À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
- Автор: Rey Alain
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert Laffont
- ISBN: 978-2221112724
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
Pour en revenir à la veste, c’est sous le Second Empire — époque évoquée tout à l’heure par Arnaud Montebourg[67] — qu’un échec électoral fait dire, pour ses victimes, qu’ils ont pris, ramassé ou remporté une veste. La seule explication qu’on ait trouvée pour cette expression, c’est l’emploi de être capot, aux cartes, pour « être battu, perdre ». Or, de la capote à la veste, on peut imaginer un transfert. L’explication vaut ce qu’elle vaut, mais on peut remarquer que tailler un costard à quelqu’un, locution récente, mobilise la même image. Cela suggère que vêtir, habiller, coiffer — « faire porter le chapeau » —, ce n’est pas seulement protéger du froid ou orner, ce peut être déguiser, et rendre ridicule.
Donc, veste il y a, pour la majorité législative devenue minorité régionale. Selon certains commentateurs irrespectueux, cette veste serait usée, et usable jusqu’à la corde. Pourtant, le nouvel habillement ministériel n’étonne pas par sa nouveauté : des ministres tirent leur révérence, d’autres arrivent, beaucoup changent de place, ce qui évoque les vieilles pratiques de la IIIe République, où les portefeuilles de l’Économie, de l’Intérieur, de l’Agriculture et de l’Éducation — exemples aléatoires, bien sûr — étaient confiés à des candidats récurrents. Imitant le nom d’un jeu de société britannique, musical chairs, on a parlé en français de « chaises musicales ». Cette musique, on la connaît, de même qu’on connaît le vêtement très correct des joueurs, en général des messieurs, semble-t-il. Parité dans les déclarations, inégalités dans la pratique… Va-t-on parler, pour autant, de « veste musicale » ? Notre invité voudrait étendre le jeu aux députés, qu’il convie à tomber la veste — je veux dire à dissoudre. Un faux vrai nouveau gouvernement avec une assemblée aux vestes usées, cela peut donner l’idée de tailler de nouveaux costards. Ump ! dirait Arnaud Montebourg.