parfois, il aurait préféré une mère légère, égoïste, superficielle. Et puis, se dit-il en essayant de compter les moutons blancs afin de garder ses idées en ordre, il n’aurait jamais osé lui dire ce qu’il pensait vraiment, j’ai besoin d’un père, d’un homme avec des couilles et une bite, un homme qui boit de la bière, pousse des jurons, lâche des borborygmes, regarde le rugby à la télé, se fourre les mains dans les poils de la poitrine et éclate de rire pour des conneries. J’en ai marre de vivre entouré de femmes, y a trop de femmes autour de moi. Et puis y a trop toi, tout le temps, marre de faire un couple avec ma mère, marre… Je veux des poils et une bite. Et une pinte de bière.
Pas facile à dire…
Il avait entassé des pulls, des caleçons, des tee-shirts, des chaussettes chaudes et une chemise blanche dans son sac de voyage. Un shampoing, une brosse à dents. Son iPod. Et une cravate… s’il veut m’emmener dans un restaurant chic. Mais est-ce que j’ai une cravate ? Ah oui ! Celle que je porte pour aller voir Mère-Grand.
Est-ce que « mon père » sait que je suis le petit-fils de la reine ?
Il avait tapé McCallum sur le site genealogy/scotland.com et avait lu l’histoire de la famille McCallum. Une sombre histoire. Très sombre, même. Le château avait été construit sur les terres de Chrichton, près d’Édimbourg. Au seizième siècle. On disait qu’il était maudit. Une lugubre histoire de moine qui avait frappé à la porte du château, un soir d’orage, demandant l’hospitalité et promettant en échange le repos de l’âme au seigneur des lieux. Angus McCallum l’avait trucidé d’un coup de poignard : le moine le dérangeait en pleine beuverie après une partie de chasse harassante.
— Et le repos du corps, tu en as entendu parler ? lui avait-il lancé en le regardant s’écrouler.
Avant de mourir, le moine avait maudit le château et ses propriétaires pour les cinq siècles à venir : « Il ne restera des McCallum que ruines et cendres, cadavres et corps pendus aux branches, fils dévoyés et bâtards. » La légende n’était pas très claire sur la date d’expiration de la malédiction. On affirmait que, depuis cette nuit fatale, un moine fantôme en capuchon noir errait dans les couloirs voûtés et s’invitait à table, déplaçant les plats et les couverts, éteignant les bougies et faisant entendre de sinistres ricanements…
La devise des McCallum était : « Je ne change qu’en mourant. »
On les décrivait comme des hommes violents, susceptibles, bagarreurs, paresseux et arrogants. L’histoire de l’assassinat de Cameron Fraser, un cousin qui habitait le château voisin, en était un exemple édifiant. Les nobles propriétaires du comté avaient l’habitude de se réunir une fois par mois pour traiter des affaires de leurs bois, de leurs terres, de leurs fermiers. C’étaient des soirées arrosées où des filles de la taverne voisine venaient se joindre aux libations. Un soir de janvier 1675, la réunion habituelle se déroulait sous le signe de la jovialité, de l’alcool et des corsages ouverts des filles, lorsque Cameron Fraser avait abordé la question des braconniers. Il prônait la sévérité envers ces derniers. Murray McCallum avait déclaré que le meilleur moyen de s’en occuper était encore de les ignorer. Qu’étaient-ce donc que quelques bêtes dérobées par de pauvres gens alors que nous ne savons plus dans quelle chair planter nos dents ! Et pour illustrer son propos il avait empoigné le sein d’une fille et en avait violemment arraché le téton en le mordant ! Cameron Fraser, sans s’émouvoir mais avec une certaine acrimonie, avait ajouté que si son cousin McCallum pouvait se montrer négligent, c’est que ses voisins et lui-même se chargeaient de châtier les braconniers et que, grâce à eux, il courait encore quelques lièvres sur ses terres. Sinon il en aurait été réduit à bouffer les racines de ses chênes ! L’assistance s’était esclaffée et Murray McCallum, outragé, avait invité son cousin à le rejoindre dans la salle d’armes où il l’avait provoqué dans un violent corps-à-corps et l’avait étranglé. « Crime d’honneur, Monseigneur ! avait-il déclaré au juge. Il a insulté le nom des McCallum. » L’accusé avait été déclaré innocent d’assassinat, mais coupable d’homicide, ce qui revenait à l’acquitter…
Ce Murray McCallum était un être malfaisant : il allait la nuit ouvrir les écluses des ruisseaux pour noyer les récoltes de ses voisins, violait les filles du village. On murmurait qu’au château, il n’y avait que de vieilles domestiques flétries et édentées ou des catins. Il ne voulait rien laisser à ses héritiers et fit couper tous les chênes du parc qu’il vendit pour payer ses dettes de jeu et, quand il eut fini de déboiser le parc, il s’attaqua à la forêt… Enfin il tua les deux mille sept cents daims du domaine et les fit rôtir lors d’orgies mémorables qui donnèrent naissance à des légendes et notamment à celle de l’ogre de Chrichton. Il avait épousé une douce jeune fille qui demeurait toute la journée recluse dans sa chambre et qu’un domestique avait prise en pitié. Il lui apportait des plateaux avec les restes des repas de chasse de son époux. Celui-ci l’apprit, soupçonna son domestique d’être l’amant de sa femme, le tua d’un coup de pistolet et plaça le cadavre dans le lit de sa femme. Il la condamna à dormir près de son amant trente jours, trente nuits, le temps de se repentir.
Il eut un fils, Alasdair, qui, d’un naturel timide et peureux, fuit le domaine familial et devint capitaine de frégate. Il était si maladroit qu’on le surnomma Alasdair la Tempête ; il suffisait qu’il mette le pied sur un bateau pour que celui-ci sombre, emporté par des vagues ou attaqué par des pirates. Son fils, Fraser, resta au château familial et forma une bande de brigands avec laquelle il attaquait les voyageurs. Afin de ne pas être dénoncé, il ne laissait aucun survivant. Quand les autorités demandèrent aux habitants de désigner le chef des brigands, personne n’osa livrer le nom de McCallum de peur des représailles. Fraser McCallum finit pendu à un arbre…
Il n’y eut pas un seul McCallum qui s’illustra de manière noble et vaillante. Ils semblaient tous être des vauriens fortunés et oisifs, chanceux de vivre à une époque où le fait d’être seigneur donnait tous les droits. L’un des derniers McCallum avouait même qu’il ne pouvait s’empêcher de faire le mal : « Je sais que je mourrai sur l’échafaud, ma main a de mauvais instincts… »